Le grand retour de De Palma, relancé après le succès de son Mission: Impossible, adaptation maligne de la série éponyme. Une fois de plus, toutes ses obsessions sont plaquées à l’écran. Corruption, conspiration et décomposition. Bon programme pour un cours magistral, et la leçon de cinéma commence d’entrée de jeu. Un plan-séquence majestueux de 13 minutes. Démonstration de force du maestro, ce gros bloc n’est pas gratuit. 13 Minutes, c’est le temps pour faire les présentations avec Rick Santoro, flic véreux à qui on va coller aux basques jusqu’à l’évènement du soir, un match de boxe survolté devant 14 000 spectateurs dont le Secrétaire à la Défense…avant que ce dernier se fasse assassiner par un « fou solitaire » comme on dit. À moins que ?
Cette longue scène d’introduction, retenez-là bien parce que tout le reste va se jouer là-dessus. À l’instar du film Zapruder lors de l’assassinat de JFK, qui hantait également Blow out, De Palma va nous la décortiquer durant les 80 minutes suivantes pour nous rappeler que nous n’avons rien vu.
En alternant les points de vue et versions, les indices et incohérences finissent par sauter aux yeux alors qu’à première vue, c’était une ouverture d’une fluidité sans réalisateur convoque ses meilleurs films pour livrer un thriller de premier ordre. Et permet à Nicolas Cage de livrer l’une de ses performances les plus denses avec le retour à la conscience de son personnage de pourri. S'il semble cabotiner à plein tube au tout départ, c'est pour mieux aplanir son jeu et casser le prestige en toc de son flic ripou. Chez les seconds-rôles, Gary Sinise prendre la lumière avec un rôle plus retors qu'attendu. Puis Carla Cugino qui rejoint la liste des personnages féminins seules à même d'apporter la lumière dans les recoins obscurs que traversent les hommes.
Bien sûr, on pourra objecter que cette histoire, Brian De Palma l'a déjà racontée. C'est indéniable. Ça n'empêche pas qu'il sache en proposer une reprise extrêmement élégante et prenante. Bref, plus que jamais, le cinéaste s'intéresse aux forces du 7ème Art. Et la meilleure façon de les révéler, c'est de les mettre en pratique. Plan-séquence, steadicam, split-screen, points de vue alternés ; De Palma utilise tous les moyens pour se livrer à une nouvelle démonstration de maestria purement cinématographique. Ajoutons aussi la musique parfaite( aux relents de tragédie) de Ryuchi Sakamoto qui achève de donner des allures de tragédie à l'ensemble. Comme si le cadre ne suffisait pas (le typhon qui menace à l'extérieur). Snake Eyes est un très bon film qui rappelle que si la force du cinéma est de montrer, celle du metteur en scène est de savoir diriger le regard. Et j'aime beaucoup me laisser guider par De Palma