Comédie cynique, trash et moqueuse sur du punk à la ramasse, sur fond d'ennuyeuse ZAC et d'accent politique. Parce qu'on a affaire à un vieux punk, on a choisi le cliché, alors qu'on peut aussi être punk sans crête, sans chien, sans attitudes alcooliques ni fringues destroy... Le portrait du punk anar présente ici une caricature -répugnant mais pas tant que ça, pas si voyou- doublée d'une allure de raté pathétique. Néanmoins, on tente de dépasser l'étiquette nihiliste et la face commerciale du "punk dead" grâce à une tentative d'action contestataire aux accents politiques. Bien sûr, la société de consommation (quelle laideur, ces aires commerciales) se trouve visée, mais par le petit bout de la lorgnette et les logiques normatives ne sont pas troublées tant que ça. Il y aurait eu de quoi réactiver l'idéologie punk, qui existe encore même après sa mort déclarée outre-Manche; tentative grotesque. On peut reconnaître la qualité des acteurs comiques mais on aurait aussi pu faire place à des plus jeunes. On sent bien qu'entre Poelvoorde et Dupontel, c'est pas du tout l'alchimie. Si leur tandem semble fonctionner, c'est en surface, en parallèle, tant les deux caractères diffèrent. Question humour, ça peut faire son effet mais attention, c'est du lourd. S'attaquer à... un arbrisseau en terrain vague, difficile d'en rire; Albert Dupontel nous campe pourtant avec fougue un pauvre vendeur éreinté qui pète les plombs et part en live. Le duo Areski-Brigitte Fontaine fonctionne mais on peut douter de la pertinence d'un tel choix de personnages. On voit apparaître la Moreau quelques secondes: elle aurait je pense mieux incarné la mère; dommage car Fontaine parodie du Fontaine sans y croire, avec sa perruque et en exigeant des plans où on ne lui voit pas le cou et même pas le visage (et ça se sent). Entre les parents et les «gens» bien installés d'un côté, et les dinguos survoltés de l'autre, on voit s'opposer énergie et apathie, bouillonnement et tiédeur, effervescence et abattement, provocation et flegme, nervosité et lymphatisme, frénésie et indifférence. En ligne de fuite, la dépression; en ligne de mire, la mise à sac d'un conformisme trompeur. Mais pour aboutir à quoi? À un esprit pro-liberté qui ressemble davantage à un laisser-aller j'men-foutiste qu'à un engagement politique. D'ailleurs, la présence deu gros Depardieu (comme dans Mammuth), un type libéral conservateur, discrédite tout esprit réellement libertaire. Alors, comme Brigitte devant sa poulette grillée, on pourrait dire «Pas maaaal». Sauf qu'on peut aussi dire «Bof» car l'enthousiasme éventuel n'écarte pas la fadeur d'ensemble. Le propos est là mais le rythme souffre d'allongement de séquences, de scènes plutôt creuses ou de rage surjouées qui, arrivant comme un cheveu sur la purée, donnent l'impression d'un film à sketches mis bout-à-bout, trop vite composé et sans réelle fluidité. Il semble que le message filmique s'intègre bancalement au contexte fictif, si bien que le spectateur se sent pris à partie tout en en ressentant l'évident artifice. Il y a quelques idées, cependant le mauvais goût et l'aspect trash restent stériles. Niveau zique, on aurait pu offrir autre chose que l'alternance B. Fontaine/Wampas, dont le punk ramonesque ne constitue d'ailleurs qu'une influence (c'est en fait surtout psychobilly et satirique). On a aussi du Garçons Bouchers, mais c'est lourd. Si l'on ne naviguait pas dans cet improbable second degré, et pour se démarquer du punk-rock (version normalisée), du Brigada Flores Magon, Banlieue Rouge (pour l'anti-fascisme) ou du Strychnine auraient été plus appropriés et, pour dépasser le franco, on aurait pu avoir NOFX, Ikara Colt ou les moins pop/rock et plus hardcore Black Flag, Bad Brains, The Locust ou Melvins. Certes, Wampas transmet une ironie, un esprit foutraque et désinvolte que de vrais groupes punk auraient peut-être moins traduit. Ça décharge mais ça reste plutôt gentil et joyeux luron (pas trop de casse); le discours construit est tenu à distance, on ne montre pas vraiment l'envers des choses, on n'attaque ni le racisme ni la pollution (alors qu'on se moque du bio, comme par frustration, hypocrite d'ailleurs). Limité à la raillerie absurde, LE GRAND SOIR tend à dynamiter la force de son propos subversif en offrant des scènes avant tout pathétiques et guère réalistes. On en reste donc à un exercice de comédie de mœurs dramatico-humoristique, sur un rythme longuet et sur un ton cynique qui finit par tomber plutôt à plat. Toutefois, la véracité du tableau de l'absurdité d'une condition humaine soumise à des impératifs stupides, fait que ce film réussit à déranger un peu et qu'il garde la capacité de toucher, d'ébranler ou de mettre quelque peu en mouvement. Non sans âme, cette plaisanterie loufoque manque de mordant mais elle reste globalement bienvenue. Ça en appelle à d'autres films du genre, tout aussi déjantés mais plus cohérents politiquement parlant et bien plus péchus.