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SpiderBaby
50 abonnés
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4,0
Publiée le 21 avril 2008
Griffith a pati d'une réputation sulfureuse qui lui a valu de ne pas connaître la même renommée que d'autres pionniers du cinéma. Pourtant il fut un des premiers à mettre en place une échelle des plans complète, et à utiliser le montage parallèle. Intolerance, son film phare (avec naissance d'une nation) est une oeuvre pharaonique, titanesque, qui embrasse 4 temporalités : l’ère biblique, le temps des guerres des religions, la chute de Babylone et l'époque qui lui est contemporraine... Soit 4 films en un en quelque sorte. Le propos y est un peu naïf, Griffith voulant se racheter une conduite, en prônant la tolérance à tout va. Et si, cette épopée compte parmi les fresques muettes les plus impressionnantes visuellement, elle n'en demeure pas moins un objet peu accessible, destiné aux cinéphiles avertis, curieux et patients.
Autant le "Naissance d'une nation" montrait un sérieux coup de vieux, autant "Intolérance" reste et restera une date dans le cinéma mondial. Nous voyons ici un grand spectacle moderne, impressionnant, et très passionnant. Nous sommes ébahis par tant de modernité pour un film aussi vieux. Seule la partie babylonienne peut sembler aujourd'hui un peu faible.
Epopée muette dont la restauration en 2007 et le réenregistrement de «La suite symphonique» de Duhamel & Jansen en offre une version éblouissante, «Intelorance» (USA, 1916) de David Wark Griffith demeure encore aujourd’hui une œuvre immense. Immense par son étendue temporelle concrète : 3 heures de récits pour élaborer par quatre faces l’identité de l’intolérance. Immense par son étendue temporelle imaginée : de l’emprise de Babylone par Cyrus II (539 av. J.-C.) à la contemporanéité du film (soit 1914) en passant par la vie du Christ et le massacre de la Saint Barthélémy (1572). Immense aussi par son apparence phénoménale : des décors mastodontes peuplés d’une foule de figurants créent une action fourmillante, envisageant par ailleurs les prémisses d’une profondeur de champs que Welles saura par la suite exploiter davantage. Immense enfin par sa complexité narrative. Et c’est cette profusion actancielle qui sculpte le film comme un bloc gigantesque et qui à la fois en construit son temps, délayant les heures dans les vicissitudes des quatre apologues. Griffith, inventeur «officiel» des syntagmes du film, fait là l’exemple de la véhémence de la «montageologie». Les plus grands instants sont lorsque les plans larges capturant la charge d’une armée se voient entrecoupés d’un gros plan, mettant en relation deux espaces : celui du grand et du petit, tout comme le film met en relation deux échelles de perceptions : plusieurs faits historiques pour en conclure une maxime intemporelle. Cette idée de l’intemporel est incarnée dans le film par ce plan récurent d’une femme noyée dans un atmosphère bleu et exposé à une lumière céleste qui berce infiniment le berceau de son enfant. Cependant le génie de Griffith ne se résume pas au gigantisme de son film, Pastrone l’ayant déjà fait avant lui avec «Cabiria» (Italie, 1914), mais à la poésie de son histoire. Le montage devient le créateur de la poésie, articulant les plans dans des allures photogéniques et éblouissantes.
Un film génial par un cinéaste qui était aussi un technicien hors pair. Une épopée historique magnifique en tous points dont le nombre de figurants et les décors incroyables pour l'époque ne peut que nous impressionner encore aujourd'hui. Le thème de l'intolérance traité en 4 volets est aujourd'hui encore d'actualité et pour un passionné d'Histoire comme moi il s'agit d'un monument qu'il faut voir plusieurs fois pour y déceler tous les détails.