Woody Allen, Eros et Tanathos. Le cinéaste américain est bien connu pour la complexité et l'authenticité - Ô combien justes - de ses réflexions sur l'élément humain quand les sentiments amoureux entrent en jeu. Avec "Guerre et amour", il joue dans un registre particulier ; l'absurde. Mais aussi la métaphysique. Oui, c'est pardoxalement quand il atteint une grandeur inédite (là où il devrait utiliser avec la plus grande prudences les diverses symboliques relative à ses thèmes) dans le traitement de ses sujets de prédilection que le réalisateur trouve une liberté de ton totalement jubilatoire. Allen, malgré son côté "amuseur" et "loufoque", sait parfaitement de quoi il parle. Ses propos sont mesurés, réfléchis et (ça fait bien plaisir) d'une grande facilité d'accès. Car ce qui est bien avec lui, c'est qu'il ne s'adresse pas à une quelconque élite intellectuelle : non, c'est un philosophe de l'universel, qui sait parfaitement comment faire pour intéresser et toucher le grand public.
Disons-le d'emblée : ce film est l'un des plus drôles qui soient. Le génie comique de Woody Allen explose littéralement (alalalala, que de superbes répliques, que d'autodérision subtile !...). Le côté amataur très prononcé permet une très grande liberté dans le choix des gags : en effet, il y a du léger et du lourd. Mais quoi qu'on en dise, le décalage et l'intelligence caractéristiques de l'humour du cinéaste rendent tout hilarant. Ne pas rire devant ce film relève de l'exploit ...
Ce qui marque peut être le plus dans "Guerre et amour", c'est son degré d'absurdité. Ou plutôt sa "pseudo-absurdité" : oui le comportement des personnages est souvent illogique, oui les situations sont parfois clichés, oui ça va loin dans l'exagération. Mais cette peinture de la nature humaine est tellement juste ... il y a quelque chose de profondément absurde dans cette sempiternelle quête de l'amour ; absurde parce que cette quête mène finalement à la destruction, partielle ou totale. Et pourtant, toutes ces histoires presques stupides (presques ? Non, osons le dire : stupides) méritent que l'on s'attarde dessus, car elles sont sincères. Peu importe le niveau d'amertume du point de vue d'Allen sur les relations amoureuses, il n'en demeure pas moins profondément humain. Et c'est bien pour ça que, malgré tout, son film est enthousiasmant. Allen ne critique rien, il constate juste, et réfléchit activement. Parce que cela en vaut la peine.