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Yasujirô Rilke
272 abonnés
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4,0
Publiée le 23 décembre 2008
Membre des dix black-listés à l’époque de la «chasse aux sorcières» à Hollywood, Dalton Trumbo est éminemment reconnu pour ses scénarios humanistes. Son unique réalisation «Johnny Got His Gun» (USA, 1971) accomplit toutes les images qui parcouraient ses écrits, donnent vie et volonté à un discours anti-militariste sans pleinement plonger dans la propagande. La première des réussites esthétiques, pourtant très simples, est celle de l’inversement du procédé de représentation de la réalité avec celle du rêve. Le noir et blanc au cinéma véhicule une volonté de poésie, d’irréalisme tandis que la couleur correspond davantage à la réalité, restitue les conditions naturels de perception. Trumbo bascule cette logique et attribue à la tragique réalité la bichromie du noir et blanc et donne aux rêves et aux souvenir les couleurs qui ont déserté le réel. Ce simple choix esthétique qui prône l’hégémonie du rêve sur le réel permet de mieux concevoir l’idée que, jusqu’à ce film, seuls les scénarios de Trumbo véhiculaient. La place qu’occupe le corps -premier des objets du réel- est symptomatique de l’évolution du récit. D’abord soldat blessé, il devient mutilé et n’a pour unique échappatoire que le souvenir du temps où il pouvait, avec son corps entier, faire l’amour à sa fiancée, mettre à disposition ses gestes pour de futiles occupations, comme une partie de carte. L’avenir de Joe Bonham est identique à celui de Jésus Christ (interprété par Donald Sutherland). Martyrisé par les vices d’une époque, le ton profondément solennel appuyé par la voix off de Trumbo est identique à celui de la Bible. Toutefois, l’apparition de Jésus préconise la lutte belliqueuse qui mène Joe droit à son désespoir. Le martyr symbolique de demain, pour Trumbo, n’est plus celui suranné d’il y a 2000 ans mais réside dans le soldat commun, presque inconnu, que la boucherie de la guerre a transformé en corps muet, autiste, voué pour l’éternité à n’avoir pour seul avenir que des souvenirs.
"Johnny got his gun" est un film qui arrachera les larmes des gens les plus indifférents aux crimes de guerre montrés à la télévision. Premier film antimilitariste, ce long-métrage est construit de façon très originale car le réalisateur se contente de nous conter ce que pense cet homme gravement blessé à la guerre et qui ne possède plus les moyens de vivre indépendant même avec la meilleure des volontés. Devant ce témoignage poignant d'un homme qui souffre et qui ne peut communiquer son désir de mourir à personne, on peut se demander aujourd'hui si une personne qui ne peut plus trouver la joie de respirer, de vivre et de courir ou simplement manger de bons plats est contraint et forcé de supporter une telle souffrance. Ce film datant pourtant de 1971 n'a pas pris une ride et arrive à toucher au coeur le spectateur qui sort choqué, mortifié après avoir assisté à ce calvaire sans fin de ce jeune homme que la première guerre mondiale a privée de sa vie entière, lui qui était voué à se marier avec une charmante jeune fille qu'il aimait et qui l'aimait et qu'il est condamné à ne plus voir et n'avoir que pour simple activité le pouvoir de penser et d'éprouver des sensations souvent douloureuses. Ce film est bien sûr un plagiat contre la guerre, une activité humaine qui existe depuis des siècles et que personne n'est assez censé pour trouver des solutions pragmatiques et positives. Voici un réquisitoire non seulement contre la guerre mais également contre les médecins et les militaires qui comptent se servir de son corps à jamais comme un simple cobaye. Au niveau du casting, on trouve l'étonnant Donald Sutherland qui avait déjà brillé dans "Mash" et qui effectue une apparition quasi christique pour donner un message d'espoir à ce jeune homme qui a tout perdu, qui ne croit plus en rien si ce n'est que de trouver la façon d'être mis à mort pour l'empêcher d'endurer un tel calvaire. Grand film sur un des très nombreux morts et mutilés de la première guerre mondiale, glaçant.
Ce film pas facile de Dalton Trumbo m'avait touché parce qu'il est poignant (sans pathos accusé) mais je l'ai aussi assez vite oublié. Sans doute ne va-t-il pas assez loin.
Bien qu'il s'agit d'un film fort qui ne peut laisser indifferent ,certains aspects de cette oeuvre m'ont derangé comme la trop grande dimension religieuse (Sutherland deguisé en Jesus !!) ou bien des scenes surrealistes de reves aux dialogues parfois complexes qui plombent le rythme global.Cependant ,cela reste l'un des plus extarordinaire et terrible plaidoyer contre la Guerre (et pour l'euthanasie) aux cotés du Dr Folamour ou de MASH.Dalton Trumbo réalisait là un unique film puissant nous projetant dans la tête d'un tronc muet, aveugle et sourd.La voix-off renforce l'aspect dramatique de l'histoire tout en étant filmé dans un Noir et Blanc magnifique contrastant avec les rêves en couleurs.D'un réalisme effarant, sans concession, et par un final dur et inoubliable, les traumatismes de ce Joe nous explosent, eux, en pleine face.Tout simplement le plus simple et le plus terrible réquisitoire que l'on puisse dresser contre la guerre.
Un chef d'oeuvre absolu. Une dénonciation émouvante de la guerre, l'histoire d'un jeune homme qui le dernier jour de la guerre perd ses bras, ses jambes, la moitié de son visage et devient sourd, muet et aveugle. Le film est atroce, le fait de se mettre à la place du jeune homme est insupportable. Ce dernier mettra des années à communiquer. Pendant tout ce temps il apprend à reconnaitre une femme d'un homme notamment aux bruits des pas qui s'approchent de son lit. On note un casting honorable, la présence de Donald Sutherland est très apprécié du spéctateur bien que son rôle soit des plus étranges puisqu'il incarne "Christ" un homme se prenant pour Dieu. Un chef d'oeuvre absolu !
Trente-cinq ans avoir connu un succès public avec son roman Johnny Got his Gun, le scénariste Dalton Trumbo, qui fut longtemps écarté du système hollywoodien par la politique Maccarthiste, réussit enfin à l’adapter et signe l’unique réalisation de sa carrière. Le résultat en est un magnifique long-métrage qui arrive à mettre habilement en avant l'horreur psychologique d'un survivant de la grande guerre, parti motivé pour le champ de bataille et revenu sous l'état d'un corps aussi réduit qu'inerte. Et là où le film réussit à faire preuve d'une originalité exemplaire c'est parce que ce n'est pas, comme souvent dans ce genre de films, dans les tranchées sanglantes que le scénario va chercher son atrocité mais bien en se logeant dans l'esprit torturé de ce qu'il reste de ce soldat dont la voix-off et l'imaginaire tourmenté nous font partager la souffrance introspective. Sa manière de jongler entre ses souvenirs laissant place aux rêves détournés du personnage et son observation du présent dans une splendide photographie noire et blanche est un chef d'œuvre de mise en scène. Il s'agit définitivement là du pamphlet antimilitariste le plus humaniste et le plus effrayant qui puisse être réalisable!
Ca fait un bon moment que j'entends parler de se film, de cette histoire d'homme tronc ne pouvant même plus parler. Autant dire tout de suite, si j'ai regardé le film, c'est que j'avais une après-midi à tuer. Comment le réalisateur allait-il réussir à me captiver en filmant 2 heures un type muet couché sur un lit ? Et BAM, grosse baffe dans la gueule. J'ai pas autant était touché par un film depuis un bail. Le scénario minimaliste n'est là que pour laisser place à l'émotion, la vraie, celle qui ne tombe jamais dans le pathos ou le larmoyant. Durant tout le métrage, on est dans la tête de Johnny, dans ses pensées : il se remémore sa fiancé, qui ne voulait pas le laisser partir, ses parents. On est également parfois dans le rêve (l'usine ou Dieu même). Contrairement à ce que pense ses médecins, ce tronc est encore un être humain. C'est sans doute le film de guerre qui montre le moins la guerre mais qui dénonce le plus son absurdité, tout comme la connerie de certains généraux, qui se croyant de profonds humanistes, veulent le maintenir en vie et ce dans le secret le plus total. Aussi le réalisateur affirme l'inutilité de la religion, voire même son inexistance pure et simple (Dieu en hippie, si c'est pas du foutage de gueule là). Enfin, tout ça pour dire que le film est bien plus riche qu'il n'y parait et tellement émouvant qu'on en ressort sonné (et accessoirement contre la guerre si on l'était pas déjà).