Rien ne vaut l'amour d'une mère ? Message naïf et dangereux.
C'est l'histoire du jeune Steve et de sa mère. Steve va mal, très mal. Il est très violent, dangereux, et... et on ne nous dit pas ce qu'il a. Sa mère le reprend chez elle, après qu'il a dépassé les limites dans son foyer.
On s'apprête donc à voir un drame, un film qui nous parle des difficultés sociales. On se prépare donc mentalement, ces sujets sont intéressants, cela vaut la peine !
Sauf que dès le début il y a un hic. Comme si ce n'était pas important, on ne nous dit rien sur ce dont souffre Steve. Nous avons juste des faits, son comportement sous nos yeux, à nous de juger, ou plutôt de ne pas le juger. Le problème est que Steve est un danger public. Au milieu du film, la mère finit par lâcher qu'il serait TDAH avec un trouble de l'attachement. Pas sûr que les TDAH apprécient la comparaison. Quel rapport ? On nage en pleine confusion médicale. Et pour que tout soit encore plus « criant de vérité » on ajoute de la perversion sexuelle constante et de l'inceste !
Bref, le film parle de maladie mentale sans précision. Le cas de Steve n'est représentatif de rien, c'est juste Steve. Alors d'accord, ne mettons pas d'étiquette, après tout dans la vie courante cela peut être très bien. Mais quand on est un film qui expose autant de violence et de souffrance de quoi parle t-on si on ne pose pas les mots ?
Nous, spectateurs, devons nous contenter de voir Steve et sa mère se déchirer et souffrir en ne représentant qu'eux même. Alors on aimerait se raccrocher à autre chose. Si le film n'est pas précis sur la maladie mentale, peut être va t-il l'être sur la grande pauvreté dans laquelle ils sont. Rien non plus, on nous montre un peu les galères mais c'est pour mieux nous faire le coup (incroyable, quelle blague !) de "ces gens qui n'ont rien ont un si grand cœur...". Malgré la misère la mère ne pense qu'aux autres, vrai exemple de sacrifice maternel. Quand la voisine part, la mère ne pense pas à son malheur, elle est digne et généreuse. La bourgeoise est même étonnée de voir que sa pauvre voisine cache sa tristesse. Si touchant, et naïf.
Pire, la mère et le fils vont donc recevoir l'aide de la voisine d'en face, troisième personne qui constitue le trio central du film. Malgré son importance, et l'importance de ses problèmes, aucune solution ne lui est apportée, et surtout, le film s'en moque. Une résolution ? Aucune ! Ce qui compte dans ce film c'est Steve. Les femmes maltraitées n'ont qu'à se débrouiller, le film ne compte pas leur apporter plus d'éclairage.
Par contre, les acteurs représentent très bien ! Le réalisateur semble avoir beaucoup de chance. Il ne prend pas la peine de maîtriser le sujet dont il va parler, la maladie mentale, la pauvreté, mais par contre les acteurs prennent la peine d'interpréter au mieux, et si certains spectateurs ont adoré le film les acteurs en sont certainement une cause importante.
Car dans le fond, l'histoire racontée est dangereuse. Sans la dévoiler, la fin est ce qu'il y a de plus grave. On peut remarquer que dès le début l'histoire est condamnée à mal tourner. La mère reprend son fils malade alors qu'elle n'a aucuns moyens. « Oui mais elle a tant d'amour... » À d'autres ! Dès le début je me suis retrouvé à donner raison à l'assistance du foyer : l'amour ne suffit pas. Si vous aimez énormément quelqu'un, que vous voulez le sauver, alors qu'il vous fait du mal, vous êtes dans une relation toxique.
Alors, tournant en rond deux heures dans cette relation toxique, le film, ne sachant probablement plus comment nous épater, finit par nous frapper un grand coup, histoire qu'on se souvienne de lui. Préparez vous donc à un déluge de violence psychologique et physique qui débarque d'un coup ! Et voici tout ce que nous avons vu se construire pendant deux heures, difficilement, péniblement, s'effondrer. La seule conclusion qu'on nous présente est la dépression. La vie, c'est de la merde. Cela réussit sans doute très bien à choquer le bourgeois, mais le spectateur sensible est en colère devant tant de bêtise.
Le film essaye de nous faire tirer des larmes car Steve et sa mère ''s'aiment'' mais ne peuvent pas vivre ensemble. Le présupposé de cela est que les services sociaux et psychiatriques sont complètement diabolisés. Car, dès le début du film, malgré les qualités de sa mère, il est clair que la place de Steve est à l’hôpital. Et ce lieu, le film refuse de nous le montrer (sauf dans des clichés dignes du XIXe !). Comprenez : la psychiatrie c'est mal ! Alors que regardez, Steve est tellement bien à se suicider chez sa mère !
Si le film nous montrait vraiment la vie de Steve là où il doit être, on verrait la supercherie de cette histoire et sa dangerosité : l'amour ne fait pas tout. Pour Steve, il faut des professionnels, des moyens, des compétences. Mais au lieu de cela, Mommy veut nous faire croire que le bon sens et l'amour sont préférables. Grave erreur, message dangereux.