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Bertrand Tavernier est considéré comme l'humaniste parmi les metteurs en scène français. Une réputation qu'il a confirmé depuis son premier film, « L'Horloger de Saint-Paul » et qui s'est illustré merveilleusement avec « Ca Commence aujourd'hui », film dans lequel un directeur d'école lutte contre la déchéance intellectuelle des enfants dans le cadre d'un système pédagogique en piteux état. L'institutrice de « Coup de Torchon » (Irène Skobline) est également un personnage positif, le seul d'ailleurs. Pourtant, ce n'est pas une vraie porteuse d'espoir malgré toutes ses bonnes intentions car elle soutient en fin de compte uniquement le système en place. De même, la métamorphose, en grande partie provoquée par elle, d'un Cordier (Philippe Noiret) d'abord inoffensif est tout sauf bienfaisante. En effet, Cordier se révèle être de plus un véritable monstre. Sa croyance dans la mission qu'il pense remplir, c'est la folie d'un petit bourgeois déshinibé dont certains traits fascistes apparaissent au grand jour. C'est ainsi qu'un ton cynique, inhabituel chez Tavernier, accompagne cette oeuvre dans laquelle transparaît l'histoire de Jim Thompson, auteur américain de romans policiers. Tout cela rappelle en même temps les films de Claude Chabrol et leur critique caustique de la petite bourgeoisie française. Tavernier partage cette critique qu'il réussit à envelopper d'une façon extrêmement divertissante. « Coup de Torchon » est une comédie sombre et burlesque qui n'évoque pas une seconde une simple oeuvre historique. Le style fluide de la mise en scène, avec ses plans merveilleusement chorégraphiés et souvent longs, qui font parfois penser à Jean Renoir, porte efficacement l'intrigue sans jamais s'imposer et prépare l'espace pour les apparitions plutôt crûes et radicales des acteurs. Isabelle Huppert et Stéphane Audran, actrices préférées de Chabrol, accentuent le ton « chabrolesque » de l'oeuvre et sont excellentes dans leur vulgarité sans détour. Il en est de même pour Guy Marchand qui incarne comme à son habitude un macho ridicule. Mais au-dessus d'eux se trouve Philippe Noiret. Avec son corps puissant et mou, il rayonne comme un pachyderme indolent. Son jeu brillant démontre que l'apparence est tout sauf opaque et mystérieuse. Derrière le bon regard du policier, on ne trouve pas seulement des doutes et de profondes blessures mais aussi de sanglants abysses.
Ajoutée le 14 févr. 2012 à 21h20 Signaler un abus
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