La prima donna est expressive, très "victime tourmentée", à la fois curieuse et terrorisée, ce qui rend son courage d’autant plus intéressant.
Les signes donnés par le fantôme et leurs conséquences de plus en plus concrètes se rapprochent à mesure que passe le film, montent en densité et forment une mise en garde et une aide entre-femmes contre l'homme d’une logique évidente.
La tension est bien menée, bien développée, justifiant une longueur conséquente dépassant les 90 minutes. Le tout incarne un
fantasme ou plutôt une angoisse de femme, dans la mesure où tous les époux, tous les compagnons, sont à leur manière violents : Harrison Ford, pour comble de perversité qui caresse tendrement Michelle Pfeiffer avant de la noyer ! Beaucoup (je veux dire en volume) d’hommes à force de colère et de violence tuent leur femme, purement et simplement : donc on traite ici une réalité. Sans aller jusqu’à cette extrémité et à des degrés très divers, la domination masculine emploie souvent la force pour s’affirmer, donc l'injustice. Ici, la violence phallocratique est justifiée par des préoccupations typiquement masculines (ne pas perdre son prestige et disposer d’objets sexuels à sa guise) contre laquelle le personnage principal doit faire face avec l’aide d’autres femmes, évanescentes : la voisine étrange, la meilleure copine, la mère de la vraie victime, le fantôme de la victime. Cette aide difficile à lire et à recevoir permet de guider la femme sans la priver de la possibilité de se débrouiller seule face à son mari, qui voit les interventions du fantôme devenir de plus en plus tangibles —
un peu comme les enfants désirent que leurs parents consentent un jour à regarder le monstre sous le lit et en crient d’épouvante, — un peu comme si l’Homme (radicalement dominant dans le film du point de vue social) apercevait soudain
le pouvoir de la Femme, gardienne de la vie et « donc » de la mort, selon une idée répandue que je conteste, mais en tout cas gardienne des et de l’influence magique, ce pouvoir des faibles qui compense le pouvoir direct...
En résumé, un scénario pas du tout féministe, mais qui exploite jusqu’au bout un aspect des relations hommes/femmes, le pire. Ce n’est pas si mal. [spoiler]