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Les Frères Sisters
Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "Les Frères Sisters" et de son tournage !

Naissance du projet

Les Frères Sisters est le premier film tourné intégralement en langue anglaise (et avec des acteurs majoritairement américains) de Jacques Audiard. Ce sont John C. Reilly et Alison Dickey (l'épouse productrice du comédien) qui ont demandé au réalisateur, lors du festival de Toronto où était projeté De rouille et d’os en 2012, de lire le roman de Patrick deWitt dont ils détenaient les droits. Audiard se rappelle : "Je ne m’en suis pas rendu compte sur le moment mais c’était la première fois que l’on me proposait un sujet qui me plaisait. Jusque-là, j’étais toujours parti sur une idée que j’avais, un roman que j’avais lu… bref, l’initiative venait toujours de moi. Pas là. J’ajouterai que si j’étais tombé par hasard sur le roman de Dewitt, s’il ne m’avait pas été proposé, jamais je ne serais parti de mon propre chef sur un western. Entre-temps, comme le scénario était déjà en route, j’ai fait Dheepan. A l’arrivée, tout cela est effectivement assez dépaysant."

Audiard et le western

Jacques Audiard avoue ne pas avoir un rapport érudit avec ce genre on ne peut plus cinématographique qu'est le western. Ce sont d'ailleurs les westerns les moins post-modernes qui ont le plus intéressé le réalisateur, comme les films d’Arthur Penn, aussi bien Little Big Man que Missouri Breaks. Il précise : "Parmi les plus classiques, même chose, je suis plutôt attiré par les oeuvres du crépuscule, qui contiennent la critique de quelque chose – du genre lui-même peut être : Rio Bravo, Liberty Valance, les Cheyennes. Dramatiquement, le western est très linéaire, sans suspense, épique. Dans mon travail, je pense avoir été attiré jusqu’à maintenant par des histoires plus tendues, des scénarios plus « efficaces »."

Acteurs américains

Si Jacques Audiard s'est toujours dit qu'il aurait du mal à travailler aux États-Unis, pour des raisons d’organisation du métier et de conditions de tournage, certains acteurs américains lui donnaient envie de tenter l'aventure. Il avance : "Ils offrent une sorte d’incarnation immédiate. On ne se pose pas de question, ils se dressent physiquement et occupent l’image d’une façon différente. Ça, c’est le constat du spectateur : les visages n’apparaissent pas de la même façon, les corps n’ont pas la même taille, les voix la même profondeur etc. Ensuite, quand tu travailles avec eux, eh bien, tu comprends pourquoi : c’est un travail. Du travail. Ils ne s’arrêtent jamais."

Tournage en Europe

Jacques Audiard a voulu tourner Les Frères Sisters en Espagne et en Roumanie plutôt qu'en Amérique du nord. En compagnie d'une partie de son équipe, le cinéaste avait fait des repérages aux Etats-Unis dans toute la route Oregon-San Francisco, qui débouche sur le Pacifique, mais aussi à Alberta au Canada, où a été tournée la série Deadwood. En dehors même des problématiques de coûts, ce qui l’a gêné réside dans le fait que les décors sont intacts et d'une qualité d’entretien irréprochable. Audiard raconte :

"Et tu te demandes « mais j’ai vu ça combien de fois ? » Le big sky, les villages pionniers, tous ces décors sont à dispo, avec la montagne en arrière-plan, la profondeur… il suffit de les louer ! Il nous a semblé qu’il fallait être plus inventif que ça. Ce qui est en jeu, c’est le rapport que tu entretiens avec le réel en tant que metteur en scène. J’en avais déjà fait l’expérience sur Un prophète, où j’avais visité de vraies prisons, en France, en Suisse, en Belgique : tout ce réel n’aide pas à voir le cinéma. Au mieux, ça amène au documentaire ; ça ne pousse pas à avoir un véritable geste, ni une quelconque invention."

Retrouvailles

Jake Gyllenhaal et Riz Ahmed avaient déjà participé à un projet commun avec le thriller nocturne Night Call en 2014. Le premier avait également pour partenaire de jeu John C. Reilly dans le drame sur l'adultère The Good Girl emmené par Jennifer Aniston. 

Ages inversés

Jacques Audiard a choisi d'intervertir l’âge des deux frères par rapport au livre. Le metteur en scène a ainsi fait en sorte que le patron du duo soit le cadet (Joaquin Phoenix). "Dans un motif biblique, le plus âgé (John C. Reilly) a perdu son droit d’ainesse. Le projet assumé est de les envisager comme des gosses. Ce sont deux vieux cow-boys usés, rincés, mais au fond, ils ont douze ans. Dans cette fraternité jamais remise en cause, quelque chose s’est figé, bloqué en enfance. Ils ne peuvent fonctionner qu’en couple, car cela les ramène à un moment irrésolu de leur enfance – ou peut-être résolu de manière vicieuse. J’adorais filmer ces deux grands types, le gigantesque John C., avec ce côté « oh mais tu boudes ? ». La gageure était que Eli devienne peu à peu un personnage désirable. Qu’il grandisse au fil du film", confie-t-il.

Dédicace

Les Frères Sisters est dédié au frère aîné de Jacques Audiard, disparu à l’âge de 25 ans. Le réalisateur explique : "Cette dédicace me paraissait normale. Dans une fratrie de deux, au moment de la disparition accidentelle du grand frère, on devient non seulement fils unique mais aussi l’aîné. Toute la responsabilité qui lui incombait théoriquement vous revient, c’est l’héritage qu’il vous laisse. On réalise alors qu’on s’abritait derrière lui, et que c’était bien confortable. D’un coup, on a tous les inconvénients de l’aînesse, mais sans les avantages. Et on est seul."

Un nouveau chef op

Jacques Audiard a fait équipe pour la première fois avec le chef opérateur belge Benoît Debie, qui est entre autres un habitué de Gaspar Noé. Les deux hommes voulaient une photographie rejoignant l’imagerie du conte, où il y soit de la couleur, soit la nuit. "Parfois, c’est très sombre, mais quand il y a de la lumière, c’est coloré. Comme sur les Tin Pans, les daguerréotypes tirées sur des plaques de métal au XIXème, souvent des photos de rien du tout mais que l’on dotait de cadres pas possibles, dorés ou en velours rouge, ce genre de choses. J’avais envie de rouge, de vert, pour moi ça avait du sens, et pour Benoît aussi : il colore les sources lumineuses en intérieur, parfois même en extérieur", note le cinéaste.

Professionnalisme à l'américaine

Lorsque Jacques Audiard est entré en contact avec Jake Gyllenhaal, ce dernier lui a dit qu'il s'est un peu renseigné sur la période que le film dépeint et a demandé au metteur en scène comment s’exprimerait son personnage, un individu passé par les premières universités de la Côte Est au XIXème. Audiard se rappelle : "Heu, merci bien, mais comment répondre à ça ? Bref, il est allé bosser un mois avec un linguiste, et il est revenu avec un script en phonétique ! Il ne lui manquait plus que le costume. C’était la première fois que je vivais ça. Ils viennent avec la démarche du personnage, ils ont déterminé comment il s’assied, comment il se comporte en société, s’il regarde ou non ceux à qui il s’adresse. Depuis des décennies, ils ont développé ce métier d’acteur « de cinéma ». Ils savent où est la caméra, quel est l’objectif, comment on va les voir, s’ils sont dans le cadre ou non, quel détail de leur expression va être capté. Tout cela était très nouveau pour moi et très impressionnant. Électrisant, même. Le tournage pouvait être dur, mais le matin j’étais incroyablement content de les retrouver."
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