Mr. Smith au Sénat
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Daniel Schettino
Daniel Schettino

31 abonnés 241 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 9 mai 2021
Vu à l'heure actuelle, ce film parlant de la démocratie aux États-Unis au début des années 40, nous montre des différences avec notre époque contemporaine, et fait réfléchir sur les changements de ces valeurs, sur l'évolution de la société et l'absence au moment du tournage du film de thèmes qui nous apparaissent pourtant essentiels maintenant. On peut voir ce film comme un document, et constater le changement des mentalités. Ce qui est frappant tout d'abord est la prière au début de la cession parlementaire, ce qui fait déjà à l'époque toute la différence entre les États-Unis et la France. Tout le long du film nous ne pouvons constater l'absence des minorités ethniques et des femmes dans l'hémicycle. Les sénateurs sont tous des hommes blancs. Une scène qui nous apparait incroyable à notre époque, montre la condition des noirs avec ses porteurs de bagages à la gare, qui sont pour ainsi dire invisibles aux yeux des protagonistes blancs. Ils font partis du décor, et même si à la fin ils finissent par laisser les bagages à un des personnages, on constate du peu d'intérêt qu'ils suscitent. Un autre aspect qui interpelle est l'héritage indien qui est ridiculisé dans une scène (la racisme n'est pas loin). Aux yeux d'être fier de cet héritage culturel, les gens rient et se moquent. Le nouveau sénateur, interprété par James Stewart, veut créer un camp patriotique pour les enfants (attendez par là pour les garçons). D'ailleurs la langage du film montre la réalité de l'époque. Avec cet exemple par "enfant" il s'adresse en fait aux petits garçons puisque on ne voit pas les petites filles défendre cette idée ou manifester ou même élaborer un journal en faveur du sénateur Smith. Le civisme, la participation est réservée dans le film uniquement aux petits garçons. Et on n'ose imaginer la place réservée aux petits garçons noirs et asiatiques (même si on en voit 2 dans la scène de l'élaboration du journal. Mais ils sont noyés par la présence omniprésence des enfants blancs). Frank Capra aime recycler et il reprend les mêmes scènes dans l'Extravagant M. Deeds et dans M. Smith au Sénat avec notamment les prétendus experts qui sont ridiculisés et pris pour des idiots dans les deux films, puis après la grande tirade "émouvante" du personnage principal des 2 films, avec les applaudissements d'une audience qui lui est toute acquise (Gary Cooper avec les ouvriers venus le soutenir à son procès, dans l'Extravagant M. Deeds, et James Stewart avec les petits garçons en liesse dans l'hémicycle du Sénat, à la fin de son discours). Malgré ces critiques qui nous permettent de comprendre que la démocratie a bien évolué, et qu'il est difficile de juger les valeurs d'hier avec celles d'aujourd'hui, on peut retenir de très belles phrases dans le film, prononcées par le formidable Claude Rains : "Ils pensent être en liberté alors que les citoyens ne sont pas représentés", et "Qu'est-ce que la liberté exige de nous ?".
Uchroniqueur
Uchroniqueur

220 abonnés 2 578 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 18 avril 2021
"Monsieur Smith au Sénat" (Mr. Smith Goes to Washington), comédie politique américaine de 1939, réalisée par Frank Capra.
Un grand classique. Un grand réalisateur. Un très bon Capra qui dure deux heure au scénario écrit par Sidney Buchman sur une idée de Lewis R. Foster. Avec James Stewart, acteur des films de Capra puis acteur fétiche Hitchcock.
Quand un sénateur novice, candide et sincère vient naïvement troubler les manœuvres de corruption de sénateurs plus aguerris. Une dénonciation de la corruption gênante qui fit polémique lors de la sortie du film dont le succès n'en fut que renforcé. Du bon cinéma d'excellente facture. Un classique du cinéma d'avant guerre. Du bon noir et blanc.
Redzing

1 451 abonnés 4 915 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 19 mars 2021
Frank Capra livre là une fable politique particulièrement acerbe. Certes, le ton est léger, et l’humour largement présent. Mais « Mr. Smith Goes to Washington » demeure un portrait au vitriol du monde politique américain, qui n’a rien perdu de sa force. A travers cette intrigue autour d’un sénateur naïf et idéaliste, embourbé dans une sinistre machination, Capra s’attaque en effet à tout un système. Les médias sont au mieux sensationnalistes et opportunistes, au pire à la botte d’hommes d’affaires. Les sénateurs sont au mieux de pompeux politicards, au pire des crapules véreuses. Et les assistants politiques sont désabusés par tout cela ! Le tout traité avec finesse et intelligence. Devant ceci, on ne s’étonne guère que le film fut mal reçu par les politiciens de l’époque, et carrément interdit dans certains pays. Pourtant, dans cet océan de corruption, surnage le personnage de James Stewart, qui incarne une forme d’espoir. Erudit et idéaliste, il s’émerveille de la simple vision du Capitole, mais encaisse avec difficulté les coups que le système lui porte. Il fera preuve d’une combativité hors normes pour défendre ses valeurs, avec cette fameuse séquence où il parvient à se lancer dans une obstruction mémorable, tenant la parole près de 24 heures (!). Une scène peut-être finalement un peu courte à l’écran, mais qui n’a rien perdu de son impact. Stewart est excellent dans ce rôle noble et attachant, qui lui permettra de décrocher une nomination pour l’Oscar du meilleur acteur, et ainsi de lancer sa carrière. A ses côtés, on appréciera les seconds rôles, tels que Jean Arthur en assistante parlementaire roublarde, qui va retrouver la foi grâce à notre héros. Et Claude Rains en mentor trompeur et corrompu, que la pureté du protagoniste va secouer. « Mr. Smith Goes to Washington » est donc une oeuvre de politique fiction très moderne, piquante mais finalement optimiste sur le fonctionnement de la démocratie.
Roub E.

1 308 abonnés 5 375 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 6 février 2021
Un homme volontaire mais candide est choisi par le gouverneur de son état pour devenir sénateur. Ce dernier veut continuer ses magouilles au capitole et voit dans ce monsieur Smith un parfait homme de paille qu’il pourra manipuler. Le sénateur va finir par s’en rendre compte et mener un combat oratoire pour ce qu’il estime juste. Le cinéma de Capra est à l’image de son personnage principal, optimiste voir idéaliste, ayant une vision souvent pessimiste des choses j’ai eu du mal avec ce film. Beaucoup de réactions et d’événements m’ont parus improbables voir ridicules. Pas tant le personnage de Mr Smith car oui les idéalistes et les hommes intègres existent, mais qu’ils arrivent à faire bouger les lignes à ce point, non désolé je n’y crois pas. On pourra me dire que dans notre période cynique ce genre de film fait du bien. Peut être ... J’ai tendance à penser que le film a beaucoup vieilli car les hommes de pouvoirs et d’argent ont gagné et que Capra fait bien désuet aujourd’hui.
Max Rss
Max Rss

252 abonnés 2 316 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 31 décembre 2020
Ce film, et l'on ne saurait nous en blâmer, on aurait vite fait de se moquer de lui. Et ce, pour trois raisons. La première étant que depuis 1939, les moyens de communication et d'information ont énormément évolué et il nous est plus facile d'être au fait quant aux diverses magouilles prenant racine dans les sphères politiques. Deuxième raison, on peut trouver l'évolution de Mr. Smith assez facile vis-à-vis de son métier. Prendre conscience des vices de la politique est une douloureuse expérience qui s'étale sur plusieurs années, on peut même chiffrer en décennies. Et, troisième raison : on pourrait aussi pointer du doigt la facilité du dénouement, ou plutôt, la facilité du déclencheur du dénouement. Mais, le plus judicieux, selon moi, est de se resituer dans le contexte de l'époque. Et là, c'est très clair, ce film est une oeuvre courageuse. Le peuple, à cette époque, ne soupçonnait pas une seconde que ses élus puissent s'adonner à des pratiques frauduleuses. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le film a d'un côté, été un gros succès public, mais a rencontré de l'autre une forte hostilité de la part de la presse et même ailleurs. Cela dit, je me suis toujours demandé une chose : qu'est-ce qui a vraiment intéressé Capra quand il a fait ce film ? Bien sûr, épingler la politique était dans ses intentions, sinon, il n'aurait jamais fait le film de la sorte, mais était-ce là son combat premier ? Moi, je pense que la politique est ici une toile de fond pour dépeindre le combat d'un homme seul face à une majorité qui a décidé d'avoir sa tête. Et là, franchement, c'est du tout beau. Voir ce sénateur naïf et idéaliste se battre jusqu'au bout pour des causes qu'il estime justes, quel que soit le prix à payer, c'est quelque chose que je trouve admirable. C'est David contre Goliath, mais il n'y a pas qu'un seul Goliath, il y en a des centaines. Et, dans ce rôle complexe, James Stewart est immense, il éclabousse tellement. À tel point que même si cela avait dû être le seul bon film de sa carrière (ce qui n'est évidemment pas le cas), il aurait suffit à faire de lui une légende du cinéma. J'aimerais conclure en disant ceci : à tous les jeunes cinéphiles, ceux qui sont plus jeunes que moi (et j'approche tout doucement des 28 ans), n'ayez pas peur de vous lancer à la conquête de ces vieux film. Certes, ils ne sont pas immunisés contre le vieillissement, ils peuvent aussi donner l'impression de ne plus rien avoir à offrir, ou si peu, mais les qualités qui ont fait d'eux des grands films résistent toujours. Les grands films ne meurent jamais.
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 18 décembre 2020
Célèbre comedie américaine de l'age d'or du cinéma, la réputation du film n'est pas usurpé. C'est du Capra... c'est drole, tendre, une morale qui parle a tout le monde. Le ryhtme est endiablé, les scènes s'enchaine par un montage rapide des situation coccasse.
On peut reprocher un peu la mievrie par moment du film mais c'est le petit defaut du film qui fait son charme...
Frederique Servin
Frederique Servin

4 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 18 novembre 2020
Très attendu mais un vrai plaisir, surtout dans le contexte actuel des élections américaines, avec les citations de Lincoln.
Hotinhere

791 abonnés 5 474 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 25 octobre 2020
Franck Capra met en scène une comédie satirique brillante et jubilatoire qui critique habilement la corruption politique dans notre société, interprétée avec brio par James Stewart.
Musomuse
Musomuse

12 abonnés 237 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 19 octobre 2020
Ce qui me semble brillant avec le cinéma américain, c'est sa capacité à se critiquer sans tomber dans le cynisme. Je ne parle pas de tous les films Etats-Unien évidemment. En tous cas Capra a cette qualité. Le personnage de Smith est un calcul de scénariste mais est aussi un petit coup de génie. Car il nous est attachant, proche de notre idéal morale contemporain. Tout cela mêlé au fait qu'il s'agit d'un film compte. Et c'est très feint dans sa construction.
Rare sont les films causant de politique qui réussissent à nous rendre ce monde intelligible. Cela a tellement d'influence sur la globalité de notre société qu'il est difficile d'en mesurer la gravité. Ces choses sont au-delà de nous, de notre entourage. Et c'est une faille que tous les politiques ont exploité. C'est inévitable, du moins pas si l'on est doué de bonnes intentions. Celles du bien commun. Ici Capra fait avec tout cela en tête et nous donne toutes le clefs en main pour prendre partie et ne pas rester indifférents aux questions politiques; soit disant trop complexes pour ceux n'ayant pas fait science-po.
Alors on a envie de se mettre à penser que les lobbyistes sont des bestioles ignobles n'ayant pas la sensibilité pour gouverné ni gérer une quelconque entreprise.
De mon point de vue il est aussi bienvenue de Capra qu'il fasse un film rappelant que la question de contestation n'est pas lié à la gauche. C'est un procédé, point. Il n'y a pas que de la politique, il y aussi gens derrière les décisions prise par ces gens haut placé. Et si ils ne pensent qu'à eux il y en a aussi (qui peut être par accident), qui se retrouverons à penser à leur devoir dans la fonction de politicien.
Quand on voit à quel point Capra met au service sa maitrise du medium à son opinion, on peut comprendre que ce que fait Capra c'est du grand Cinéma pour les petites gens. Autrement il nous parle avec respect.
anonyme
Un visiteur
4,5
Publiée le 14 septembre 2020
Et dire que Frank Capra crut pouvoir plaire aux Sénateurs en réalisant ce film riche en informations pour le peuple américain sur les dessous, les crispations, les débats qui honorent le fonctionnement de la démocratie ! La réalité déstabilisa le réalisateur qui vécut un cauchemar lors d'une grandiose avant - première devant un parterre de sénateurs et d'officiels qui sortirent de la salle dès les premières minutes.
Jack G
Jack G

12 abonnés 175 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 3 juin 2020
Fidèle à sa réputation de grand critique du système américain, Frank Capra poursuit dans la lignée de Vous ne l’emporterez pas avec vous (1938) et dans la confrontation acerbe du pays de l’oncle Sam à sa dure réalité sociale, économique et politique, mettant en duel l’idéalisme et le réalisme pour mettre en lumière ses défauts et ses vices.
En 1938, après la sortie et le succès de son dernier long-métrage engagé, contre toute attente, Capra essuie un refus à propos de son prochain projet de film consacré à Frédéric Chopin. En conséquence, le cinéaste lance la fabrication de sa nouvelle œuvre, Monsieur Smith au Sénat, et en confie l’écriture à Sidney Buchman, avec qui il a déjà collaboré dans Les Horizons perdus (1937) et qui est membre du Parti Communiste américain (qui est ensuite blacklisté lors du maccarthysme au début des années 1950, période de l’histoire américaine où les communistes furent traqués par le gouvernement). Pour les besoins du film, Capra fait entièrement reconstruire le Sénat en studio, dans les moindres détails.
A l’époque du film, l’Amérique traverse une sombre période de son histoire. En 1929, le krach boursier entraine une forte inflation et une hausse importante du chômage qui pousse des hordes de pauvres et de chômeurs à la rue. Dans ce contexte difficile, le populisme opère une percée dans l’opinion, les citoyens cherchant à régler leurs comptes avec ces politiques corrompus et incompétents qui avaient juré d’être des remparts face à la finance et à la crise. Dix ans plus tard, en 1939, année de sortie du film, Roosevelt est au pouvoir et prône un interventionnisme accru de l’Etat dans le cadre du New Deal, son plan phare de lutte contre les effets de la Grande Dépression. Et Capra y est majoritairement hostile, défendant l’individualisme face au fédéralisme. En conséquence, à ses yeux, le plus important, c’est bien « la liberté artistique de faire un film sur les erreurs américaines et de le montrer dans le monde entier ». Et ainsi naît Monsieur Smith au Sénat.
Ce long-métrage emblématique de la carrière de Frank Capra se démarque par une modernité et une audace pour 1939, à une période où la démocratie est en danger, à la fois aux Etats-Unis par la crise économique et par une oligarchie dominante et corrompue, mais aussi en Europe, par le fascisme et le nazisme qui prennent de l’ampleur. Toutefois, contrairement à ce que certains critiques ont pu penser, flirtant avec l’idée injustement répandue selon laquelle l’œuvre de Capra est profondément pessimiste, ce n’est pas la nostalgie d’une pureté et d’une innocence perdues que le cinéaste cherche à dénoncer grâce à ce film, mais le fonctionnement, les forces et les faiblesses de la démocratie.
En effet, c’est avant tout une éducation démocratique, à travers les symboles (statue de Lincoln) et les fondements (Constitution) de la jeune démocratie américaine, qui confronte deux styles de politique, incarnés avec l’homme du dire-vrai (Smith), de la parrhèsia, face à celui qui instrumente le dire-vrai, le démagogue qui trompe les citoyens avec un simulacre (Paine, et derrière lui, Taylor). La démocratie demeurant par essence et avant tout l’affaire de tous, l’arrivée d’un jeune homme inexpérimenté en politique et ignorant des codes qui la régissent rappelle cette vérité première, au détriment d’une élite oligarchique n’ayant aucun scrupule pour profiter illégalement du système. Jefferson Smith, à la fois « Jefferson » (un destin politique exceptionnel) et Smith (un citoyen lambda, un Monsieur tout le monde) est empreint d’une vision idéaliste et magnifique du Sénat, se retrouve à siéger dans ses rangs avant de découvrir les turpitudes et les infâmies du monde politique, de la « petite politique » incarnée par Taylor, mais également Paine, l’homme qui commence à lui servir de parrain avant de se révéler être un fourbe. La cohabitation entre son prénom prestigieux et son nom ordinaire est d’ailleurs au cœur du principe même de la démocratie et de la possibilité d’être un citoyen et de devenir un élu, car Monsieur Smith, c’est avant tout Monsieur-tout-le-monde.
Ce non-corrompu, idéaliste et naïf, compte bien faire triompher la vertu pour servir et enrichir la magnificence d’un régime politique auquel il croit viscéralement, pour le bien commun et la grandeur de la nation qu’il admire. Dans une scène mémorable, qui n’intervient que tard dans le film et au cours de laquelle Smith fait preuve d’un courage exemplaire en gardant la parole pendant 23 heures consécutives, Capra montre que la parole est la sève de la démocratie, c’est « l’exercice libre de la raison publique » (John Rawls) qui elle-seule peut sauver le régime en danger.
Avec cette importante leçon de démocratie et de politique, on peut d’ailleurs supposer que Monsieur Smith au Sénat a plus contribué à faire connaître aux citoyens américains le fonctionnement de leurs institutions que bien des programmes d’instruction civique. Quand la secrétaire explique le long et complexe parcours d’une loi à Smith, c’est aux Américains qu’elle s’adresse, avec un didactisme subtil et pertinent qui reste cohérent par rapport à la narration.
Pour autant, même si Frank Capra chercher à éduquer les citoyens américains et à leur faire prendre conscience de la merveille et de la fragilité de leur régime politique, ses attaques contre les politiciens et la presse ne manquent pas de virulence. Dès le début du film, la mort d’un sénateur est moins vue comme le tragique événement qu’elle est indubitablement que comme un tracas indésirable dans le déroulement d’un processus politique, travestissant d’entrée les vertueuses valeurs humaines, et ce avant même de découvrir les mensonges et les manipulations de la politique.
En dépit de la défense de la démocratie et de l’état de droit, il n’est donc pas naïf sur le vivier de corruption présent dans le milieu. Ainsi, Capra prend pour cible le cynisme des politiciens, la collusion entre élus, organes de presses et industriels pour entretenir l’illusion d’une démocratie, alors que le système est verrouillé et n’a comme finalité que la sécurisation et la pérennisation de la fortune et du pouvoir des élites du pays. Monsieur Smith au Sénat est un réquisitoire féroce contre la manipulation de l’opinion par une presse à la botte de ses élus locaux, une presse destructrice, non-indépendante et muselée par un magnat de la finance et un fonctionnement démocratique gangrené par la corruption.
Sa position est donc ambivalente : défendre la démocratie mais également la critiquer sans l’affaiblir. Cette limite, pas toujours facile à identifier, se remarque notamment dans la mesure de certaines attaques. Au sujet de la presse d’abord, qui, malgré les accusations d’accointances avec le milieu de la finance, joue un rôle déterminant, mais pas tout de suite immédiat, dans la défense de la démocratie. Ainsi, dans sa rencontre avec Smith, même si elle se comporte mal à son égard, elle a quand même le mérite de lui faire prendre conscience de son statut d’homme de paille, pour son plus grand désarroi, entrainant indirectement l’investissement concret de Smith en débutant la construction de son projet de loi pour les enfants.
Ensuite, à propos des politiciens, la mesure de la critique de Capra se voit aussi dans la dénonciation d’une corruption localisée dans le seul état de Virginie, ne prenant ainsi pas le risque de s’attaquer au système électoral dans son ensemble, qui favorise une domination oligarchique sur une masse populaire trompée et abusée. La figure du président du Sénat, homme bon dont les sourires communicatifs servent de relais émotionnels entre le spectateur et Smith, a ainsi été visiblement imaginée pour atténuer cette vision d’une institution déviante et insatisfaisante.
N’oublions pas également l’enfance, qui est un thème très présent dans le film, ses représentants souvent sages et lucides étant les principaux alliés de Smith dans son honorable projet, mais aussi ses futurs bénéficiaires. Des coulisses du Sénat à la tablée du gouverneur de Virginie, en passant par la lyrique et émouvante leçon de lecture à partir de l’inscription de la Constitution américaine au Mémorial Lincoln, les enfants sont au cœur du long-métrage et incarnent, d’une certaine manière, l’espérance démocratique, ainsi que la défense de la représentativité et de la tradition politique du pays.
En tête d’affiche de cette sensibilisation démocratique au cinéma, l’acteur fétiche de Frank Capra, James Stewart, est rapidement engagé après sa première collaboration avec le réalisateur dans Vous ne l’emporterez pas avec vous l’année précédente. Son interprétation du protagoniste Smith est parfaite et sans accroc, même si on peut regretter l’écriture du personnage qui dresse un portrait caricatural d’un provincial un peu bébête. Aux côtés de l’acteur, la blonde Jean Arthur réalise sa troisième collaboration avec Capra (après L’Extravagant Mr. Deeds en 1936 et Vous ne l’emporterez pas avec vous en 1938) et interprète Clarissa, la charismatique et dynamique secrétaire de Monsieur Smith qui est, de surcroît, la fille de son mentor. D’abord condescendante et moqueuse à l’égard de son nouveau patron, la candeur et l’honnêteté de ce dernier bouleversent ses propres convictions et la jeune femme finit par mettre toutes ses compétences et sa connaissance du métier de politicien (qui est tellement incroyable qu’on en viendrait même à lui suggérer de se lancer elle-même dans une carrière politique, car son professionnalisme et son intégrité dépassent à coup sûr la majorité de ses supérieurs) au service de celui qui vient d’en devenir un. Clarissa est une jeune femme particulièrement émancipée pour l’époque, un détail qui invite à saluer le féminisme mis en valeur par le cinéaste humaniste à travers cette femme indépendante et active.
D’un point de vue scénaristique, Capra ne commet aucune faute, si ce n’est quelques « facilités », en premier lieu desquelles figure un « happy end » discutable. En effet, avec le brusque remord et la rédemption de Paine, c’est le réalisme qui en prend un coup, mais ce choix répond peut-être à la volonté de Capra de préserver les élites politiques contemporaines pour ne pas noircir encore plus le tableau dans une fin dramatique et sans espoir, encore plus dans le contexte troublé de l’époque.
Le 16 octobre 1939, le club national de la presse de Washington organise une grande avant-première dans la salle de la Constitution, au Capitole de Washington, en présence de quatre mille invités dont des juges, quarante-cinq sénateurs et des journalistes. D’après les mémoires de Frank Capra, la majorité du public bouda le film, quitta la salle ou insulta l’œuvre et son réalisateur, mais ces faits n’ont jamais été vérifiés. En revanche, ce qui est certain, c’est que le film fut jugé comme anti-américain et pro-communiste par l’élite politique, mais aussi lynché par la presse qui n’est pas non plus épargnée par le réalisateur. A ces accusations, Capra, qui est aussi l’un des premiers cinéastes à s’être opposé au fascisme, déclare : « Je chanterai la complainte du travailleur, du pauvre gars qui se fait rouler par la vie (…) je prendrai le parti des désespérés, de ceux qui sont maltraités en raison de la couleur de leur peau ou de leurs origines ».
Néanmoins, Monsieur Smith au Sénat, à l’image de son principal protagoniste, n’a jamais été déstabilisé par la virulence des attaques cherchant à s’en prendre à une vérité qui dérange, et reste aujourd’hui considéré comme un film précurseur, subversif, transgressif et en avance sur son temps, pour éclairer les citoyens, le socle humain de la démocratie. Et malgré les tentatives de censure du film par certains sénateurs, son succès dans les salles américaines et européennes est incontestable. En France, il est même choisi pour être le dernier film de langue anglaise à être projeté dans les cinémas avant l'interdiction nazie.
Ce long-métrage est aujourd’hui considéré comme le premier « Dénonciateur à Washington », précurseur des lanceurs d'alerte de l'histoire américaine. A la cérémonie des Oscars 1940, Monsieur Smith au Sénat est nominé dans les catégories du meilleur acteur pour James Stewart et de la meilleure musique de film, et remporte le trophée du meilleur scénario original, saluant au passage le travail de Sidney Buchman. De plus, il est classé parmi les dix meilleurs films de l’année par le prestigieux New York Times.
Après la sortie du film, le contrat d'exclusivité liant Frank Capra à la Columbia arrivant à son terme, le réalisateur décide de préserver sa liberté artistique et de fonder sa propre entreprise de production, pour continuer à perpétuer sa mise en lumière des richesses et des travers de la société américaine qui l’a adopté. John Ford est peut-être celui qui parlait le mieux du cinéaste, le qualifiant de « grand homme » et de « grand Américain, une inspiration pour ceux qui croient dans le rêve américain ».
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 28 avril 2020
Quand on voit ce qu'un seul homme est capable de faire on se dit qu'on peut changer le monde.
Puissance de ce film en noir et blanc, par la force de l'acteur et de toute la réalisation.
Pas d'effets spéciaux mais beaucoup d'effet sur le spectateur.
Hervé L
Hervé L

92 abonnés 717 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 1 décembre 2019
Très bon film juste et émouvant sur la lutte très inégale entre un jeu se idéaliste naïfs et les cupides financiers près à corrompre tous le monde... Il triomphe in extremis mais C est su cinéma dans la vraie vie il serait éliminé comme Snoden par exemple....
anonyme
Un visiteur
3,5
Publiée le 17 août 2019
La quintessence de l’idéalisme américain : le pouvoir de l’homme ordinaire, le combat de l’individu contre la meute, la puissance de la parole et le triomphe de la vérité. Un film politique très moderne par bien des aspects, dont la candeur n’empêche pas une certaine lucidité quant aux mécanismes du pouvoir. C’est assez prévisible, sans doute trop manichéen, mais la recette fonctionne parfaitement, d’autant mieux que c’est impeccablement filmé et interprété.
Léarosi
Léarosi

1 abonné 21 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 20 octobre 2018
Le meilleur film de Frank Capra selon moi. James Stewart est un acteur exceptionnel et on a envie de voir son personnage réussir, de enfin voir gagner les petites gens contres les puissants sans vergogne...
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