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    La Bonne épouse
    Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "La Bonne épouse" et de son tournage !

    Un film né d’une rencontre

    La Bonne épouse est né d’une rencontre. Martin Provost avait loué un été une maison dans le Cotentin qui appartenait à une dame de 80 ans. Elle lui a raconté comment elle avait décidé, après la guerre, de ne pas faire d’études, contre l’avis de ses parents, parce qu’elle préférait aller à l’école ménagère pour rester avec ses copines. Le réalisateur se rappelle : 

    "Je ne savais pas exactement ce qu’était une “école ménagère“, mais l’entendant me parler de son expérience, j’ai vu des images défiler. Avec ma co-scénariste Séverine Werba, nous avons tout de suite lancé des recherches. Oui, il y a bien eu une époque où l’on enseignait aux jeunes filles à devenir des épouses parfaites. Autour de nous, des témoignages directs attestaient de cette époque révolue et en même temps pas si lointaine. Aux archives de l’INA, nous avons même déniché des documentaires étonnants sur ces écoles. Je me souviens de ma stupeur quand une présentatrice de l’époque, sosie de Denise Fabre, racontait avec beaucoup de sérieux qu’une repasseuse digne de ce nom ne pouvait terminer ses deux années d’apprentissage que par la chemise de monsieur, qui consacrait en elle la bonne épouse."

    Thématique fétiche

    Après Le Ventre de Juliette (2003), Séraphine (2008), Où va la nuit (2011), Violette (2013) et Sage Femme (2017), Martin Provost revient avec un nouveau film qui traite d'émancipation féminine, mais cette fois-ci de manière plus légère. Le metteur en scène explique d'où lui vient son intérêt pour cette thématique :

    "Cela vient de mon histoire sans doute, puisque je me suis violemment opposé à mon père, pour qui la domination masculine était légitime. C’est aussi cette opposition qui m’a poussé à quitter ma famille très jeune, et à faire les films que je fais. La Bonne Epouse est certainement le film qui me ressemble le plus. C’est mon film le plus libre, mais aussi peut-être, et contrairement aux apparences, le plus engagé."

    Pourquoi en 1967-1968 ?

    Martin Provost a situé l'intrigue de La Bonne épouse en 1967-1968, parce qu’après 1970-71, toutes les écoles ménagères ont disparu. Il précise : "Et il y en avait énormément jusque-là. Des grandes, des petites, quelques écoles plus bourgeoises, mais surtout des écoles dites rurales, puisque la France était encore à 30% rurale. C’est une donnée très importante. Il y avait Paris, et la Province. Mai 68 va tout faire voler en éclat: c’est le point de départ d’une formidable prise de conscience, qui allait accélérer le mouvement d’émancipation des femmes."

    Retrouvailles

    Avec La Bonne épouseYolande Moreau collabore à nouveau avec le réalisateur Martin Provost après Séraphine et Où va la nuit.

    Marqueurs de l’époque

    Il y a, dans La Bonne épouse, tous les marqueurs de l’époque où le film se situe : Adamo, Joe Dassin, Menie Grégoire, Guy Lux ou encore Anne-Marie Peysson. "Le grand fossé entre Paris et la Province. Dans ma jeunesse, Paris incarnait le rêve absolu. La rapidité des transports et des moyens de communication a changé la donne. D’ailleurs on ne dit plus la Province mais les Régions. Avec Séverine nous avons très vite pensé à l’Alsace parce que c’est une région qui a beaucoup souffert de la Seconde Guerre mondiale. Une région éloignée, sauvage, comme l’était la Bretagne de mon enfance", raconte Martin Provost.

    Trouver le quatuor

    Brigitte Moidon, la directrice de casting, a fait passer des essais à toutes les jeunes comédiennes de Paris, ou presque, pour trouver les quatre élèves de l’école Van Der Beck. Il se rappelle : "Anamaria Vartolomei s’est tout de suite imposée. Elle était Albane. D’ailleurs elle est étonnante. Déjà précise et si juste. C’est troublant. J’avais remarqué Marie Zabukovec, qui joue Annie, lors d’un stage que j’avais dirigé : c’était de loin la plus douée. J’ai demandé à ce qu’elle passe le casting et elle m’a tout de suite convaincu. Pauline Briand s’est aussi imposée par ses essais. C’est une jeune actrice qui cherche beaucoup et qui a pris de plus en plus d’assurance au fur et à mesure du tournage. Quant à Lily Taïeb, je l’avais remarquée dans Trois souvenirs de ma jeunesse, et elle avait exactement cette combinaison de tension intérieure et d’étrangeté que je cherchais pour le personnage d’Yvette."

    L’Enseignement ménager

    Dans la foulée de l’ouverture de la première Ecole professionnelle et ménagère de jeunes filles à Reims, en 1873, l’enseignement ménager se développe en France. Il se déploie à travers plusieurs disciplines : la puériculture, l’hygiène alimentaire, la cuisine, l’entretien de la maison, le blanchissage, le repassage, l’entretien des vêtements, la couture, divers travaux manuels dont le jardinage, éventuellement l’élevage, etc.

    Pendant l’entre-deux-guerres, notamment sous l’impulsion de la journaliste Paulette Bernège apparaît une approche scientifique des "arts ménagers". Il s’agit de rationaliser le travail domestique, notamment en réorganisant – pour celles qui en ont les moyens ! – la topographie des cuisines, et en y incluant les nouveaux appareils ménagers. L’épanouissement est factice : il s’agit de ne pas montrer les tâches domestiques comme des activités subalternes, mais comme des tâches de gestion qui pourraient même combler les ambitions professionnelles de certaines épouses.

    De façon plus globale, il s’agit de faire en sorte que l’activité professionnelle des femmes ne se développe pas au détriment de leur rôle à la maison. Il s’agit aussi "d’éduquer" celles qu’on croit être des proies vulnérables pour la consommation de masse.

    Mais si cet enseignement paraît aujourd’hui conservateur, ses promoteurs sont souvent des pédagogues réformateurs. Inspectrice générale de l’enseignement ménager, Ginette Mathiot ambitionna, en vain, d’étendre cette matière aux garçons. Justement, l’enseignement ménager ne résistera pas à la mixité scolaire et plus globalement à l’évolution des mœurs. Comme l’écrit l’historienne Rebecca Rogers : "L’éducation ménagère est le symbole d’un monde social où les femmes sont clairement inférieures aux hommes, vouées à la gestion intérieure, laissant au sexe fort la gestion de la chose publique."
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