L'Eté de Kikujiro est un joli voyage initiatique qui lie un jeune garçon (Masao, à la recherche de sa mère) et son "ange gardien" ("Mister", un pauvre gars - autrefois gangster - qui a viré gentiment zinzin), allant d'un bord de piscine rigolo à un bord de plage bien triste... Si vous vous attaquez à ce film poétique et tendre, sachez que le rythme est assez lent (au cinéma, cela doit être moins gênant, mais sur un téléviseur, l'attention peut décrocher), et qu'il y a un grand nombre de fantaisies "enfantines" (il y a quand même un gars qui se retrouve coloré jaune et noir comme le Marsupilami après avoir plongé dans une flaque, deux démons qui virevoltent dans la nuit, un homme qui fait le poisson et l'autre le poulpe pour que le gamin puisse pêcher...). Alors oui, c'est long (c'est lent, comme dirait Voulzy), mais soyez assuré qu'à chaque bêtise que "Mister" fait pour amuser le gamin, vous allez fondre (inutile de jouer aux durs, L'Eté de Kikujiro vous chopera avec sa tendresse infinie). Le twist quant à la destination est une surprise du scénario que l'on n'attendait clairement pas (en réalité, le gamin
est abandonné, la maman s'est barrée... Et la scène qui le fait découvrir est vraiment cruelle mais efficace : Masao voit une famille nucléaire parfaite, Papa, Maman, Gamin tous heureux, qui descendent les escaliers de la "maison de sa Mère" pour aller à la plage, tandis que lui est condamné à rester à jamais seul de l'autre côté du portique...
La scène, ajoutée au regard déchirant de Masao, est terrible). Un coup de poignard à l'improviste dans ce film jusque-là bourré de bons sentiments, qui nous rappelle la maîtrise de son réalisateur. La fin est une longue suite de jeux entre le gangster "et sa bande de bras cassés", et le petit Masao pour lui remonter le moral, et forcément, on refond. A noter : dans la version "censurée" que l'on a obtenue, le gangster qui est à poil (car il n'a pas compris qu'on pouvait garder le slip pour jouer "à la Statue Nue") se voit affubler à l'entrejambe d'un montage...de sa propre tête. C'est aussi perturbant qu'hilarant. Presque aussi drôle que le gag (interminable, mais c'est justement ça qui est bon) de la course Quinté au début du film. Si vous n'êtes pas pressé, offrez-vous un petit road-trip avec ce petit garçon qui n'ira plus passer ses vacances à la mer (mère ?), mais préfèrera faire le zouave autour d'un lac boueux accompagné de copains maladroits, et ça, c'est une vraie définition d'un été.