Bouzi Bouzouf aime « Le Procès » d'Orson Welles, adaptation du roman de Franz Kafka (si Christine Angot avait dû elle aussi porter ce patronyme, il aurait fallu que le « f » disparaisse pour qu'il soit conforme à son oeuvre) que Bouzi Bouzouf avoue avec honte ne pas avoir lu. Enfin, il n'est pas allé plus loin que la dixième page, pour être précis. Il faut dire qu'à l'époque où Bouzi a insulté de la sorte ce texte, il était encore un peu con (eh oui, Bouzi a été con dans sa vie ; il doit vous être difficile à concevoir, lecteurs, qu'il ait pu tutoyer votre niveau intellectuel une fois dans son existence). « Le Procès » de Welles s'ouvre, tout comme dans le roman, d'ailleurs, sur l'arrestation d'un pékin qui, un beau matin, voit des flics chelous s'inviter dans sa chambre pour le harceler. Bouzi Bouzouf a vécu hier une expérience assez similaire. Deux policiers ont en effet frappé à sa porte en plein après-midi. En montrant leurs plaques, il a blêmi et s'est dit qu'il était grillé, que l'on avait découvert qu'il séquestrait des lycéennes dans sa cave. Heureusement, les keufs étaient présents pour une tout autre raison (ils voulaient des infos sur l'incendie d'une voiture survenu plus tôt dans le quartier). Pour revenir au film, ce qui marque n'est pas tant que Welles ait su rendre palpable ce système écrasant et labyrinthique qui broie le héros (excellent Anthony Perkins) et l'amène à se sentir coupable alors qu'il n'a visiblement rien fait (la façon dont sont traités ces thèmes de la culpabilité et de l'innocence rapproche le film de « La Chute » de Camus, paru six ans plus tôt), mais la mise en scène fabuleuse du maître. En situant l'action dans des endroits vides et étranges (terrains vagues, banlieues blafardes, pièces bordéliques), en écrivant de brillants dialogues absurdes dignes d'un Beckett et en imaginant des scènes à la teneur surréaliste (celle, fantastique et terrifiante, des gamines mateuses), Welles crée une atmosphère unique, qui annonce déjà Lynch.