Si j'avais dû noter ce film juste après l'avoir vu, je lui aurais donné un zéro. J'étais curieuse de découvrir un film de Lars Von Trier plus ancien puisque j'ai beaucoup apprécié Melancholia... Pourtant, autant j'ai trouvé Melancholia subtil, avec une morale intéressante, autant Dogville est pour moi un film qui prône l'absurde et la violence et qui va totalement à l'encontre de la quête de sens propre au septième art.
Je lui donne finalement deux étoiles pour l'originalité de la mise en scène, le jeu impeccable de Nicole Kidman, de Paul Bettany et de tous les acteurs secondaires. Une très bonne direction d'acteur par Lars Von Trier, une mise en scène relativement originale (pas de décors, seulement un tracé de lignes blanches qui délimite un espace qui représente le village de Dogville) et un découpage plutôt agréable (le film est divisé en neuf parties et chaque partie débute par une narration en voix off rappelant la présentation d'une pièce de théâtre).
Cependant, sur le fond, le film livre une morale plus que douteuse, véritablement absurde. J'ai d'abord été extrêmement déçue par ce film dont les critiques sont plutôt bonnes. En effet, la chute du film
où Nicole Kidman, la jeune femme qui s'est transformée en bonne à tout faire et en souffre douleur pour les gens du village décide de faire tuer tout le village à la fin du film par les hommes de son père.
en fait un navet de noirceur et de pessimisme.
Mais en y réfléchissant (car ce film a eu le mérite de me faire réfléchir), je suis parvenue à faire ressortir deux niveaux d'intérprétation: j'ai d'abord trouvé dans un premier temps, après avoir vu le film, qu'il s'agissait en fait d'une apologie de la violence, un film qui glorifie la vengeance de ceux qui ont été faibles et qui par la suite acquièrent le pouvoir. En effet, le personnage de Grace est d'abord démunie, elle accepte toutes les tâches vîles que lui donnent les gens du village, se fait exploiter, violer à plusieurs reprises et trahir par l'homme dont elle tombe amoureuse. Elle essuie toutes ces humiliations sans jamais se rebeller, s'indigner, telle une sainte, patiente et douce jusqu'au bout, attendant le moment de sa libération. Mais quand son père vient la chercher et lui propose de lui donner le pouvoir qu'elle désire, elle réfléchit et choisit de se venger en tuant toute cette vermine. Certes, le film peut dresser un portrait lucide sur ce que peut être la nature humaine dans sa bassesse, mais est-ce nécessaire de transformer le seul personnage "bon" et censé en monstre ? C'est en cela que dans un premier temps, Dogville apparait comme un film malsain, sombre et terriblement pessimiste, qui ne laisse aucune voie de salut à l'être humain, les êtres brimés devenant à leur tour des criminels. En bref, c'est une humanité pourrie jusqu'à la moelle que présente Lars Von Trier.
Mais dans un deuxième temps, et après plus longue réflexion, j'ai réussi à dégager une autre interprétation, un peu plus explicative: en effet, Grace, personnage vertueux au départ, qui semble dotée d'une humanité supérieure à tous les habitants du village, prête à venir en aide à quiconque lui demande n'est en réalité qu'un être humain qui a surestimé sa capacité à encaisser les humiliations et à endurer le malheur. Ainsi, passive devant ce qui lui arrive et devant le mal qu'on lui fait, incapable de se défendre au moment opportun, elle refoule toute son agressivité qui ressort d'une façon cruelle à la fin du film.
Lars Von Trier montre à travers son film, consciemment ou inconsciemment, que l'être humain le plus ppacifiste et le plus innocent en apparence ne peut s'élever au rang de saint, que la passivité devant l'humiliation peut au final devenir dangereuse quand cette personne obtient finalement les moyens de se défendre et de riposter. Même le personnage de Grace qui semble incapable de faire le moindre mal, va être celle qui ordonnera un génocide.
Deux étoiles donc pour la capacité de Lars Von Trier à dépeindre la noirceur et le mal qu'il peut y avoir dans l'âme humaine. Un film trop sombre cependant, d'un réalisateur certainement très torturé.