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Loin de son baroque habituel, Raoul Ruiz signe cette étrange « comédie de l’innocence » qui surprend d’abord par la ligne claire de son récit : la chronique d’un déni de maternité. Assez hitchcockien dans sa première partie (on pense à une substitution d’enfant), le film se charge peu à peu d’une troublante ambivalence : personne ne réagit vraiment comme la logique le voudrait. La « fausse » mère et la « vraie » sympathisent, semblent signer un pacte faustien, le seul personnage « rationnel » (le frère médecin) est traité comme un psychopathe et l’enfant se fait de plus en plus inquiétant. Difficile de savoir qui manipule qui… Le film se charge ainsi d’un mystère sourd, qui ouvre un troublant questionnement sur la maternité, l’enfance et l’identité. Mine de rien, le film, qui garde une sorte de simplicité narrative (rare chez Ruiz), ouvre sur un abîme, tout en fausses pistes. A la fois ludique et trouble, ce film qui ne ressemble à aucun autre questionne notre rationalité et nous plonge dans une ambivalence revigorante. Ou comment doucement sortir le spectateur de sa passivité habituelle. Un film qui ne se donne pas facilement (il joue la carte du flottement, de l’irrésolu) mais, si on y entre, ne laisse pas de fasciner. Sans compter qu’Isabelle Huppert y trouve un de ses meilleurs rôles.
Ajoutée le 17 oct. 2011 à 12h13 Signaler un abus
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