piju
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5 - Chef d'oeuvre
La musique est légère mais elle vrille le cœur lentement, jusqu’à le vider, jusqu’à le faire imploser…
1904 : la neige feutre la nuit, feutre les vies, les passés vains, les avenirs éteints… Huston remplace la plume de Joyce par sa caméra, fidèle aux mots, fidèle aux images visionnaires. Il restitue l’aube d’un siècle qui s’annonce sombre, tragique, la fin d’un monde de certitudes, de convenances, de rapports superficiels propres à la bourgeoisie catholique irlandaise mourant d’ennui, figée dans une affectation qui sonne faux, s’installant dans un vide auquel on ne peut échapper (même pas Freddy qui est le plus lucide et se réfugie dans l’alcool). Une nostalgie pesante prend part à tous les propos et fait des choses vitales avec les détails dérisoires, précieux et inutiles : abécédaires fanés, dentelles et pudding brun… souvenirs de musique, musique des souvenirs…
Et enfin, il y a les dix dernières minutes où l’on remonte vers un drame lointain qui redonne le vrai poids et la vraie valeur de la vie, porté par des chansons qui remontent les rues de l’hiver et conduit lentement vers un tourbillon d’émotions profondes et graves comme peu de films savent en donner.
Ajoutée le 19 mars 2011 à 23h49
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