Sorte d' « Un air de famille: les origines », « Cuisine et dépendances » ne cherche pas à nous la faire à l'envers : le film misera tout sur son texte et ses comédiens, ce qui, au vu du projet, est assez logique. Adaptation de la pièce de théâtre éponyme écrite par Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui, on sent presque d'emblée leur patte à travers ce ton très mordant, ces répliques au cordeau aussi bien pensées pour créer des situations fortes que pour faire avancer l'intrigue, n'épargnant personne dans un portrait au vitriol où les non-dits, les aigreurs, les ressentiments, le mal-être de chacun sont exposés avec intelligence, en disant parfois long sur les relations humaines, l'amitié, le couple... Pas mal de pessimisme, donc, mais un minimum d'humanité, aussi, non sans quelques idées, dont celles de ne jamais voir le « fameux » invité ou encore la compagne d'un des personnages, brillant plus par ses talents physiques que son intelligence. Dommage que le poids scénique reste écrasant de bout en bout, donnant constamment à l’œuvre des allures de théâtre filmé, y compris dans les dialogues, certes forts bien écrits, mais aussi un peu trop, donnant l'impression d'un léger manque de naturel pouvant, parfois, nuire à la crédibilité d'ensemble. Enfin, l'interprétation s'avère inégale : Zabou en fait souvent trop et Jean-Pierre Darroussin a du mal à convaincre en « loser » se voulant magnifique, au contraire de Bacri, Jaoui et Sam Karmann, tous trois excellents. Au final, la comédie (dramatique) a du sens, mais est aussi un peu vaine, pas grand-monde n'évoluant après cette soirée, ce qui est à la fois pertinent et un peu triste, donnant l'impression d'un film plus prompt à critiquer qu'à proposer des solutions. Mais bon, au vu de ce que nous pouvons voir au quotidien, et sans doute encore plus qu'à l'époque de sa sortie, peut-être « Cuisine et dépendances » a t-il raison dans son analyse, quitte à la trouver figée, voire un peu négative. Efficace.