Les films de Michelangelo Antonioni de ces années 50-60 constituent une sorte d'expérience cinématographique. «L’éclipse» en est un exemple probant : le film est long, lent et peut générer l’ennui du spectateur ; il n’y a pas d’«histoire», mais seulement la description d’une situation. Interprétée de façon évanescente par Monica Vitti, Vittoria est entre deux amours, et, comme pour sa vie toute entière, ne sait pas où elle va. Hormis dans l’atmosphère frénétique de la bourse, qui symbolise le monde matérialiste moderne, qu’elle ne comprend pas et qui lui est étranger (scène inutilement longue), et un tour en avion qui au contraire semble une bouffée d’oxygène, elle erre dans un univers froid et factice. C’est par les images de cet univers que le réalisateur fait ressentir le vide, la solitude et la difficulté de communiquer : loin des images habituelles de Rome, Antonioni nous montre la banlieue, des longues rues désertes, des immeubles en construction, qui deviennent des formes géométriques angoissantes et des traits, des lignes évoquant toutes sortes de frontières. Ce qui préfigure son film suivant, « Le désert rouge ». Les quelques plans des frondaisons frémissantes, rappelant que la nature existe, préfigurant, eux, « Blow up ».