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La série TV de France Télévisions (avec Bruno Crémer dans le rôle-titre) a fait beaucoup de mal à l’univers du Maigret imaginé par Georges Simenon, au point d’être devenu l’équivalent français de Derrick. C’est oublier un peu vite que Maigret a été interprété jadis par le monstre sacré Jean Gabin dans 3 films qui fleurent bon les années 50. Et ce "Maigret tend un piège", est la meilleure preuve que les vieux films peuvent être bien supérieurs sur le plan de la mise en scène que les téléfilms des années 90. On pourra, comme toujours, reprocher à la réalisation un certain manque de rythme ainsi qu’une légère tendance à la théâtralité de la part des acteurs, mais on ne répétera jamais assez à quel point ces petits défauts sont inhérents au charme des productions d’antan. Ce 1er opus surprend cependant par son ton baroque, lui conférant un style capable de résister aux affres du temps. Les ruelles sombres du Marais et le mode opératoire du tueur ne sont d’ailleurs pas sans rappeler le quartier de Whitechapel et Jack l’Eventreur, le noir et blanc ainsi que la musique venant appuyer ce prestigieux parallèle. On est donc loin du ton déprimant de la série avec ses couleurs délavées. Mais le film aurait pu définitivement sombrer dans l’oubli sans la présence du monstrueux Jean Gabin qui, comme toujours, bouffe l’écran avec son charisme inimitable. Son numéro est certes connu (son détachement factice, son empathie, ses colères…) mais le plaisir est toujours intact, surtout quand l’acteur bénéficie des dialogues de l’irremplaçable Michel Audiard ("En fin de compte, ces femmes là trouvent toujours preneur. Tout le monde visite et un imbécile finit par acheter", "On n’a pas de mandat, vous connaissez la loi. - Moi oui, mais c'est pas chez moi qu'on monte"…). Le reste du casting réunit également quelques futures stars comme Annie Girardot en épouse ambiguë et Lino Ventura en flic ainsi que d’autres habitués des films de l’époque comme Jean Desailly en assassin pathétique, Olivier Hussenot en inspecteur dépassé ou encore Lucienne Bogaert en mère possessive. Si on ajoute une intrigue intéressante où la psychologie des personnages est mise à l’honneur, on ne peut que désespérer qu’un aussi bon film et un univers aussi riche ait abouti depuis à une série aussi ratée. Espérons que le commissaire Maigret sera un jour réhabilité dans l’inconscient collectif.
Ajoutée le 17 nov. 2011 à 15h38 Signaler un abus
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