Un beau canevas de drame interchangeable ( Aujourd'hui que l'homosexualité n'est + si tabou & que la substance est rarement présente ) sur la revanche ; Fassbinder donne raison à l'amoureux, au challenger contre tous et nous y trouvons soulagement : Toutefois les passages sur les mythes ainsi que les scène de cynisme, de méchanceté gratuite et de rire jaune, sinon des franches provocations de l'adversaire sont un peu passées sous silence...
Chez Fassbinder tout est désespéré, et l'oeuvre donne parfois l'impression de voir une autobiographie, notamment pour "le droit du plus fort". Car le réalisateur décrit un milieu qu'il connait, celui des homosexuels, et qu'il devient le thêatre d'une comédie morbide. Comédie car le personnage principal joue maladroitement l'aristocrate, entrainé par son jeu, et ce rôle d'intrus lui vaut les moqueries et surtout les abus. Pourtant les évènements le rire jaunit quand celui est abusé par une poignée de riches qui l'attirent pour mieux le détrousser. L'issue de l'histoire est aussi pathétique que ce jeune ouvrier qui se laisse influencé, sorte de mouton cernés par une meute de loups. Les statuts sociaux sont définitivement figés, l'amour un leurre, peu de chose subsistent au final. Chez Fassbinder, si les personnes montent d'un barreau sur l'échelle social c'est pour tomber de plus haut. Toutes ces désillusions prennent d'autant plus d'ampleur quand l'on sait que celui-ci est mort suicidé. Le film a des baisses de rythmes et des ficelles scénaristiques un peu grosses, mais le ton est là, agressif et désabusé.
Rainer Werner Fassbinder offre une interprétation et une mise en forme audacieuse de la lutte des classes dans «Faustrecht der Freiheit» (Allemagne, 1974), le droit du plus fort signifie le titre. Lutte donc, crise, comme souvent chez Fassbinder. Mais la crise sourd sa tension de l’incroyable aisance des conflits. L’opposition des personnages, par le truchement de la direction d’acteurs de Fassbinder, devient un fait naturel. Fassbinder réussit à redonner au conflit son apparition progressive et sa dureté latente. Ici la lutte se fait entre le pouvoir de l’argent, donc un pouvoir matériel et le pouvoir culturel, de l’intelligence. A Fassbinder vient l’aisée conclusion que l’intelligence, l’outrecuidance de la «bonne culture», possède une force bien plus ravageuse que le pouvoir matériel. Car au pouvoir matériel ne saura résister la force des manipulations et la nécessité du temps dissolvant. Dans la lutte du prolétariat soudain plus riche que le bourgeois et le bourgeois toujours plus «cultivé» que le prolot sort vainqueur, comme inévitablement, la classe bourgeoise. Au sein de cette lutte, une histoire d’amour, homosexuelle mais le fait s’efface au profit de la relation elle-même. Le choix de Fassbinder d’engager la lutte des classes au sein même de l’idylle dévoile que dans l’amour, le conflit est inévitable. Si l’esthétique du film tend à s’estomper pour magnifier davantage les relations conflictuelles et les identités des protagonistes, l’unique scène purement esthétique (celle où ils descendent dans la salle aux escaliers et au flipper) suscite un intérêt plus grand de par sa valeur essentielle dans le récit mais surtout par son style abstrait intriguant. Marx détourné savamment par Fassbinder, une réalisation au service de la narration fait de «Faustrecht der Freiheit» bien plus qu’un conte d’amour moderne, c’est un film du conflit des puissances au pessimisme aussi inquiétant qu’il se dévoile réaliste.