William Friedkin maîtrise l'aspect documentaire dans tous les genres (que ce soit polar avec ce French Connection ou fantastique/horreur avec The Exorcist). Le cinéaste, caméra à l'épaule, filme comme s'il n'avait aucune occasion de refaire la scène : tout semble se passer en tant réel, et l'immersion n'en est que meilleure. L'autre réussite en ce qui concerne l'aspect documentaire, c'est que rien n'est épargné : que ce soient les français ou les américains, les traficants ou les enquêteurs, tous ont d'énormes défauts (racisme, violence chez les flics, par exemple) et les héros à la John Wayne n'existent pas ici. Dans French Connection, les personnages principaux sont caractériels, mal rasés, un peu rustres, bordéliques... bref, ils sont humains. Et Friedkin, ainsi, nous rapproche davantage de ses personnages, augmente les enjeux et crée une tension folle. Le spectateur vit les évènements aussi bien que le personnage à l'écran. Friedkin excelle aussi dans sa direction d'acteurs : les comédiens restent sobres, leurs jeux sont travaillés mais pas en excès, ce qui laisse une touche de sincérité évidente dans leurs interprétations. Gene Hackman, flic un peu grassouillet, avec une mauvaise hygiène de vie mais une volonté d'acier, semble taillé pour son rôle. Tout se lit dans sa façon de parler et sa façon de jouer avec le regard. De la même manière, Roy Scheider excelle, voire brille, et cela même si son rôle est beaucoup moins approfondi. French Connection peut être considéré comme une réussite à tous les niveaux, et des films engagés artistiquement de cette façon se font de plus en plus rare. Un grand classique, difficilement démodable.