Le Grand couteau, adaptation de la pièce de théâtre de Clifford Odets, est une charge féroce contre Hollywood « l’usine à rêves ». Robert Aldrich, bien que le film se déroule presque entièrement dans un même grand salon, évite la platitude du théâtre filmé grâce à une mise en espace magistrale. Le film reçut le Lion d'Or au Festival de Venise.
Robert Aldrich résume ainsi son film : « Mon producteur est une synthèse de Louis B. Mayer, Jack Warner et Harry Cohn. Le sujet s’applique à n’importe quel milieu, dans les arts ou les affaires, partout où la liberté naturelle de l’homme, sa possibilité de s’exprimer, sont entravées par des dirigeants sans valeurs et tyranniques. Mais le film est dirigé contre certains maux typiquement hollywoodiens. »
« Si Robert Aldrich n’a pas non plus filmé une pièce, il a mis en scène cinématographiquement une mise en scène de théâtre, autrement dit, il a « découpé » et filmé une mise en scène archi-théâtrale. Ces coups de poing sur les tables, ces bras levés au ciel, ces volte-face de tout le corps ressortissent, bien sûr, à la scène, mais Aldrich leur impose un rythme, une respiration qui lui sont propres et qui rendent fascinant le moindre de ses films (...) Outre qu’il présente une très exacte peinture de Hollywood, The Big Knife est le film américain le plus raffiné et le plus intelligent que l’on nous ait offert depuis plusieurs mois. » François Truffaut, Arts n°544, 30 déc. 1955
« Robert Aldrich signe avec Le Grand couteau ce qui est peut-être la charge contre Hollywood la plus féroce qu’il nous ait été donné de voir sur grand écran. Le film est tiré d’une pièce de Clifford Odets montée initialement par son ami John Garfield en 1949 (Jean Renoir la met également en scène en 1957). (…) Le Grand couteau est une catharsis pour l’auteur. À travers le personnage de Charlie Castle, il pose un regard sans concession sur ses propres renoncements, sur la manière dont Hollywood avale les talents, les formate et les oblige insidieusement à abandonner toute velléité de révolte, de discours contestataire. (…) Le Grand couteau a de plus d’intimes résonances avec les préoccupations du réalisateur, des thèmes qui trouvent un écho tout au long de sa filmographie : la corruption, le diktat du pouvoir ou encore la description sans fard du monde du spectacle. Charlie Castle est une figure brisée, anéantie. Tenu par un immonde chantage et par son désir de succès, il a fait le deuil de ses idéaux. Il ne croit plus aux formidables capacités qu’il entrevoyait dans l’art du jeu. » Olivier Bitoun (DVD Classik).