L'Age d'Or... On pourrait facilement décrier le premier long métrage de Luis Bunuel : mise en scène ridicule, scénario décousu, acteurs qui n'en sont pas, brouillage musical, cadrages et doublages approximatifs, montage effectué à coups de machette... Et pourtant, l'ensemble est incroyablement homogène. L'intérêt premier de cette oeuvre manifeste réside dans son décalage entre ce qu'elle nous raconte et ce qu'elle nous montre. En ce sens, la scène où un homme tente de violer sa femme ( du moins c'est ce que l'on peut croire, compte tenu de l'attitude des deux personnages ) est significative : cette séquence traite d'un sujet profondément dérangeant, mais elle nous est présentée de manière grotesque, improbable... surréaliste, en somme. L'Age d'Or est celui de la controverse, de la provocation ( aussi bien dans son contenu et ses thèmes que dans sa forme, vous l'aurez compris...). C'est une oeuvre délibérément bricolée par les deux chefs de file du cinéma d'avant-garde : Bunuel et Dali. Un film brillant, impertinent certes, mais qu'il faut resituer dans son contexte. A voir impérativement.
Seconde réalisation pour Luis Buñuel, toujours en charge du scénario avec son compère Salvador Dali. A eux deux, ils réalisent un premier film de 60 minutes environ, toujours dans le surréalisme le plus total et dérangeant. Alors que son précédent film, le court-métrage Un Chien Andalou (1928) avait de quoi surprendre et peut être choquer par quelques scènes difficiles, le pire reste à venir avec L'Age d'Or (1930) qui à plusieurs reprises se montre provocateur avec quelques scènes assez osées pour l’époque (entendez à caractère sexuel). Le film démarre comme un documentaire, sur les scorpions et sans raison précise, change de sujet, en partant à Rome. C’est ensuite une succession de séquences absurdes et loufoques qui défilent les unes après les autres. Buñuel se veut provocateur, ce n’est que le début car à la vue de sa filmographie, il aura pendant longtemps créé un certain malaise. Le monde était trop pudique pour pouvoir accepter ce qu’il avait à montrer !
Plus convainquant et réussi qu'"Un chien andalous" car plus abouti, "L'âge d'or" nous propose une succession de scènes oniriques particulièrement choquantes pour l'époque... Grâce à ce film, le surréalisme atteint un niveau jamais égalé dans l'absurde... Intriguant et fascinant...
Suite au «Chien andalou» (France, 1928), le surréalisme saffiche et dérange, différemment, dans «LÂge dor» (France, 1930) de Luis Bunuel. Là où le premier court-métrage dérangeait par son illogique narration et par la folie onirique de son contenu, «LÂge dor» (France, 1930) possède une histoire plus réelle, tout en étant à des milliers dannées lumières du réalisme. Grosso modo, cest lhistoire dun homme (Gaston Modot) qui a pour mission de venir au secours denfants, de femmes innocentes et de pauvres vieillards. Lhomme semble donc incarné le modèle type du héros, à la rescousse de la pauvre et de lorphelin. Mais lironie grinçante de Bunuel, ironie qui ne retrouvera son mordant efficace quavec «La Voie lactée» (France-Italie, 1969) et «Cet obscur objet du désir» (France-Italie, 1977), fera croiser au présumé héros le chemin de la folie passionnelle. Lironie pèse tout le long du film, elle pèse tellement quelle est le négatif de la légèreté que dégage loeuvre. Sommes de barbarie : meurtre sauvage dun enfant comme un vulgaire canard, violence gratuite sur un aveugle inoffensif et une bourgeoise servile, etc Bunuel ri de cette gravité, il en ri pour ne jamais en pleurer car ici lart nest pas dans sa valeur illustrative, elle y est expérience avant de devenir politique pour «Terre sans pain» (France, 1932). Heureusement le film, bardé de surréalisme, grâce à une causalité des plus démunis de logique, naffiche jamais dirresponsabilité. «LÂge dor» lest peut-être du cinéma artistique. Le plan final de «LÂge dor» tout aussi étrange que le reste laisse une ouverture immense vers luvre bunuelienne. «LÂge dor» et «Un chien andalou» se révèlent a posteriori les immenses introductions de luvre de Luis Bunuel.
Imagerie percutante marquée du goût de la provocation. Enchaînements d'une logique excentrique. Nombreuses images au grand pouvoir de fascination. Style abrupt et direct. Interprétation stylisée. Ce film est tout simplement, avec un chien andalou, un film véritablement poétique.