Bloc filmique d'une violence morale quasiment incomparable, dilaté ad nauseam par un John Cassavetes s'affichant comme le maître incontesté du cinéma-séquence. Il reste de l'épreuve Faces comme un goût de poisse dans la gorge, une durée marathonienne d'une corpulence évidente, immédiate. Le chef d'oeuvre de Cassavetes n'est pas simplement difficile à avaler : il est à vomir. Dans Faces on trouve : un homme avec un petit h incarné à la fois par des mâles qui ne respectent strictement rien ( ni langage, ni convenances ni même eux-mêmes, ou si peu...) et des femmes objets en forme de potiches juste bonnes à baiser ; dans Faces la vulgarité est un luxe et la bourgeoisie une pute, impitoyable : entre vacuités, vanités, inconsistances, grossièretés, bêtises et méchancetés gratuites les 120 minutes de ce morceau de free-jazz peu banal affiche un cynisme si radical, si constant et si complet que le dégoût y va de sa belle vie pour le spectateur. C'est un film d'une modernité indiscutable, visionnaire car a fortiori pleinement contemporain et surtout d'une puissance émotionnelle unique. Faces, ce sont les prémices de la télévision et ses travers grotesques imprimés sur grand écran : un révélateur ultra-choc de la médiocrité sociétale, porté très haut par sa poignée de comédiens, tous excellents. Un film aussi détestable qu'indispensable : un chef d'oeuvre absolu.