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Leconte est certes un cinéaste reconnu mais assez peu estimé car contenu par l'intelligentsia dans le registre des comédies, genre dont on sait bien le peu de crédit dont il bénéficie au sein de la critique française. En réalité le metteur en scène des "Bronzés" est capable comme Richard Fleischer avant lui à Hollywood d'aborder tous les genres sans jamais démériter. Parmi sa prolifique filmographie on peut ressortir au moins 4 chefs d'œuvre ("Tandem"," Le mari de la coiffeuse" , "Monsieur Hire" et "Ridicule"). Partageant ici l'écriture du scénario avec Jérôme Tonnerre, il s'immisce avec bonheur dans le suspense psychologique teinté d'une petite musique hitchockienne fort agréable. Cette histoire fondée sur un quiproquo pour le moins surprenant, permet à Leconte de dérouler avec l'aide de deux acteurs à leur meilleur une histoire parfaitement linéaire et sans aucune fausse note. Le petit conseiller fiscal enfermé dans le cabinet qu'il a repris à la suite de son père, se trouve brutalement sorti de sa routine quand une jeune femme le prend par erreur pour le psy qu'elle venait consulter. Par cet astucieux procédé, Leconte nous montre que le processus du transfert psychanalytique peu fonctionner hors la présence du praticien. Le problème ici posé étant que l'interrogation sur soi-même va gagner petit-à-petit le psy de remplacement qui par ricochet va consulter à son tour le thérapeute initialement choisi par Anna. Un curieux trio s'instaure qui réinvente sous nos yeux une nouvelle approche de la psychanalyse. Qu'en adviendra-t-il ? William Faber pratiquant improvisé va-t-il comme lors d'un exorcisme prendre toute la charge affective d'Anna sur lui et se retrouver le dindon de la farce comme on le pressent un moment? C 'est tout le charme du film de nous amener à ces questions par le biais d'un suspense fort bien instillé grâce à une musique idoine et des décors étouffants. Bien sûr le film ne serait rien sans ses acteurs et c'est tout l'art de Leconte que d'être parvenu à dompter un Fabrice Luchini dont les traits de génie mal canalisés peuvent phagocyter tout l'écran comme autrefois feu Michel Simon. C'est sans doute ici la meilleure performance de Luchini à l'écran qui rejoint dans la panoplie des grandes réussites de Leconte, le Michel Blanc de "Monsieur Hire", le Gérard Jugnot de "Tandem" ou le Jean Rochefort du "Mari de la coiffeuse". Sandrine Bonnaire est de son côté égale à elle-même c'est-à-dire parfaite, idem pour Michel Duchaussoy. Avec ce film il est peut-être enfin temps de considérer Patrice Leconte pour ce qu'il est, un formidable directeur d'acteurs aux initiatives hardies quelquefois ratées mais souvent heureuses.
Ajoutée le 08 févr. à 12h22 Signaler un abus
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