L'Ange exterminateur
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Marc Sillard
Marc Sillard

8 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 14 mars 2026
Tout groupe humain avec ses codes sociaux peut avoir un comportement grégaire. Ici ce sont des bourgeois mexicains, qui présentent quelques analogies avec les bourgeois français du "charme discret de la bourgeoisie" mais avec de notables différences. Les français sont nettement moins raides et compassés que ces mexicains. Il est clair que Bunuel porte un regard critique sur les uns et sur les autres. Aurait-il fait le même film à propos d'un pique-nique populaire ? D'un point de vue cinématographique le film est beau, assez long et répétitif, sombre et oppressant. Le plus intéressant c'est l'idée de base typiquement bunuelienne qui le sous-tend : l'impossibilité psychologique des protagonistes à s'extraire de leur inhibition collective qui les cloue à demeure chez leur hôte. Bunuel a eu l'habileté de pimenter son récit d'à côtés distrayants : la fuite du personnel que l'on ne voit rappliquer qu'à la fin, les deux initiés qui échangent des signes de reconnaissance puis les noms de leurs clubs, l'idylle de l'architecte dragueur avec son agréable conquête, l'image de l'ange exterminateur peint sur la porte d'un cagibi largement utilisé, le majordome confident qui ressemble à Gary Cooper, la main baladeuse qu'un femme terrorisée tente d'écraser au passage, l'enfant que les familles à l'extérieur envoient en éclaireur mais qui se dérobe, l'ours noir et les moutons de Panurge, etc... La messe de la fin ressemble plus à une messe des morts, ou d'hommage à un mort, qu'à une messe d'action de grâce. Il faut reconnaître à Bunuel une bonne connaissance de la liturgie catholique. L'échauffourée militaire de la fin est peut-être une allusion à la répression des Cristeros par les autorités politiques mexicaines. Film à voir.
Nadir.F
Nadir.F

1 abonné 28 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 3 janvier 2026
Mon second Buñuel après Belle de jour, deux films qui n’ont absolument rien à voir. Ici, on a affaire à un très grand film, intelligent, où toutes les scènes sont réfléchies et pensées pour faire écho à d’autres beaucoup plus tard dans le récit. Rien n’est laissé au hasard : le moindre dialogue, le moindre plan signifie — ou signifiera — quelque chose.

C’est du grand cinéma, porté par une mise en scène brillante.

L’histoire d’un groupe d’amis bourgeois incapables de sortir d’une pièce peut sembler absurde au premier regard, mais elle se révèle philosophiquement très riche, avec des références bibliques évidentes, mais aussi franc-maçonnes, sociologiques et comportementales.

On peut aussi apercevoir un drapeau blanc, cité comme jaune dans le film, mais qui ressemble davantage à un drapeau blanc d’armistice ou de capitulation. Ce drapeau est planté devant une grande demeure bourgeoise, puis devant une église. Dans les deux cas, les personnes ne peuvent pas en sortir ou trouvent des excuses pour ne pas le faire, en fermant les yeux sur ce qui se passe dans le pays.

Ensuite, à la fin, spoiler: on voit la police et l’armée tirer sur le peuple dans la rue.

C’est, selon moi, une critique évidente de la dictature franquiste : selon le réalisateur, la bourgeoisie et l’Église ont capitulé et se sont laissées enfermer toutes les deux dans leurs cercles, dans leurs classes ou communautés, en fermant les yeux sur le monde extérieur et sur la société espagnole.

J’ai néanmoins quelques réserves concernant ce film, ce qui fait qu’il n’est pas, selon moi, un chef-d’œuvre.
Certaines incohérences semblent contredire la logique interne du récit, par exemple : spoiler: le majordome peut… sortir de la pièce pour aller chercher du café le matin. Donc, après la scène qu’ils reproduiront à la fin, cela leur permettra de sortir. En réalité, nous ne savons pas vraiment ce qui a déclenché cette « malédiction » ou ce sort.
Et aussi, dans une scène au début du film, dans la cuisine, on peut apercevoir la perche de son en bas, près de la table. Cela m’étonnerait que ce soit volontaire.

Mis à part cela, c’est un film profond et intelligent, absolument à voir, et très original et novateur pour l’époque (1961).
inspecteur morvandieu
inspecteur morvandieu

93 abonnés 4 268 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 14 décembre 2024
Après avoir festoyé, une assemblée de bourgeois se retrouve dans le salon de leur hôte à écouter de la musique. C'est alors qu'un phénomène irrationnel -pourquoi pas une forme d'hystérie collective- les empêche de franchir le seuil de la pièce, pourtant sans obstacle.
Bien avant le francophone "Charme discret de la bourgeoisie", Luis Bunuel filme des bourgeois entre eux, des bourgeois inquiets devant une situation inattendue, absurde, et d'autant plus démunis que les domestiques -le peuple- les ont lâchés....Les convives, tels des naufragés ou des prisonniers emmurés, tentent de survivre et commencent à s'entredéchirer, laissant échapper leur vraie nature sous le vernis de la respectabilité. Progressivement, l'adversité et la promiscuité provoquent querelles et indignités. Les conventions et la fraternisation sociales ne sont plus de mise.

Au-delà de ses intentions surréalistes ( spoiler: une dame sort de son sac à main un poulet mort, un ours erre dans la maison
, peut-être symbolique des angoisses bourgeoises), Bunuel semble décrire une classe arrogante et stérile, prisonnière de ses principes et croyances étriqués. Dans ce film, pas précisément fantaisiste, où les personnages sont un peu ternes et trop semblables, le dénouement inattendu, spoiler: dans une église
, réaffirme le propos du cinéaste de façon caustique et presque comique. Sans lever l'énigme du titre (sauf à s'informer sur internet!)
Charlotte28
Charlotte28

203 abonnés 2 850 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 9 décembre 2023
Critique sociale du désoeuvrement de la bourgeoisie, de sa propension à un enfermement néfaste et de sa crainte du monde extérieur, symbole de la liberté dont s'emparent les domestiques, cette oeuvre aux relents fantastiques incarne d'abord le courant surréaliste par son symbolisme (animalier), ses absurdités (les réactions des autorités) et son inspiration onirique jouant sur les répétitions, les dialogues intérieurs, une atmosphère d'évanescence mystérieuse. Intriguant.
Bertie Quincampoix
Bertie Quincampoix

142 abonnés 2 053 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 8 janvier 2022
Tourné en 1962 au Mexique – c’est l’un de ses derniers films de Luis Buñuel tourné dans son pays d’adoption, avant d’entamer sa période française – L’ange exterminateur est une satire féroce sur l’hypocrisie et la bien-pensance bourgeoise. L’histoire ? Après un opéra, plusieurs convives sont invités à dîner dans une belle demeure. Sans que personne ne sache pourquoi, atteints d’un blocage psychologique, ils resteront enfermés dans le salon de la maison de maître pendant cinq jours et cinq nuits. Alors que l’eau et la nourriture viennent à manquer, les masques vont rapidement tomber et le vernis de la bienséance bourgeoise être abandonné. Drôle, acerbe et contemporain, ce quasi huis-clos aux accents fantasques et fantastiques est toujours aussi grinçant.
Hotinhere

791 abonnés 5 474 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 3 décembre 2021
Entre surréalisme et fantastique, Luis Buñuel signe une satire grinçante mais assez caricaturale contre la bourgeoisie, desservie par un scénario confus et pas super prenant à cause d’une multitude de personnages.
ferdinand75

723 abonnés 4 467 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 9 novembre 2021
Un film mineur dans la carrière de Bunuel , encensé pour sa pseudo*-critique de la bourgeoisie, pas clair du tout. Cet enfermement loufoque dans une pièce de réception est vite lassant . On tourne en rond, dans cette farandole de personnages peu crédible. On y croit pas beaucoup; Reste un certain surréalisme, un humour noir, mais l'intrigue ne tient pas bien et allégorie faussement intéressante . Un film qui a bien mal vieillit , on est loin des chefs d'oeuvre de Bunuel .
Sosa
Sosa

11 abonnés 373 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 5 novembre 2021
Le film qui s'inscrivait dans le cycle "Cronocrimenes" du festival "Cinespaňa" est passé deux fois à la cinémathèque de Toulouse.

J'ai pas pu aller le voir et l'ai trouvé en dvd.
J'ai laissé mijoter le dvd dans mes films à voir et l'ai enfin regardé hier et aujourd'hui.

Je l'ai visionner en deux partie et la est probablement mon erreur, ça a potieblement affecté mon appréciation.

Le titres n'a aucun rapport avec le film à moins que cela soit ça qui reviennent les gens, au moins le titres ne spoile pas le film.

Ce qui empêche les gens de quitter la pièce n'est pas le thème du film.
Celui ci s'intéresse à l'évolution du comportement de cet classe aristocratique qui ne peut quitter la pièce dans laquelle ils s'étaient retrouvés pour ce goinfrer comme des porcs en exploitant les domestiques qui pour la plupart quittent le navires sans véritable raison.

Il ne ce passe pas grand chose, c'est mou du genou, inintéressant et très peu mystérieux.

Je ne serais pas marqué par ce long métrage.
Musomuse
Musomuse

12 abonnés 237 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 27 mai 2021
C'est assez pesant comme film. On sent toute la tension et la fatigue sans trop se fatigué. Il y a pas mal de choses étrange dans ce film. Choses due à l'aspect ancien mais très bien fait malgré tout. Ce qui rend le visionnage perturbant.
Juste qu'il est dure de croire à cet espèce d'épisode de la quatrième dimension très étiré avec le recul qui suit.
ronny1
ronny1

55 abonnés 913 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 15 mai 2021
« L’ange exterminateur » est un film fantastique qui se veut une étude sociale. C’est en fait une analyse sociétale d’un groupe précis : les grands bourgeois. Prisonnier de leur convenances et rites, ils s’abandonnent à la déliquescence de ce que fut leur civilisation. Bien sur, les employés sont partis dès le début, seul reste le parfait laquais selon la phraséologie maoïste : le majordome. Message marxiste clair : les dirigeants de la classe capitalistique par excellence n’offrent aucun souffle, ni perspective. Prisonnier de leur propre enfermement, faute de solution ils se laissent prendre dans le retour à la barbarie bestiale. Ils sont prisonniers d’un piège que le bon peuple (les employés) a évité. Leur vernis définitivement craquelé, ils offrent le catalogue exhaustif des sept péchés capitaux. Ainsi après la gourmandise et l’orgueil, place à l’envie, la colère (la haine), l’avarice, la luxure et la paresse (ou absence de volonté). Si par instant l’espoir d’une prétendue rédemption morale pourrait être entretenu, la fin profondément anticléricale, l’anéantit définitivement. Juste avant la révolution populaire et la répression, évidemment militaire, évidemment franquiste, qui s’en suit. Si ce n’était quelques remarquables trouvailles visuelles, comme la répétition pour ponctuer l’enfermement, la main qui matérialise le délire schizophrène d’une convive, l’ours qui semble regarder une pantomime, la justesse de l'interprétation (admirable direction d'acteur), la balourdise manichéenne du fond peut surprendre. Le réalisateur nous a habitué à plus de finesse, à défaut de nuance. Heureusement, le trait sera considérablement dégraissé dix ans plus tard, dans « Le charme discret de la bourgeoisie » dont « L’ange exterminateur » semble être une esquisse.
Attigus R. Rosh
Attigus R. Rosh

253 abonnés 2 692 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 18 avril 2021
L'ange exterminateur est un film de Luis Bunuel assez étrange (comme beaucoup de film du cinéaste espagnole). Le pitch est burlesque pour ne pas dire surréaliste. Lors d'une soirée, les hôtes et les invités se retrouvent comme par une force supérieure, incapables de quitter la demeure (à chacune de leur tentative, quelque chose distrait leur attention). Pour voir que je ne suis pas particulièrement fan du style surréaliste du réalisateur (je n'ai pas du tout aimé Un chien andalou qui est une série de visuels sans queue ni tête), ce long-métrage m'a plutôt séduit par son idée de base. Ça ne m'a pas empêché de m'ennuyer par moment, mais j'ai plutôt bien aimé.
stans007
stans007

36 abonnés 1 462 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 12 mars 2021
Je suis passé complètement à côté de ce film supposé dénoncer une bourgeoisie méchante et égoïste coincée dans des convenances mondaines et le carcan de la religion, incapable de surcroît de s'en sortir sans domestiques (?). L'ange exterminateur c'est - j'imagine - Bunuel (en toute simplicité). Des symboles - dont nombre m'échappent - peuplent ce film (moutons je comprends, mais pas l'ours) pour intellectuels particulièrement ennuyeux dont en j'ai - en plus - dû voir une mauvaise copie puisqu'il paraît que l'image y est belle. Il y a des Bunuels que j'ai apprécié, mais - vous l'aurez compris - pas celui-là. J'essaierai quand même de le revoir pour lui donner une autre chance.
Patjob
Patjob

43 abonnés 757 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 17 novembre 2020
Une idée extraordinaire constitue le fondement du film : l’ensemble des personnages se retrouve dans l’impossibilité de sortir d’une maison, par la conjugaison d’une force surnaturelle et de leur propre soudaine et inexplicable aboulie. Il se trouve que les « autres » ceux de l’extérieur ne parviennent pas plus à y pénétrer (ce qui est l’occasion de de quelques savoureux traits d’humour). La situation crée va faire ressortir, une fois oublié le vernis des convenances et de l’éducation bourgeoise, les travers les plus bas de l’âme humaine : l’égoïsme, la jalousie, la cruauté, l’intolérance, la recherche du bouc émissaire, … Cette fabuleuse parabole peut être vue de plusieurs manières : la résurgence de la noirceur des hommes dans des situations extrêmes, la critique d’une bourgeoisie tant attachée au paraître qu’elle en a oublié les véritables valeurs, le désarroi de cette même bourgeoisie soudain privée de la classe qui les sert (les domestiques ayant bizarrement abandonné la maison), l’angoisse d’un extérieur qui pourrait symboliser la mort, … Buñuel a donné tardivement une autre clé de lecture à son film : il s’agirait (aussi) d’une parabole sur l’incapacité des hommes à satisfaire leurs propres désirs. C’est toute la richesse de ce film féroce qui relève à la fois du fantastique et du surréalisme. Les dernières courtes scènes qui font suite à une forme de conclusion ironique montrent, en s’opposant, des manifestants contestataires se faire disperser par la police, puis un troupeau de moutons entrant dans une église. Difficile de faire plus provocateur !
Redzing

1 451 abonnés 4 915 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 7 avril 2020
Un couple d'aristocrates reçoivent une vingtaine de convives. Alors que la soirée commence, les domestiques quittent inexplicablement un par un la maison. Les invités décident de passer la soirée au salon, et vont s'y retrouvés coincés, comme contraints par une force surnaturelle. On retrouve dans "El ángel exterminador" au moins deux traits caractéristiques du cinéma de Luis Buñuel : l'ambiance surréaliste, et la critique acerbe de la bourgeoisie. En effet, devant une situation qui va s'avérer de plus en plus difficile, le peu d'humanité et de civilisation de ces personnages vont vite s'effacer. D'abord les conventions les plus sophistiquées vont disparaître, puis le respect, la compassion, l'entraide, etc. Le tout écrit avec soin, utilisant ellipses ou au contraire répétitions, suggestion ou au contraire séquences quasi-fantastiques avec des allusions religieuses. La mise en scène offre par ailleurs quelque belles idées, tel la barrière infranchissable, et les acteurs sont justes. Bref, du cinéma surréaliste qui ne plaira pas à tous, mais qui propose des éléments intéressants et divertissants.
tomPSGcinema

880 abonnés 3 323 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 22 septembre 2018
Revu avec grand plaisir ce film fantastique de Luis Buñuel. Le récit, qui donne une image bien corrosive de la bourgeoisie, raconte les mésaventures d'un groupe de personnes de la haute bourgeoisie qui sont victimes d'une étrange maladie, car ils ne peuvent quitter le lieu où ils se sont rassembler. La mise en scène de Buñuel est vraiment captivante du début à la fin, l'interprétation du casting est magistrale et la photographie d'une grande beauté. Il s'agit clairement d'un des très grand film du cinéma mexicain et peut-être l'oeuvre la plus aboutie chez ce cinéaste.
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