Mon second Buñuel après Belle de jour, deux films qui n’ont absolument rien à voir. Ici, on a affaire à un très grand film, intelligent, où toutes les scènes sont réfléchies et pensées pour faire écho à d’autres beaucoup plus tard dans le récit. Rien n’est laissé au hasard : le moindre dialogue, le moindre plan signifie — ou signifiera — quelque chose.
C’est du grand cinéma, porté par une mise en scène brillante.
L’histoire d’un groupe d’amis bourgeois incapables de sortir d’une pièce peut sembler absurde au premier regard, mais elle se révèle philosophiquement très riche, avec des références bibliques évidentes, mais aussi franc-maçonnes, sociologiques et comportementales.
On peut aussi apercevoir un drapeau blanc, cité comme jaune dans le film, mais qui ressemble davantage à un drapeau blanc d’armistice ou de capitulation. Ce drapeau est planté devant une grande demeure bourgeoise, puis devant une église. Dans les deux cas, les personnes ne peuvent pas en sortir ou trouvent des excuses pour ne pas le faire, en fermant les yeux sur ce qui se passe dans le pays.
Ensuite, à la fin,
on voit la police et l’armée tirer sur le peuple dans la rue.
C’est, selon moi, une critique évidente de la dictature franquiste : selon le réalisateur, la bourgeoisie et l’Église ont capitulé et se sont laissées enfermer toutes les deux dans leurs cercles, dans leurs classes ou communautés, en fermant les yeux sur le monde extérieur et sur la société espagnole.
J’ai néanmoins quelques réserves concernant ce film, ce qui fait qu’il n’est pas, selon moi, un chef-d’œuvre.
Certaines incohérences semblent contredire la logique interne du récit, par exemple :
le majordome peut…
sortir de la pièce pour aller chercher du café le matin. Donc, après la scène qu’ils reproduiront à la fin, cela leur permettra de sortir. En réalité, nous ne savons pas vraiment ce qui a déclenché cette « malédiction » ou ce sort.
Et aussi, dans une scène au début du film, dans la cuisine, on peut apercevoir la perche de son en bas, près de la table. Cela m’étonnerait que ce soit volontaire.
Mis à part cela, c’est un film profond et intelligent, absolument à voir, et très original et novateur pour l’époque (1961).