Les flirts, les balades en vélo, un peu de tennis le tout le plus souvent dans le jardin des riches Finzi-Contini. Si on était à une autre période, le début du film nous ferait juste penser à une chronique adolescente. Plus les mois passent plus la société devient anxiogène, plus on décèle les drames à venir. Le bonheur et l'innocence du début, avec le soleil, le blanc des tenues adolescentes laissent au fur et à mesure place à des tenues plus ternes, le temps de vient gris, les sourires et les rires laissent place à l'angoisse et aux appréhensions. Le fascisme est ainsi montré comme un venin insidieux, mais il démontre aussi les réactions parfois incompréhensibles d'une certaine partie de la population apathique et/ou résignée devant des privations de liberté inédites. Vittorio de Sica signe un drame subtil, doux et acidulé au départ avant de virer vers la fatalité et la soumission. Un beau film, filmé avec élégance, qui contraste intelligemment avec un fond pessimiste et mélancolique. Site : Selenie
C'est très beau, presque trop. On est dans la période hyper-esthétisante du cinéma italien, Helmut Berger joue même un rôle comme il le fera dans plusieurs œuvres de la même veine de Visconti. Il y a de superbes images dont de gros plans de visages comme on en faisait dans le cinéma français dans les années 1930 et à Hollywood dans les années 1950. Dominique Sanda ne sera jamais aussi superbement photographiée que dans ce film. Le film suit la trame d'un roman éponyme de Giorgio Bassani et c'est peut-être ce qui fait qu'il ne parvient guère à passionner, un film ne fonctionne pas comme un roman.
Œuvre marquante et indispensable pour une plongée mélodramatique dans l’Italie dont les mœurs sont pervertis par les idéaux fascistes et notamment dans les classes aisées. Poignant et émouvant sans jamais tomber dans l’excès de pathos. Voilà du cinéma simple et efficace comme on l’aime.
Je ne connaissais pas ce film de De Sicca et bien qu'il ait vieilli un peu, il conserve un certain charme désuet. Du au fait aussi qu'il se déroule à l'aube de la seconde guerre mondiale en Italie. Le réalisateur n'en fait pas des tonnes et décrit la bourgeoisie de Ferrare de façon claire. Seuls les personnages, certains en tout cas, restent un peu flou à cerner. Le film est triste et mélancolique, et il ne s'attache pas à décrire la situation dans le détail, mais il nous fait clairement comprendre le statut de la bourgeoisie juive locale à l'aune de ces évènements tragiques.
Un des derniers longs-métrages de de Sica et l'un des plus beaux. Mêlant nostalgie, drame, mélancolie et fatalisme, le film est également un superbe portrait de femme, incarné par la diaphane Dominique Sanda. C'est surtout la chronique d'une époque terrible où la montée de la terreur fasciste, à laquelle ne veulent pas croire les familles juives de Ferrare, finit par emporter la jeunesse et l'innocence d'un monde qui plus jamais ne sera le même. Le contraste entre les scènes se déroulant dans le jardin - représentant un havre de paix coupé du reste de la ville - et celles situées dans la cité en ébullition est particulièrement remarquable.
Illustrant l'interpénétration entre affects privés et contraintes sociales voire politiques à travers la symbolique du jardin, ce drame situé durant le fascisme dépeint les relations sentimentales de jeunes gens, et notamment le couple principal dont les inclinations naturelles sans cesse contrariées sont vécues différemment selon le sexe. Dans une pudeur émotionnelle filmée avec une retenue parfois trop froide les amours se perdent dans une douleur contenue. Très délicat.
Un film bien tourné, qui montre dont le thème apparent est une histoire sentimentale entre de jeunes gens de la bourgeoisie juive italienne, dont l'une vivant dans une somptueuse demeure et qui continuent de vivre sans vouloir tout à fait prendre conscience de la menace qui s'approche, celle de la rafle et de la déportation et c'est la vrai thème, celui, moult fois traité d'une forme de légèreté face à ce qui est inéluctable et qu'on ne veut pas voir
Il y a le charme des images très 70. L'amour de l'étudiant poète sur de nombreuses années. Après, sur un sujet aussi costaud, pourquoi pas plus de profondeur ? Tout est axé sur la vie bourgeoise, ses manières et légèretés. À aucun moment les personnes évoluent alors que le fachisme est au plus haut. Film qui n'accroche pas...d'où le fait qu'il passe peu à la télé 2,3/5
Histoire d'amour à sens unique pendant la période des lois raciales en 1938 en Italie. Les jeunes juifs ne sont plus autorisés dans leur club de tennis et se retrouvent, entre eux, pour jouer, dans le grand jardin des Finzi-Contini, une famille juive fortunée qui a un terrain privé. Giorgio est amoureux de Micol qui, elle, ne l'aime pas d'amour et le fait donc souffrir. L'atmosphère est celle de la peur de la guerre et des rafles de juifs. Pourtant, ces familles essayent de vivre presque normalement en espérant que le fascisme ne durera pas, ce en quoi elles se trompent. Sans être le meilleur film de Vittorio de Sica, l'ensemble forme une œuvre sensible qui a été primée par un Oscar du meilleur film étranger.
L'Italie a eu son Duce, son fascisme et son antisémitisme. L'Ukraine a maintenant Poutine et son fascisme drapé d'un anti nazisme grotesque. Les choses évoluent peu chez les hommes et les horreurs se répètent... De Sica utilise une superbe photo, une belle musique et des acteurs au sommet de leur beauté (Sanda, Berger, Capolucchio) pour montrer la fin tragique d'un monde et d'un amour d'enfance impossible. Superbe.
Tous les juifs de la ville , bourgeois ou grands aristocrates subiront le même sort. Beaucoup de délicatesse dans les relations . L'univers d'une jeunesse dorée s'écroule.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Vittorio de Sica sait filmer ! En atteste cette superbe séquence dans laquelle se cache un raccord qui fait forte impression : Alberto, le fils de la famille Finzi-Contini, fiévreux, est sur son lit de mort. Il est entouré de quelques proches et de médecins qui l’auscultent. Sa vue est troublée comme nous le montre la caméra - qui adopte donc un point de vue subjectif, celui d’Alberto. Il regarde son père, qui reste à distance. Celui-ci lui fait un signe mystérieux de la main et lui dit quelque chose qui pourrait être "au revoir" ou "adieu". Alberto lui répond tant bien que mal par un sourire. A nouveau la caméra adopte son point de vue et nous montre l’image du père qui se trouble. Puis, on voit Alberto tourner la tête vers sa droite. Son regard semble aller vers les médicaments posés sur sa table de chevet mais la caméra s’en détourne brusquement pour se diriger vers la fenêtre donnant sur le fameux jardin. C’est là que De Sica décide d’effectuer un raccord tout juste perceptible et très surprenant : depuis ce qu’on pense être la même fenêtre (et ce qu’on pense appartenir au même plan), un zoom arrière nous ramène bizarrement dans la pièce d’à côté, où se trouve le reste de la famille en attente du diagnostic du médecin. Dans ce nouveau décor, on voit le père d’Alberto (qu’on vient tout juste de quitter) sortir de la chambre de son fils en ôtant son chapeau. Suit le médecin de famille qui, d’un signe, annonce la mort du jeune homme. Ce qui est étonnant avec ce vrai faux-raccord, c’est qu’on passe d’un point de vue subjectif (ce que voit Alberto : la fenêtre) à un point de vue objectif (ce que De Sica veut nous montrer : les personnages dans la pièce d’à côté), ce qui est, par définition, impossible sans un raccord clairement visible et identifiable par le spectateur. Le choix de l’endroit où se loge le raccord n’est pas anodin non plus : précisément dans l’axe de la fenêtre. Ainsi, le temps de ce drôle de raccord, Alberto aura peut-être rendu son dernier souffle, les dernières pensées tournées vers ce Jardin des délices où chacun tâche d’oublier la montée du fascisme. Du grand cinéma !
Les hautes classes sociales juives aussi ont souffert du nazisme. Sans doute pas davantage, et sûrement moins que les autres, pourtant elles ont vécu quelque chose de pire : la chute.
La privation brutale de leur statut amenant à la prise de conscience de droits qui sont en fait depuis longtemps bafoués, on n'est déjà pas loin de ce que De Sica dépeint comme la pire épreuve de toutes : la perte de la dignité. Il arrive un moment où c'est tout ce qui reste à cette bonne famille au nom composé dont le joli jardin a brièvement servi de "terrain d'entente", dans tous les sens du terme, avant le durcissement du régime.
La dignité en temps de guerre et de scissions morales, c'est tout ce qui peut encore servir à un père, un peu borné mais de bonne volonté, pour parler à son fils. C'est avec de la dignité qu'on soigne un cœur brisé : la guerre approchant, la souffrance grandissant partout, on se sent bête avec son chagrin d'amour ; alors on tourne la page. Un beau récit de famille dissimulé au fond du jardin de l'histoire.
D’après le roman de Giorgio Bassini. A Ferrare de 1938 à 43, la bourgeoisie juive inconsciente du danger créé par l’ascension mussolinienne, et les relations subtiles d’un amour de jeunesse contrarié. Image superbe et mise en scène de qualité, acteurs bien dirigés. C’est beau, c’est fin, c’est poignant… bravo !
Un mélodrame historique bouleversant, à la mise en scène sublime et à l'atmosphère oppressante d'une époque où grandit le fascisme et l'antisémitisme. Ours d'Or à Berlin.