Lorsqu'on critique un film on a énormément tendance à se baser sur l'aspect "réfléchi" du film, et donc plus sur le fond que sur la forme. C'est quelque chose que je ne peux plus supporter : j'ai vu trop de films absolument magnifiques bâchés par la critique (parce que ça vient souvent de la presse), sous prétexte qu'ils se contentaient de fournir un exercice visuel qu'ils considéraient parfois même comme bâclé. Or c'est là que réside tout l'intérêt de ces films, ce qui les rend intéressants à mes yeux et que je considère bien loin d'être bâclé. Le meilleur exemple est bien entendu les adaptations des comics de Frank Miller au cinéma, à savoir les excellentissimes 300 et Sin City. Je développe. Etant donné que Sin City est adapté de la série de romans graphiques éponymes, il est intéressant pour vraiment comprendre la virtuosité de sa mise en scène et de ses partis-pris visuels de se pencher sur le matériau de base. Sin City-la série de BD est donc un monument de l'industrie du comics apparu en 1991. Elle raconte la vie de divers habitants de Basin City, une ville suintant de corruption et de violence, où les policiers vendus croisent la route d'archevêques pédophiles et de putes assoiffées de sang. C'est une oeuvre frappante de par son caractère "cru" et sans concession mais surtout SURTOUT de par ses visuels ahurissants. Pour cela Frank Miller use de son inventivité dans le découpage quasi cinématographique des scènes et dans la composition de ses cadres et il réussit l'exploit d'instaurer une "patte" typique Sin City, qui se définit par l'utilisation d'un noir et blanc négatif et l'insertion de touches de couleurs éclatantes étalées avec parcimonie dans tous les livres à partir du tome 4. C'est donc avant tout son visuel qui rend le monde de Sin City si riche et intéressant, Frank Miller montre qu'il est possible de construire un univers de fiction possédant une identité visuelle très marquée, et pas uniquement définie de par son histoire. Et je trouve ça génial ! A l'heure actuelle, les grosses productions cinématographiques adoptent des visuels de plus en plus fades. Il n'y a plus aucune prise de risque à ce niveau, à quelques rares exceptions (Mad Max : Fury Road!!!) et Sin City vient nous rappeler que le cinéma, bien trop souvent associé à la littérature, est aussi un ART VISUEL. L'adaptation de Sin City au cinéma est une libération, une explosion dans l'univers bien trop sage du cinéma tout droit importé de la bande-dessinée, une célébration de ces deux arts qui se ressemblent mais qui, jusqu'à Sin City, en s'étaient jamais autant rapprochés (d'accord d'accord il y avait peut-être Watchmen excusez-moi). En plus d'être une adaptation fidèle à deux niveaux : narratif et visuel, le film se permet de corriger certains défauts qui avaient pu causer du tort à la série BD et notamment la représentation des femmes parfois vulgaire ou dégradante (quoi que collant parfaitement dans cet univers de tentations malsaines...). La réalisation quasi-parfaite de Robert Rodriguez, copiant parfois les planches virtuoses de Frank Miller, la photographie -toujours de Robert Rodriguez- et le casting de rêve (Bruce Willis, Benicio del Toro, Clive Owen, Jessica Alba, Mickey Rourke et les plus discrets Elijah Wood et Michael Madsen) sont là pour sublimer le tout, faisant de Sin City non pas une bonne adaptation mais un film exceptionnel, inoubliable, l'apogée du talent de ses deux réalisateurs Frank Miller et Robert Rodriguez (par ailleurs un des plus illustres fans de nanards de l'histoire de cinéma, qui a transmis sa passion dans des films comme Planète Terreur ou Une Nuit en Enfer). "Ca vaut la peine de mourir, ça vaut la peine de tuer, ça vaut la peine d'aller en enfer. Amen." (Marv)