"Des hommes et des dieux" s'attaque à un sujet d'une puissance rare, inspiré du drame des moines de Tibhirine. Le film de Xavier Beauvois est une œuvre pétrie de bonnes intentions, portée par des acteurs remarquables, mais dont le parti pris stylistique radical l'empêche d'atteindre la pleine mesure de son potentiel dramatique.
On ne peut qu'être admiratif devant la justesse de l'interprétation. Lambert Wilson et Michael Lonsdale, en tête d'un casting habité, confèrent une humanité et une profondeur bouleversantes à ces hommes confrontés à un choix impossible. La mise en scène, sobre et épurée, parvient avec une grande authenticité à nous faire partager leur quotidien, leurs doutes et leur fraternité. Le film excelle à poser des questions universelles sur la foi et l'engagement, et sa célèbre scène du "dernier repas" sur la musique du Lac des Cygnes est un moment de grâce cinématographique.
Cependant, la principale force du film est aussi sa plus grande faiblesse. Le rythme, résolument lent et contemplatif, finit par installer une distance et un certain ennui. En se concentrant sur la répétition des rituels et les silences, la narration peine à construire une véritable tension. Les longueurs se font sentir, et le minimalisme du scénario donne l'impression que le film tourne parfois en rond autour du même dilemme, sans faire avancer l'intrigue.
De plus, le danger extérieur, qui devrait être le moteur d'un suspense angoissant, reste trop souvent abstrait. En choisissant de ne montrer la menace que par éclats, le film peine à faire ressentir l'ampleur du péril qui pèse sur la communauté. Cette approche psychologique, bien que respectable, prive le récit d'une partie de son impact et de son ampleur dramatique.
Au final, "Des hommes et des dieux" est un film plus admirable qu'aimable. Il force le respect par la noblesse de son sujet et la qualité de son interprétation, mais sa lenteur et son manque de souffle narratif peuvent laisser une partie du public sur le bord du chemin. Un film important, mais dont l'expérience peut s'avérer aride.