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5 - Chef d'oeuvre
Ce n'est pas un des films les plus personnels de John Huston ni une très juste biographie de Toulouse-Lautrec, mais ce Moulin-Rouge a le mérite de traiter de manière canaille, mais non dépourvue de compassion, la fin du dix-neuvième siècle en France. Le film est d'abord splendide par sa reconstitution et ses couleurs. La photographie d'Oswald Morris est superbe, mélangeant les zones d'ombres des rues aux couleurs voyantes des danseuses de frou-frou. Cette couleur engendre vite un respect de l'oeuvre du peintre, accentué par un rapide petit montage élégant, très juste, qui ne fausse que très peu l'histoire. Mais ce respect s'étend aussi à la justesse dont fait preuve Huston dans les moeurs de l'époque, ainsi que dans la vie française. Si le scénario est très limitatif, il a le mérite de ne pas prendre de raccourcis pour éviter de montrer un contenu trop canaille pour la censure. Ensuite, cette justesse s'étend à l'interprétation. José Ferrer est un superbe Toulouse-Lautrec, très véridique, auquel il apporte sa force de caractère et son émotion. Suzanne Flon, qu'on est un peu surpris de retrouver ici, est une Myriam pleine d'amertume et de classe. Colette Marchand, dont c'est le premier rôle, est également très juste en fille de rue terriblement cruelle et humaine. Même la très vamp Zsa Zsa Gabor est excellente et joue une délicieuse Jane Avril.
Bien qu'on soit loin du Faucon Maltais ou de L'Homme qui voulut être roi, Moulin-Rouge n'est pas aussi impersonnel qu'on peut le croire. Toulouse-Lautrec est lui même un personnage hustonien : c'est un homme solitaire, intelligent, un peu voyou mais irrésistiblement vertueux. Son handicap, croit-il, lui interdit tout amour. Le monde dans lequel il vit, est sous des dehors luxueux, impitoyablement sombre et triste. Le mythe de l'échec hustonien est à son comble lors de la déchéance du grand peintre, mais aussi de la célèbre Goulue, qui eut son heure de gloire grâce à la célèbre affiche qui la montre dansant, et qui se montre irrémédiablement conduite à la déchéance. Ce film, comme de nombreuses biographies, pourrait être ennuyeux, mais il ne l'est jamais à force de délicatesse et de justesse. Si ceux qui connaissent la vie de Toulouse-Lautrec risquent d'être déçus, voire outragés par les libertés prises sur sa vie, les autres seront émus par la justesse des sentiments et la délicatesse de la réalisation. A noter que la fin est étonnante, avec des ballets des êtres qu'il a dessinés et dont il a gagné l'amitié.
Contrairement au film de Baz Lhurmman, le Moulin-Rouge du titre n'est pas très justifié car on ne s'y rend que peu de fois. Le Moulin-Rouge nouveau cru, lui, est réellement situé dans le célèbre cabaret et Toulouse-Lautrec y est un personnage essentiel, mais secondaire. Le film de John Huston aurait été plus court à s'appeler Toulouse-Lautrec, mais bon, il est vrai que tout ça commence au Moulin-Rouge. Envoyez la musique !
Ajoutée le 09 déc. 2003 à 11h53
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