Réalisé pendant la période américaine de Louis Malle, " my dinner with André " bénéficie aujourd'hui d'une certaine réputation, même si elle est cantonnée aux happy fews. Constitué d'un long tunnel de dialogues ( sauf au début et à la fin), le prétexte est un diner entre deux amis qui se sont un peu perdus de vue. Le dîner se déroule dans un restaurant chic de New York. Le plus jeune est un auteur de pièces de théâtre sans succès, qui tire le diable par la queue (william Shawn, acteur qu'on retrouvera incarnant des petits rôles dans plusieurs films de Woody Allen) et un metteur en scène de théâtre à succès mais qui s'est éloigné récemment de son groupe d'amis pour voyager ( Pologne, Inde, Ecosse et province Chinoise du Tibet). Le dîner est l'occasion de confronter deux visions de la vie que partagent les deux amis. Le dîner est découpé en deux parties. La première, c'est André qui raconte certaines expériences qu'il a vécues pendant ses voyages et qui lui font dire que la vie moderne n'est pas la vie que l'on devrait vivre. C'est en résumé une critique de l'aliénation de l'homme contemporain qui vit sans réfléchir son existence, détourné de surcroît de spiritualité. André privilégie un retour à une vie proche des éléments naturels ( évocation de la communauté de Findhorn en Ecosse) et aux sensations originelles ( expérience dans une forêt polonaise avec un groupe de comédiens et évocations de Martin Buber, philosophe fameux, dont l'ouvrage le plus connu porte sur la valorisation des rapports intersubjectifs). La seconde partie de la conversation ( selon moi, la plus intéressante et où le film décolle véritablement) permet l'échange de points de vue entre les deux amis. Wallace va, souligner l'importance de la science dans l'appréhension du monde ainsi que de celles des petites choses du quotidien. Les références culturelles parsèment les échanges ou on retrouve des références à la pièce d'Euripide " les Bacchantes " ( ode à Dyonisos - et peut-être ici référence à Nietszche ), à Eleonore Duse ( actrice italienne, concurrente et admiratrice de Sarah Bernardt) , à Gordon Craig théoricien de référence du jeu théâtral et au premier ouvrage célèbre de Jane Austen "sens et sensibilité ". Le texte du film fera l'objet par la suite d'adaptations théâtrales. Intéressant, parfaitement mis en scène ( le spectateur est comme un invité au dîner), il souffre toutefois de trop longs tunnels de texte dans sa première partie qui au passage ( après tout je donne ici mon sentiment) ne me sont pas apparus comme très profonds. André est il dépressif ? Croit il à ce qu'il nous raconte ? Le personnage de Wallace est sans doute le plus intéressant, peur être le plus humble des deux. Il est dans le quotidien, devant résoudre ses problèmes economiques basiques et les questionnements intérieurs d'André ( dont l'aisance matérielle paradoxalement le conduit à un mal-être qu'il tente de surmonter) ne peuvent être les siens. La conversation qui touche finalement à la philosophie existentielle inspire la réflexion du spectateur La fin du film est particulièrement émouvante et réduit à quia. Par honnêteté, il faut admettre que l'austérité de "my diner..." ne s'adresse pas à tout le monde. Louis Malle a sans doute voulu ici faire un film qui s'apparenterait à ceux de Ingmar Bergman ( André aurait vu "sonate d'automne " ). Toutefois il n'atteint pas ici la maîtrise du réalisateur Suédois, il est vrai sans doute un des plus importants cinéastes de son histoire.