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Un visiteur
2,5
Publiée le 25 juillet 2007
L'ensemble est souvent drôle et provocateur, mais manque cruellement d’émotion et de suspense. En ressort un film décevant, malgré un traitement intéressant de questions idéologiques.
La première réflexion qui vient à l’esprit quand on sort de la salle, est de se dire, « mais qu’est-ce que le réalisateur d’Amadeus, ou de Ragtime, pour reprendre deux de ses grandes fresques historiques, a cherché à faire ? ». La première demie heure s’affiche comme alléchante même si déjà confuse, et puis d’un coup, la rupture totale. Le film prend plusieurs directions sans vraiment s’attacher à une vraie histoire. Goya n’est qu’un prétexte scénaristique sans aucune consistance historique, et le récit entrecroisé d’Inès/Alicia et du frère Lorenzo manque de crédibilité et frise parfois la caricature, hélas dans le mauvais sens du terme. Certaines scènes en deviennent même grotesques, Nathalie Portman mastiquant son dentier par exemple. Du drame qu’à vécu à cette époque le peuple espagnol sous le joug des Français, est traité par Forman par-dessus la jambe, ça s’agite beaucoup certes, mais en vain. Seul le travail sur les costumes, sublime, évoque cette période trouble, largement inspirés des toiles du maître, on se met à imaginer ce qu’autant de minutie appliquée au reste du film aurait pu en donner. Hélas, on doit se contenter d’un gros machin difforme et ridicule, excepté sur une scène, inspirée celle-là, où l’on voit Goya œuvré dans le processus d’une estampe. Mais sur le coup, c’est trop peu !
Le dernier Forman aurait très bien pu s'appeler "Waterloo, morne plaine". A en voir le résultat calamiteux du réalisateur de Amadeus et Larry Flint, on se demande vraiment comment ce faiseur de biopics a pu tomber si bas, au point de bacler un film auquel aucun acteur ou technicien n'a l'air de croire. Ou comment se faire hara-kiri en bonne et due forme : histoire d'un raté total. On a beau retrouver les thématiques chères à Milos Forman (un asile psychiatrique à la "Vol au-dessus d'un nid de coucou", la dualité du créateur comme pour "Amadeus" ou encore des scènes de parc comme pour "Hair"), il n'en demeure pas moins un pur ratage pour ce qui ressemble plus à un (mauvais) téléfilm du dimanche après-midi sur M6 qu'à une fresque épique. Le plus évident signe d'amateurisme réside, avant tout, dans le montage, avec un exemple : une scène de chasse, sur fond de musique pompeuse, avec des images alignées sans grand intérêt. La photographie est, quant à elle, hideuse. Les acteurs ne croient nullement en leurs personnages : Natalie Portman cabotine dans deux rôles complètement absurdes et nous rapelle plus un De Funès qu'une grande actrice dans un film à costumes. Même les grands Skarsgaard (ridiculement écarté du film et transparent au possible, il nous fait penser à un caniche qui aurait mangé du pâté pas frais) et Bardem (son passage de moine castra à celui de révolutionnaire tyrannique est brutal et insipide), lequel apparaît comme le véritable héros du film, ne paraissent pas dirigés et, en totale roue libre, se décrédibilisent d'eux-même. Aucun souffle de vie ne traverse cette oeuvre dénuée de toute structure cinématographique, de tout intérêt. C'est, au contraire, une mauvaise ambience qui s'installe, celle qui se résumera à la fin du film par l'irrépressible envie du spectateur d'exploser de rire face à ce qui est sûrement l'une des scènes les plus pathétiques de l'année : un Skarsgard livide et une Portman déshumanisée, sorte de couple Quichotte-Panza ...
Une première demi-heure fulgurante et maîtrisée de bout en bout, sublime, aux scènes superbes, à l'émotion intense et au montage extraordinaire... Seulement voilà, dès que Bapoléon montre son bec, le beau tableau de Forman laisse place à une pale façade: ça tourne en rond, c'est inutile, on a de pitié pour aucun des personnages... L'interprétation reste un bon point, pour ce GOYA d'un Forman en mauvaise mine, voulant refaire le cinéma mais oubliant qu'avant il faisait ça beaucoup mieux... Dommage.