Pour le coup, Welles rate sa cible: voici une résurgence du canevas de Citizen Kane, dont on ne sait trop si elle tend vers la comédie ou le sérieux, quand on voit certaines scènes friser la parodie. Le côté très décousu empêche vraiment de plonger dans l'intrigue, et les acteurs sont tout sauf attachants, hélas pour eux. Welles semble nous trimballer sans trop savoir lui-même où diriger sa barque. Dossier Secret ne figurera pas parmi les films les plus mémorables concernant cette grande figure du 7e art.
La mise en scène et la photo sont excellentes comme dans tous les films de Wells. Un grand sens du cadrage illustre très bien la situation des personnages les uns par rapport aux autres. Wells est super dans le rôle. Dommage qu'il y ait un manque de rythme avec certaines scènes trop longues et d'autres trop expédiées avec des répliques qui s'enchaînent trop rapidement, ça fait penser à un téléfilm et ça déprécie le film.
Un piètre voyou tente de percer le secret d’un puissant homme d’affaires. Un polar noir en forme de jeu de dupes qui se regarde avant tout pour la maîtrise technique absolue des plans du génie Orson Welles, sa déco baroque et sa galerie de personnages rocambolesques (dont l’inoubliable apparition d’Arkadin/Welles). Côté scénar, c’est plus confus.
Orson WELLS ne s'embarasse pas vraiment de vraisemblance dans cette oeuvre troublante et baroque, remarquablement mise en scène et qui possède une atmosphère fascinante. L'interprétation est de plus magistrale (à part peut être le héros assez falot mais ça semble voulu)
Œuvre méconnue et touffue du grand Orson Welles,"n"(1955) peut être vu comme un polar noir qui inclut de nombreuses portions d'espionnage. A l'image de l'immortel "Citizen Kane",Welles utilise ses thématiques favorites de l'homme de grand pouvoir qui dissimule tout derrière les apparences,le secret,les faux-semblants,la manipulation,voire la mégalomanie. Arkadin est un riche armateur qui engage un aventurier vantard pour faire la lumière sur son passe. En effet,il se prétend amnésique... Le détective improvise va s'apercevoir en recherchant des témoins qu'une machination est en place. Confus,bavard et elliptique,ce film pêche dans sa cohérence scenaristique. Une conséquence sûrement de la coproduction chaotique aux 4 coins de l'Europe. En revanche,du côté de la direction artistique,c'est du grand art. Welles se filme uniquement en contre-plongée et dans des angles obliques pour souligner la stature et l'omnipotence de ce personnage shakespearien qu'est Arkadin. Le film est volontiers baroque. Et on garde définitivement en mémoire la fable du scorpion et de la grenouille!
"Dossier secret / Mr. Arkadin" est sans doute moins accessible que les autres films de son auteur, notamment à cause de son rythme effréné qui ne laisse pas la place à des pauses ou des aérations, mais ce serait oublier que cette cadence est similaire à celle d'un chef-d’œuvre antérieur, "La Dame de Shanghai", qui allait lui aussi droit au but. Ce film-là est surtout l'occasion d'effectuer un voyage autour du monde ne négligeant pas l'exploration de cultures étrangères : on trouve plusieurs scènes exotiques, notamment la fête en Espagne, qui montrent l'ampleur de la maîtrise d'Orson Welles. L'acteur-réalisateur est comme d'habitude impressionnant, toujours filmé en contre-plongée, mais sa vulnérabilité en face de Van Stratten est aussi soulignée par la majesté des décors. Ainsi, quand les deux personnages se retrouvent dans une église allemande, incapables de nuire dans ce lieu de culte, on constate que toutes les prétentions d'Arkadin ne sont que du vent et qu'il n'est finalement qu'un homme comme les autres. Comme dans "Citizen Kane", c'est à la déchéance du puissant qu'on assiste. Le même procédé que dans le premier film de Welles est d'ailleurs utilisé pour retracer le passé du magnat, avec des entretiens qui mettent ponctuellement en valeur des seconds rôles marquants. La scène du bateau est l'une des plus réussies : elle sidère par sa maîtrise quand le roulis de l'embarcation finit par atteindre le spectateur. "Dossier secret / Mr. Arkadin" est finalement un fascinant portrait d'une Europe d'après-guerre en reconstruction, et surtout un très grand film.
En un mot excellent! Que se soit l'écriture du scénario ou des dialogues, la mise en scène, la photographie, l'interprétation des acteurs, tout est parfait!
"Dossier secret" semble être une oeuvre complexe à visionner une seconde fois tant la première laisse un sentiment mitigé. Evidemment excellente réalisation de la part de Welles comme à l'accoutumé (lumière, angle de la caméra), l'histoire est quant à elle volontairement un peu alambiquée et le personnage Arkadine reste fascinant. Une oeuvre finalement travaillée et complexe mais difficilement accessible.
La filmographie de Welles est pour le moins touffue, sujette aux tensions permanentes nées des relations difficiles du fantasque réalisateur avec les studios et de son imagination débridée pas toujours encadrée par la persévérance nécessaire. "Dossier Secret" inspiré d'un des épisodes radiophoniques que Welles a écrits pour la BBC dans le but de prolonger le personnage d'Harry Lime (héros du "Troisième Homme") est l'archétype du projet au long cours dont au bout d'un moment plus personne ne sait très bien qui l’a initié et vers quel but il tend. Ce qui est sûr,c'est que Welles avec le "Dossier Arkadin" tente de relancer sa carrière à Hollywood en convoquant la magie conjuguée de "Citizen Kane" et du "Troisième homme", ses plus hauts faits d'armes. Comme Charles Foster Kane inspiré du magnat de la presse Randolph Hearst, Arkadin est une évocation à peine voilée de l'étrange et inquiétant trafiquant d'armes Basil Zaharoff qui officia entre 1880 et 1920 et dont personne n'a jamais vraiment pu percer les origines. Welles est fasciné par les zones d’ombre qui entourent certains hommes de pouvoir qui tels Hearst , Hughes ou Zaharoff ont eu un cheminement tellement tortueux qu’ils ont développé une sorte de répulsion vis-à-vis de leur renommée pouvant les conduire comme Hughes jusqu’à la réclusion maladive. Welles lui-même depuis sa prise de poids ne cherche t’il pas à se cacher derrière ses personnages fardés et grimés à outrance ? Arkadin est un peu la somme de toutes les obsessions qui hantent le réalisateur. La planète est l’aire de jeu d’Arkadin qui cherche à préserver sa respectabilité l’âge venu pour ne pas ternir l’image de lui-même qu’il entend laisser à sa fille. Un pauvre quidam sera la marionnette qu’il promènera à travers toute l’Europe pour éliminer les témoins éventuels d’un passé peu glorieux. L’intrigue pourtant prometteuse de suspense n’est pas exploitée à fond par Welles qui l’utilise comme prétexte à des saynètes savoureuses mettant en scène Arkadin ou Van Stratten (le quidam choisi par Arkadin pour mener l'enquête) avec les différents témoins du passé de l’armateur . Le tout est rythmé par la musique entêtante de Paul Misraki qui flirte en les hispanisant avec les sonorités d’Anton Karas dont le jeu de cythare improvisé avait illuminé « Le troisième homme ». Comme Carol Reed il use à profusion des cadrages obliques et des contre-plongées mais en les détournant de leur aspect inquiétant au profit d’un baroquisme parfois à la limite de la farce. Welles s’amuse et nous avec lui à la vision de ce chou à la crème qui aurait pu être un chef d’œuvre si la conception du film n’avait pas été si chaotique perturbée par un tournage dispersé aux quatre coins de l’Europe (Ségovie,Madrid, Valladoid, Paris, la Côte d’Azur, Munich), et surtout par un montage confisqué par Louis Dolivet le producteur français certainement inquiet de ne jamais rentrer dans ses sous. Ainsi était le grand Orson Welles !
Orson Welles était un génie ! Si le scénario est intéressant mais pas exceptionnel, c'est dans la façon de le traiter que le réalisateur nous donne le tournis. Au départ on ne comprend pas tout, c'est parfaitement normal, puisque c'est une enquête et le puzzle ne se met en place que tardivement et tient parfaitement la route. On reste fasciné par la beauté des plans et des cadrages, par ces scènes de pénitents ou celle du bal masqué sur le thème de Goya. La distribution est étrange : Orson Welles droit dans ses bottes et Robert Arden, le personnage principal joue les faire valoir, (on comprendra pourquoi à la fin) et c'est avec les personnages secondaires que Welles s'est amusé (Michael Redgrave en antiquaire déjanté, Katína Paxinou en maquerelle retraitée, Mischa Auer en dresseur de puces) . Et puis il y a les femmes, Suzanne Flon, Patricia Medina et surtout la resplendissante Paola Mori (qui deviendra la 3ème Mme Welles.) A noter une excellente musique signé Paul Misraki (l'auteur de "Tout va très bien madame la marquise"). Un très grand film !
Un scorpion ne sachant nager demande à une grenouille de le faire passer d’une rive à l’autre en montant sur son dos. Non répond la grenouille car qui me dit que tu ne me piqueras pas en cours de traversée. Je ne suis pas fou répond le scorpion si je te pique tu meurs et moi avec toi. La grenouille rassurée accepte, le scorpion monte sur le dos de la grenouille et le voyage commence. Au milieu de la rivière la grenouille ressent une vive douleur. Tu m’as piqué alors que tu m’avais promis que tu ne le ferais pas, ce n’est pas ma faute répond le scorpion, c’est mon caractère.
Cette anecdote contée par un mastodonte masqué lors d’un bal est une mimesis envers le parcours d’un personnage négatif, provocateur, manipulateur, criminel, traître et suicidaire, Arkadin lui-même possédant cent visages similaires au citoyen Kane mais bien plus sombres et puissants.
Où est la vérité quand tout n’est que masques et fausses barbes. Cette remarque alimente un courant similaire présent dans plusieurs œuvres d’un réalisateur cherchant vainement à comprendre les mécanismes internes des humains, un carburant shakespearien ou la quête de soi-même s’avère perpétuelle, sans réponses dans un contexte ou tout se voile au fur et à mesure que l’on déboise.
Orson Welles se narcissise l’esprit en continuant de s’auto détruire par l’intermédiaire des personnages de ses oeuvres. Un vomi réceptif de plus en plus volumineux sur le spectateur mêlé d’une continuité technique presque identique depuis Citizen Kane font de ce cinéaste singulier une pièce essentielle d’un cinéma en quête d’explications sur les difficultés de connexions d’esprits réticents aux parcours exemplaires.
Mr Arkadin met encore en scène les obsessions de ce génie qu'est Orson Welles : apparences, pouvoir, argent, famille. Le scénario est très riche et dense pour placer le film au dessus de la moyenne du film noir. Les enjeux sont typiquement "welleseiens" : l'importance du masque donc. Je regrette toutefois l'interprétation, une fois n'est pas coutume, un peu décevante de Orson Welles dans le rôle de Arkadin. L'acteur, exceptionnel, m'a semblé ici assez faiblard et monolithique en dehors de cette barbe qui ne lui sied absolument pas.
A la croisée de «Citizen Kane» (pour cette biographie d'un magnat racontée en flash-back), du «Procès» (pour cet attrait de Welles pour le grotesque des visages) et du «Troisième Homme» de Reed (pour ces ombres portées, ces cadrages obliques et ce personnage d'ex-traficant au passé trouble, le scénario étant d'ailleurs directement adapté d'une histoire radiophonique d'Harry Lime), «Dossier Secret», s'il ne constitue pas l'un des plus grands films d'Orson Welles, n'en demeure pas moins fort intéressant. Manquant cruellement d'argent, le cinéaste rivalise d'astuces pour filmer dans des décors réels, utilisant ça et là des décors construits pour d'autres films ou filmant ses acteurs avec en arrière plan des sites historiques sensés représenter les lieux-clés de l'intrigue. Le résultat est bluffant, tant Welles se réapproprie avec brio chaque élément du plan à l'aide de ses cadrages si particuliers dont il use et abuse. Les deux jeunes premiers sont fades (faute de meilleurs acteurs disponibles)? Welles déploie une galerie de personnages secondaires tous plus fantasques et inoubliables les uns que les autres, avec lui en tête, grandiose dans le rôle du massif et mystérieux Mr. Arkadin. La narration est moins complexe qu'elle ne devait l'être à l'origine, sans pour autant empêcher le film d'être mené à tambour battant, enchaînant les péripéties à une allure folle (peut-être aussi en raison du re-montage pour la distribution). Si l'on ajoute à cela des séquences presque oniriques (le bal avec ces masques fascinants, le dresseur de puces,...) et dirigées de main de maître, «Dossier Secret» fait figure de film plus qu'honorable dans la carrière d'Orson Welles, bien qu'il demeure encore aujourd'hui dans un certain oubli. Plus qu'une simple curiosité, un long métrage à voir! [3/4] http://artetpoiesis.blogspot.fr/
Orson Welles se surpasse une fois de plus, celui à qui l'on doit le célèbre Citizen Kane (1940) dresse ici un passionnant thriller à la mise en scène remarquable et étonnant effrénée !!! Dossier secret (Mr Arkadin) (1955) nous entraîne dans une enquête fastidieuse (accrochez vous pour tout assimiler car les informations sont en surnombre), une quête de la vérité à travers un thriller très sombre et pour le moins baroque. La mise en scène (comme à son habitude) nous offre une multitude de plans des plus surprenants (voir surréalistes), des gros plans sur les visages, des contres-plongées (notamment sur Mr Arkadin, faisant de lui le personnage le plus emblématique, le plus imposant, bref, une image qui correspond parfaitement à ce qu'il incarne à l'écran, un homme intouchable, richissime, véritable magnat qui possède tout). Les jeux de lumières sont aussi très impressionnants, les éclairages des quais du port de Naples (au début du film), véritable régal visuel, Orson Welles se surpasse une fois de plus, malgré un budget revu à la baisse (production européenne oblige). Cette réflexion sur le pouvoir, la persuasion et la manipulation nous réserve une toute autre surprise et pas des moindre, la participation (certes trop furtive) de la radieuse (et regrettée) Suzanne Flon !