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Yasujirô Rilke
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4,0
Publiée le 29 juillet 2008
Sur les traces d’un ménage en passe de rompre, Michelangelo Antonioni décrit dans «La Notte» (Italie, 1961) les afféteries d’une bourgeoisie précieuse, repliée sur ses richesses financières et intellectuelles. Tout commence dans un hôpital où agonise dans un lit un des amis du couple. Ouvert sur le ton de la mort, le film perdurera dans cette intonation et contiendra dans chacun des plans une absence délétère ou une présence étouffante, dans tous les cas une représentation moribonde des lieux. Toute une journée durant, période sur lequel s’étale le film, le couple ne cessera de se fissurer davantage pour atteindre in fine un état de crise tel qu’il ne reste plus pour seule réunion qu’une étreinte étrange et réprouvée. Cette discordance qui met à mal l’alliance de Giovanni (Mastroianni) et de Lidia (Moreau) provient de la différence qui les divise. Tandis que l’un est un écrivain intellectuel enchanté parmi la foule bourgeoise, l’une ne cesse de chercher son identité parmi le vide, au sein des terrains vagues où des ouvriers se ruent de coups. Le couple n’a de cesse d’être menacé par une rupture directe tout au long de l’œuvre. L’idée de leur crise s’étale jusque dans la vision du monde qui les entoure. A plusieurs reprises, Antonioni fait d’un lieu plein, où s’agglutine un aréopage de bourgeois, un endroit vide d’où se sont dispersées hors-champ les têtes en smoking. Dans un monde froid, délaissé de vie, hanté par une mort perpétuelle, vestige d’une seconde guerre mondiale destructrice, le monde de l’intelligence et de l’industrie qui se félicite de ses gloires n’apparaît que comme l’ultime illusion. Aux yeux de Lidia, l’alentour n’est qu’un lointain mirage débordant de maniérisme ou anéanti de toute vie. En opposant son visage las en premier-plan et des paysages délaissés en arrière-plan, Antonioni reformule l’image de la femme au cinéma comme celle d’un être dénué de charme et pétri du chagrin d’un monde bouleversé.
Un film magnifique. La réflexion sur la lassitude d'un couple de la bourgeoisie italienne des années 50-60 est très intéressante. De plus, l'interprétation du duo Moreau-Mastroianni est irréprochable. Incontournable!
Goût aigre-doux des vieilles choses ayant un tant soit peu vieillies pour ce (très) célèbre film des 60’s ; parsemée d’ heures parfois lancinantes et un peu dépourvu d’intrigue(s), dont le pivot central est ce malade en « phase terminale » ( Tommaso / Bernhard Wicki ) , mais nous arrachant parfois quelques sourires par l’incongruité de ses situations parfois déplacées, pittoresques - & surtout pour le comportement outrageusement machiste et dominateur de Giovanni / Mastroianni sonnant définitivement très après-guerre… - & italiennes ! A ne pas rater : le moment bien sûr filmé à large focale de la « soirée-piscine », toujours actuel , et enfin cette scène un peu cruelle de cette « nymphomane » gentiment folle de M.M et encore une fois si désuète
La Nuit atteint incontestablement, dans ses derniers soupirs, une beauté touchante qui doit beaucoup au talent de son couple vedette. Seulement, le prix à payer est une nouvelle fois trop lourd, M.Antonioni multipliant les bien silences bien trop pesants.
"La Notte" voit Antonioni se concentrer sur un de ses thémes favoris, l'incommunicabilité (le théme de l'identité l'autre pilier de son oeuvre). Il n'hésite pas à filmer l'ennui qui frappe ses personnages (et il faut bien avouer que cet ennui est contagieux par moments), et surtout il montre le monde urbain, et ses microcosmes, comme un désert sans sens ni émotions ("L'Eclipse" et plus tard "Blow-Up" suivront cette voie). L'angoisse de la séparation devient palpable à travers tous les non-dits et on nous laisse finalement nez-à-nez avec la fragilité lâche de ces deux êtres, fragilité lâche qui est la nôtre aussi.
Un fim estraordinaire. Moreau et Mastroiani sont sublimes (et Monica Vitti aussi). Antonioni est la révolution du cinéma. On ne peut voir un de ses films puis l'oublier ou continuer à voir le cinéma de la même manière. La psychologie des personnages comme les plans, les scènes, la narration déstructurée, absoluement tout est révolutionnaire dans ce film. Un chef-d'oeuvre du cinéma. Simplement inoubliable!