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4,0
Publiée le 6 mai 2026
Avec Muriel ou le temps d’un retour, Alain Resnais fragmente le récit pour traduire l’impossibilité de saisir pleinement le passé. La mise en scène, faite de ruptures et de discontinuités, épouse la mémoire lacunaire des personnages. Resnais fait du montage un outil de trouble, où le présent et le souvenir se contaminent sans cesse. Les dialogues, souvent décalés, révèlent des êtres incapables de formuler clairement leurs traumatismes. Une œuvre exigeante et profondément moderne, qui transforme la mémoire en terrain instable et douloureux.
À Boulogne-sur-mer à l'automne 1962, une veuve, antiquaire de profession, Hélène Aughain (Delphine Seyrig), la quarantaine, s'apprête à retrouver Alphonse Noyard (Jean-Pierre Kérien), un homme qu'elle a failli épouser vingt ans plus tôt. L'homme, élégant et séducteur, arrive à la gare de Boulogne avec Françoise (Nita Klein) une actrice débutante qu'il présente comme sa nièce. Il prétend avoir tenu un établissement en Algérie. Hélène partage son appartement avec son beau-fils, Bernard Aughain (Jean-Baptiste Thierée) qui vient d'achever son service militaire en Algérie et en est revenu avec des pulsions suicidaires.
Adolescent, j'ai été follement amoureux d'une jeune fille. Elle s'appelait Muriel. Depuis quarante ans, le film d'Alain Resnais me faisait de l'œil. Mais je n'avais jamais eu l'occasion de le voir. Une rétrospective organisée par le "Reflet Médicis" en l'honneur de Delphine Seyrig m'en a enfin donné l'occasion.
"Muriel" est le troisième film d'Alain Resnais, après "Hiroshima mon amour" et "L'Année dernière à Marienbad". Le scénario du premier était signé par Marguerite Duras ; celui du deuxième par Alain Robbe-Grillet. Difficile de se placer sous des auspices moins prestigieuses et moins intimidantes - même si ces deux écrivains n'étaient pas les monstres sacrés qu'ils sont depuis devenus.
Toute l'œuvre de Resnais est dans ces premiers films, qui resteront aux yeux de la postérité les plus célèbres. Il tourne le dos au naturalisme, à l'intrigue, à la linéarité - même si Muriel est plus linéaire que La vie est un roman par exemple où des personnages de différentes époques se croisent au risque de n'y rien comprendre. Son montage est elliptique renvoyant de la réalité une "vision quasi cubiste" (l'expression, particulièrement intelligente, est de Michel Marie). Ses personnages, à la différence des personnages des films et des romans qui dominaient jusqu'alors, ne se résument pas à un trait de caractère. Ils sont libres, imprévisibles, parfois incohérents. Leurs "histoires" si tant est qu'on puisse utiliser ce mot n'ont aucun "sens" et dépendent autant du libre arbitre que du déterminisme social et historique.
Je suis ravi d'être allé voir "Muriel". Pour tourner la page de mes amours adolescentes. Et pour finir de découvrir l'œuvre passionnante d'un des plus grands cinéastes français. Pour autant, j'ai vécu la même incompréhension que devant "Hiroshima mon amour "ou "L'Année dernière..." Le cinéma de Resnais est décidément beaucoup trop intellectuel pour moi. Loin de m'emporter, il m'ennuie.
Jacques Lourcelles disait de Resnais dans son "Dictionnaire du cinéma", mon livre de chevet, qu'il était "l'intellectuel le plus ennuyeux qui ait paru dans son siècle". La critique est outrée... mais elle n'est pas dénuée de fondement.
Film obsolète. Il plaisait aux intellectuels bourgeois des trente glorieuses qui se repaissaient d'évocations lointaines et très brumeuses du réel , histoire d'oublier la récente collaboration et le déni des camps de concentration de leur parents. Cerise sur le gâteau, un frisson de supériorité intellectuelle les parcourait quand ils se sentaient supérieurs à la valetaille en voyant des films abscons.
Hélène (Delphine Seyrig) est antiquaire à Boulogne, elle vit avec son beau-fils Bernard (Jean-Baptiste Thierree) qui vient de rentrer de la guerre d’Algérie. Elle reçoit la visite d’Alphonse (Jean-Pierre Kerien), un amour de jeunesse, venu avec celle qu’il présente comme sa nièce, Françoise (Nita Klein) Le film est très déroutant par son montage (il y a souvent des coupures dans les dialogues, des bouts d’images ou de scènes sans liens apparents), on ne comprend pas toujours bien ce qui se passe. Les personnages ne sont pas vraiment attachants, je suis restée un peu indifférente à leur sort. Les thèmes abordés restent malgré tout intéressants (les traumatismes de la guerre d’Algérie, la place des souvenirs) mais je n’ai pas accroché du tout.
Décor principal, Boulogne-sur-Mer, une ville aussi traumatisée que ses habitants en quête de leur propre histoire. Alain Resnais fond l’un dans l’autre pour mettre en exergue une réflexion sur notre passé à travers un vieux couple qui se retrouve quelques jours et un autre qui tente d’exister. Plein de liens invisibles entre les deux, dont celui des hommes qui d’une manière bien différente ont connu la guerre d’Algérie. C’est le véritable sujet de ce film , censuré à l’époque, et que Alain Resnais contourne en poursuivant sa propre analyse sur le cinéma et donc sur le monde que nous laissons derrière nous. La forme, novatrice à l’époque, je suppose, joue sur une scénographie stylisée et un mode théâtral affirmé. Le fond, en apparence, est plus conventionnel. Il parle d’amours passées quand un autre tente d’exister. Recherche cinématographique, introspection psychologique ,le film s’écarte encore aujourd’hui de son apparente dramaturgie sentimentale pour cette réflexion temporelle… AVIS BONUS Plusieurs chapitres très intéressants, mais en particulier je vous conseille celui consacré à la guerre d'Algérie au cinéma est particulièrement passionnant. Pour en savoir plus : lheuredelasortie.com
Bon décidément, je suis assez hermétique à Resnais... Le sujet pour l'époque est audacieux (la guerre d’Algérie) mais le traitement est tellement intello que je décroche assez vite.
Muriel ou le temps d’un retour est un autre chef d'oeuvre dans la carrière de Resnais et que l'on a tendance parfois à oublier, enveloppés que nous sommes par l'ombre de Marienbad et d'Hiroshima. Pourtant Boulogne-sur-mer compte tout autant, avec son hiver glacé, sa ville éteinte et son frisson du temps passé qui déchire. Resnais avait pris le contre-pied de son film précédent en travaillant avec la couleur, teintes ocres, délavées, salies par le temps, comme un vieux Kodachrome périmé qui n'en finit pas de se faner. Bouleversants Delphine Seyrig, Jean-Pierre Kérien et Jean-Baptiste Thierrée, sans oublier Nita Klein, pour une valse lancinante au pays d’autres ombres dont le parfum au goût amer ne cessera de nous hanter comme toute l'oeuvre de Resnais. Si Muriel ou le temps d'un retour est un très grand film c'est qu'il nous parle de mémoire, une nouvelle fois, mémoire des êtres qui n'en finissent pas de lutter avec leurs chagrins, leurs cicatrices, pour un dernier rendez-vous au pays de « douleurs si profondes qu'on peut en pleurer » (Wordsworth)
Inconstestablement un très grand film, dans la lignée du prodigieux "l'année dernière à Marienbad"; Resnais réalise ici un film déroutant, profondément intense et d'une grande classe. Une émotion comme on en ressent rarement au cinéma.
«Muriel ou Le Temps d'un retour» constitue un prolongement de l'oeuvre d'Alain Resnais et de sa réflexion sur la mémoire, sur l'acceptation ou l'oubli du passé pour se reconstruire. Par son approche thématique il reste donc dans la continuité d'une problématique annoncée depuis ses premiers courts-métrages, et brillamment illustrée dans «Hiroshima mon Amour» avec l'évocation conjointe des drames de la seconde guerre mondiale et d'Hiroshima ou dans «Nuit et Brouillard» avec l'horreur des camps de concentration. Ici aussi un évènement dramatique et lourd de conséquences est abordé : la guerre d'Algérie. «Muriel» est donc l'un des premiers (et seuls) films à relater ce douloureux conflit, mais en se concentrant sur les traumatismes de ceux qui y ont pris part pour mieux dénoncer les pratiques d'alors, principalement la torture. Il n'est toutefois pas question uniquement de cela, «Muriel» comme «L'Année dernière à Marienbad» est narrativement déconstruit, amas de bribes de souvenirs entremêlés, de brèves réminiscences d'un passé que l'ont veut enfouir à jamais ou au contraire se remémorer et relève donc aussi de l'intime, revêtant un aspect sentimental et nostalgique. Sur le plan formel, «Muriel» est déjà plus en rupture avec les films précédents de Resnais. Même s'il poursuit son travail sur la narration non linéaire, c'est surtout visuellement qu'il évolue. En effet il s'agit du premier film en couleur du français, et il s'est servi de la coloration pour approcher davantage le réalisme. Il est donc assez déroutant de voir des plans savamment construits mais dotés de teintes volontairement « disgracieuses », Resnais se refusant à transformer de manière significative la réalité dans un soucis de vraisemblance. Au final «Muriel» est donc l'un des longs métrages les plus importants d'Alain Resnais, un film riche, complexe et difficile d'accès, éclatant témoignage d'un "artiste en possession totale de ses moyens" comme a pu dire Godard. [4/4] http://artetpoiesis.blogspot.fr/
Après une multitude de documentaires variés, Alain Resnais a réalisé un premier long métrage intéressant, Hiroshima mon amour puis son chef-d’œuvre, L’Année dernière à Marienbad. Deux ans plus tard, il revient sur le sujet de la guerre (cette fois d’Algérie) et du souvenir avec ce troisième film qui marque le début de sa lente dégringolade. Tout ce qui fonctionnait d’une façon magique dans Marienbad sent ici le procédé et le déjà vu, comme si l’auteur se parodiait lui-même, donnant à son œuvre une allure de soufflé qui retombe pour avoir été cuit trop longtemps ! Après cette tentative où il a visiblement épuisé tout ce qu’il avait d’intéressant à dire, Resnais donnera encore un film politique et raté (La guerre est finie) puis s’essaiera à la science fiction (Je t’aime, je t’aime) avant de se tourner définitivement vers le film commercial avec Stavisky et l’emblématique Jean-Paul Belmondo. Hélas, n’est pas Godard qui veut et Resnais passera progressivement pour le scénario de Cayrol à Jaoui-Bacri ! Grandeur et déchéance d’un réalisateur pétrifié, aigri et incapable d’assumer son destin… Je donne toutefois la moyenne à ce film en raison de certaines qualités de réalisation et surtout pour la sublime Delphine Seyrig, qui porte cette fois toute seule le film sur ses épaules.
Un film d'Alain Resnais ne ressemble définitivement à aucun autre. C'est le constat que l'on se fait losque l'on regarde ce "Muriel", et cela déjà après l'incroyable choc de l'inoubliable chef d'oeuvre "L'Année dernière à Marienbad". Car si l'oeuvre déroute par son montage alternant sans transitions passé et présent, tout cela n'en demeure pas moins admirablement mené, le plaisir étant également celui de savoir se perdre dans cette réflexion sur le temps, celui que l'on a connu et celui dans lequel on vit, mais également les conséquences que ce passé a pu avoir sur nous. On pourra alors toujours accuser Resnais d'intellectualiser inutilement, de rendre son propos parfois un peu flou... Mais "Muriel" s'arrête t'il vraiment à ces considérations? Il nous faut d'abord la voir comme une expérience cinématographique, difficile à aborder certes mais au propos en définitif universel et qui saura sans nul doute toucher chacun d'entre nous. Une oeuvre à part, mais qui n'en demeure pas moins une vraie réussite.
«Muriel ou le temps d'un retour» (1963) est le troisième long-métrage de Resnais et son troisième chef-d'oeuvre! Après la mémoire de la bombe atomique et de la seconde guerre mondiale à Nevers dans «Hiroshima mon amour», après celle universelle et archétypique d'une rencontre amoureuse dans «L'année dernière à Marienbad», le réalisateur illustre ici la mémoire douloureuse du passé de deux personnages. Hélène, une veuve (Delphine Seyrig, remarquable!), va revivre le souvenir de son amour passé pour Alphonse, tandis que son fils Bernard va tenter lui de fuir, dans les bras de Marie-Dominique, le souvenir de la guerre d'Algérie, et plus particulièrement celui, atroce, de la torture à mort d'une jeune fille, appelée Muriel par ses collègues de régiment. Le cadre de l'évocation, c'est Boulogne-sur-Mer en 1962, qui se souvient elle, jusque dans ses murs, des bombardements de la seconde guerre mondiale ... On le voit, la mémoire douloureuse demeure la préoccupation centrale de Resnais, mais elle se double ici d'une dimension politique. Comme Godard dans «Le petit soldat», il dénonce avec une acuité dérangeante la pratique de la torture en Algérie, sans la montrer directement comme le faisait Godard, mais en montrant ses répercussions psychologiques sur le personnage de Bernard. Sur le plan formel, le film explore, comme ses prédécesseurs, des structures narratives renouvelées. Point ici de narration linéaire, mais un récit qui, opportunément accentué par la musique de Henze, est reconstruit de manière très concise à l'aide d'un montage en tous points remarquable. Un très grand film donc, qui dégage une ambiance très particulière, étrange, sourde, oppressante, envoûtante ... C'était la grande époque de Resnais.
Si le troisième long-métrage d’Alain Resnais, «Muriel ou le temps d’un retour», s’intitule de deux façons ce n’est pas par coquetterie mais davantage pour rendre compte des deux pistes narratives qui s’y côtoient. Il y a Muriel et ce temps du retour. Tous deux tendent vers le fantôme de l’Algérie sur la France. Dans un premier temps, le film dévoile les affres du passé, les douloureux effacements de ce qui était en vue de ce qui reste. Resnais pour déclencher cette situation met en scène la retrouvaille de deux anciens amants après plusieurs années de séparation. Deux plans incarnent cet effet dévastateur du temps : Delphine Seyrig pose un gâteau sur la table, à ce plan succède la même pose du gâteau où ne demeure plus qu’une seule part. A l’instar de pâtisserie de laquelle il ne reste plus que des miettes, il ne semble avoir survécu que les ruines de l’amour des deux amants vieillis. Mais le film de Resnais réussit sa puissance dans l’autre pan, celui de Muriel. Le mystère de cette Muriel éponyme ne se dévoile que tardivement. C’est quand Jean-Baptiste Thieree projette et commente le film 8mm de son service militaire que l’identité fantomatique de Muriel se concrétise affreusement. Hormis la surimpression du récit tragique sur des images «touristiques», décalage ad hoc au cinéma de Resnais, il y a, en vue de ce que Brian DePalma fait avec «Redacted», quelque chose de semblable où l’horreur émane de la facétie. Il n’y a pas seulement ce prélude à DePalma mais l’on peut y décerner une influence renoirienne dans la dénonciation du théâtre de la bourgeoisie aveugle. La mise en situation des repas dans une salle à manger encadrée de rideaux finit de bâtir la cécité de la bourgeoisie sur la guerre d’Algérie. Ces deux voies que mêle le film dévoilent les ruines de la séparation, les ombres de la guerre sur la «tranquillité» métropolitaine. Et «Muriel», enfin, prouve que Resnais n’a rien de la bourgeoisie puisqu’elle est là l’apparat des maux de la guerre d’Algérie.