En même temps que Roger Corman réalise en Irlande «The Young Racers», Francis Ford Coppola, assistant sur le tournage, profite des heures de repos pour réaliser un film de série B, «Dementia 13» (USA, 1963). Ecrit par Coppola et le spécialiste du film d’horreur Jack Hill, l’œuvre représente une famille aristocratique plongée dans le tourment de son secret familial. La richesse, souvent insoupçonnée, des films de série B provient de leur faculté à invoquer les plus grandes œuvres du cinéma pour en réévaluer la teneur. S’ouvrant sur le meurtre d’une femme par son mari à bord d’une barque, difficile de ne pas voir dans le film une influence du «Sunrise, a song of two humans» de Murnau. La suite fait mention des œuvres de la Universal (dont celles de Whale et de Browning) en reproduisant ces brumes nimbées qui envahissent de leur épaisseur les décors. La réussite du film résulte de son mode économe de production. Réalisé avec la même équipe et les mêmes acteurs que ceux du tournage du film de Corman (parmi lesquels on compte le très bon Patrick Magee), «Dementia 13» s’apparente plus à un film bis qu’à une œuvre de série B. Produit en marge, à base de réserves, ce film, une des premières réalisations de Coppola, présage le thème fondateur de son cinéaste : le cinéma, non plus comme trace de la mort, mais comme survivance d’un passé. L’histoire de revenant qui hante la famille s’inscrit dans la tradition essentielle aux grands cinéastes, celle selon laquelle un film se veut toujours l’analyse du phénomène cinématographique. La place laissée aux visages, en premier plan, situe, dans une échelle disproportionnée, les corps de façon inégale avec l’espace. Le délire du monde, tel que le veut la tradition du cinéma bis, permet à Coppola de soudoyer ses personnages au désir de sa fiction. L’histoire de fantôme ploie le réel, tord les attitudes et dévoie les comportements pour rendre étranges et inquiétants tous les évènements qui interviennent.