Cinq ans après l'échec critique et public immérité de "La Porte du Paradis", Michael Cimino réalise un polar très personnel, avec l'aide du célèbre producteur Dino De Laurentiis, se déroulant principalement dans le quartier de Chinatown. Ce qui aurait pu être un film banal et manichéen sur un flic justicier face à de méchants chefs mafieux se révèle en fait une plongée ultra-réaliste sur le fonctionnement de Chinatown et sur l'illégalité généralisée qui tente d'être combattue par le capitaine Stanley White, incarné par un Mickey Rourke tout en ambiguïtés, à l'image d'un personnage qui peut être tout aussi tendre et romantique que dominé par son égoïsme et son jusqu'au-boutisme, qui porteront d'ailleurs des conséquences sur ses proches. Le super-flic solitaire est donc complexe, et Cimino ne fait rien pour que le spectateur soit en empathie avec lui; il nous est toujours laissée cette liberté d'interprétation face aux agissements de White et aussi devant son idéal américain, qui réclame une justice irréprochable et rapide, quitte à ne pas prendre en considération l'Histoire de son pays et le rôle qu'y ont joué les chinois : cet intérêt pour la représentation des Etats-Unis est propre à Cimino, il était déjà là dans "Voyage au bout de l'enfer" et il était surtout présent dans "La Porte du Paradis". Outre cette dimension historique, le film est aussi un polar très bien mené, qui ressert progressivement l'étau autour de son personnage principal, quelque peu desservi par des dialogues parfois répétitifs mais mis en valeur par une atmosphère singulière, incarnée par une tension continue qui éclate à travers des scènes d'une violence inouïe, qui provoquent des ruptures dans le récit afin de mieux le relancer et qui s’inscrivent d'abord dans un cadre urbain avant de déborder sur l'intime, un moyen subtil de créer une forte dramaturgie, évolutive et implacable. "L'Année du dragon" se fait donc pardonner ses quelques longueurs par sa capacité à émouvoir lors des scènes plus sentimentales et à impressionner dans des séquences s'inscrivant pleinement dans un genre parfaitement assimilé par un cinéaste dont on regrette désormais amèrement la disparition.
J'avais gardé un bon souvenir de ce film mais en le revoyant quelques années plus tard il m'a un peu déçu et je m'y suis presque ennuyé.Certes les scènes d'action sont spectaculaires et la mise en scène du regretté Mickaël Cimino remarquable mais l'ensemble m'a parut bien bavard.Ce film reste un classique néanmoins pour son atmosphère et pour l'interprétation magistrale de Mikey Rourke.
Après le chef-d’œuvre Voyage au bout de l’enfer et la déroute que fut La Porte du paradis, Michael Cimino s’intéresse au film policier avec L’Année du dragon. Porté par un Mickey Rourke tout en charisme et dont c’est l’un de ses meilleurs rôles avec The Wrestler de Darren Aronofsky, on suit le Capitaine Stanley White, ancien vétéran de la Guerre du Viêt Nam, qui part en guerre contre les bandes criminelles de la mafia chinoise new-yorkaise qui gangrènent le quartier de Chinatown. La reconstitution du quartier chinois est criante de réalisme, l’attaque du restaurant est l’une des meilleures séquences du film et que dire de la scène des funérailles où Mickey Rourke livre sans doute la meilleure prestation de sa vie. De plus, le film dégage une ambiance toute particulière et la violence quasi omniprésente dégage un esthétisme stylisé. Si j’aurais aimé peut-être un film encore plus noir, force est de constater que L’Année du dragon est un très bon polar et est un des meilleurs films de Michael Cimino.
Qu'il est décevant de voir le réalisateur de Voyage au bout de l'enfer échouer au niveau du polar. Parce que clairement un Mickey Rourke charismatique et des scènes de gunfights plutôt intenses ne suffisent pas. Le film est très mou, voire même ennuyeux, la faute à une intrigue qui n'instaure jamais de tension et qui peine clairement à être intéressante (on voit plus Rourke gérer ses relations amoureuses que chercher à faire tomber les gangs, c'est quand-même le comble. C'est clairement dommage de partir d'un tel postulat de départ pour en arriver à un polar mou et peu mémorable.
Mickey Rourke au sommet de son aura et Michael Cimino, réalisateur mis au placard quelques temps, enfin de retour dans ce thriller urbain, sauvage et flamboyant, dans lequel Stanley White, héros du Vietnam, se voit confier la mission de mettre fin à l’emprise des gangs chinois sur certains quartiers de New-York. Ce classique du polar est à redécouvrir dans une version restaurée en blu-ray.
Un film un peu trop long mais qui reste très marquant. Mickey Rourke et les seconds rôles sont excellents. L'atmosphère poisseuse de Chinatown est travaillée, ce qui créé une atmosphère originale et inquiétante. Par ailleurs la bande-son est plutôt belle mais elle ne colle pas trop au film et à son histoire. Michael Cimino a réussi à ne pas créer de l'ennui malgré que le film comporte des moments peu importants
En seulement six ans et trois films, Michael Cimino aura tutoyé les sommets et sombré dans les tréfonds d'Hollywood. Après des débuts prometteurs grâce au "Canardeur" (1974) sous l'égide de Clint Eastwood comme producteur et acteur qui avait repéré le jeune scénariste sur "Magnum Force", Cimino se lance avec "Voyage au bout de l'enfer" (1978) dans le récit biographique de trois ouvriers métallurgistes partis faire la guerre du Vietnam qui comme beaucoup d'appelés connaitront un retour au pays encombré des traumatismes subis dans le fin fond de la jungle. Le pari était risqué, le sujet étant encore tabou à l'époque. C'est le jackpot, le film multi récompensé dans les festivals est nommé neuf fois aux Oscars et récolte cinq statuettes dont celles du meilleur film et du meilleur réalisateur. Voilà, Cimino devenu l'égal des Friedkin, Coppola, Scorcese, Ashby, ou De Palma qui ont tous un background supérieur au sien. Dans la foulée celui qui est devenu le chouchou d'Hollywood embarque United Artists dans la réalisation d'une immense fresque relatant de manière romancée l'épisode de la "guerre du comté de Johnson" conflit terrien empreint des relents racistes qui accompagnèrent la privatisation des grands espaces de l'Ouest américain. Trop ambitieux et sans doute pas assez immédiatement évocateur des enjeux qu'il entend exposer, le film sera un flop. Les montages successifs ne parvinrent pas à changer la donne et la United Artists fut emportée par le fond. Dès lors, Cimino qui avait entre temps acquis la réputation de réalisateur incontrôlable et mégalomane dut en rabattre sous peine de passer rapidement au statut de paria. Autant dire que les enjeux sont très forts pour lui quand il se voit proposer "The year of the dragon" par Dino De Laurentis l'adaptation du roman éponyme de Robert Daley. Faisant appel à Mickey Rourke l'acteur qui monte qu'il avait déjà dirigé pour un rôle très court dans "Les portes du Paradis", il se montre plus prudent en choisissant d'évoquer certaines des thématiques qui lui tiennent à cœur via le véhicule plus rassurant et surtout plus vendeur du film de genre. Ce qui connaissent bien l'œuvre de Francis Ford Coppola retrouveront dans "Year of the Dragon" comme dans "Deer Hunter" et "Heaven's Gate" des emprunts à la démarche opératique du réalisateur italo-américain et plus particulièrement au "Parrain" dont Cimino reproduit la stylisation de la violence en l'électrisant de la fameuse scène du deuxième volet de la saga où Don Corleone (De Niro) exécute son premier contrat en suivant la longue procession d'une fête de voisinage dans les rues de New York. Le capitaine Stanley White (Mickey Rourke) vétéran du Vietnam est devenu un flic respecté ayant remis de l'ordre dans plusieurs quartiers au prix de méthodes parfois expéditives signes d'un trauma encore présent et d'une volonté de trouver enfin un sens à une guerre ayant conduit à l'enlisement et dont les motivations ne sont jamais apparues très claires. Sa mutation à Chinatown ne pouvait qu'accroître la sensation pour White d'être à nouveau sur le terrain de la même guerre à spoiler: la recherche cette fois d'un ennemi bien visible, un jeune mafieux ambitieux , Joey Tai (John Lone très convaincant) qui s'est choisi un parcours à la Richard III pour atteindre les sommets de la triade familiale. C'est donc une lutte à mort qui s'engage, White ne reculant devant aucun dommage collatéraux. On peut compter sur Oliver Stone scénariste aux côtés de Cimino et lui aussi ancien du Vietnam pour faire de "L'année du dragon" un ballet sanglant où les scènes choc s'entremêlent avec les moments introspectifs où White constate dépité les ravages de sa fuite en avant. C'est d'ailleurs un peu la faiblesse du film que de présenter un homme aussi bicéphale, capable de s'apitoyer sur le sort réservé par les Etats-Unis aux ouvriers chinois ayant construit le chemin de fer traversant le continent et dans l'heure suivante d'envoyer comme indicateur son jeune collègue descendant de ces mêmes ouvriers se faire massacrer dans la gueule de loup. Idem pour l'incohérence qui laisserait penser que la hiérarchie de White est à ce point laxiste face à un capitaine ayant visiblement perdu le sens de la mesure. Le final enfin est tout à fait dans le style racoleur de Stone qui juste après l'enterrement pathétique de la femme de White victime du manque de discernement de ce dernier, nous le présente ragaillardi et peut-être même assagi dans les bras de la jolie journaliste (Ariane Koizumi) autre victime de sa quête purificatrice . Toutes ces faiblesses scénaristiques ajoutées à un manichéisme simplificateur ont valu au film d'être taxé d'un racisme primaire émanant de deux vétérans du Vietnam réglant leurs comptes par pellicule interposée. Reste un exercice de style flamboyant à prendre au second degré où Mickey Rourke et John Lone se renvoient la balle avec maestria.
Cinq ans après le cuisant échec de « la Porte du Paradis », Michael Cimino nous entraîne au chœur du quartier new yorkais de Chinatown où un inspecteur de police, esseulé par ses pairs, est prêt à tout pour faire respecter la loi et ainsi mettre un terme aux crimes orchestrés par les triades locales. La mise en scène est directe, crue, sans concession, quitte à choquer par son caractère et ses propos xénophobes. Les décors sont somptueux, la psychologie des personnages est richement scénarisée et les séquences sanglantes des fusillades sont nerveuses à souhait. Le rôle du «shérif» est brillamment tenu par Mickey Rourke. Face à lui, John Lone est vraiment convaincant, tout le contraire de la journaliste chinoise, tenue par un mannequin asiatique. Logiquement considéré comme la dernière réussite de Cimino.
A priori perdu pour le cinéma après l'échec cuisant de Heaven's Gate, Michael Cimino est pourtant resté bien droit dans ses bottes. Son Year the Dragon est peut-être une fulgurance, au milieu d'une filmographie sinistrée, mais il n'empêche qu'on y retrouve beaucoup de Voyage au bout de l'enfer, le chef-d'oeuvre du réalisateur américain. Le même soin apporté au casting, la même envie de sonder l'âme des Etats-Unis, derrière le mythe. Le même talent pour travailler le spectateur à l'usure, émotionnellement parlant, et ce même avec des personnages ambigus qui séduisent justement par leur complexité. Si on enlève une petite once de manichéisme (il faut dire que Cimino et son co-scénariste Oliver Stone sont bien connus pour leur virulence), l'écriture est parfaite et ses effets très bien ménagés par une mise en scène d'une ampleur intacte, qui ne s'engonce jamais dans un esthétisme trop envahissant. Mickey Rourke, alors au top de sa carrière, qui amorcera d'ailleurs par la suite une trajectoire étrangement similaire à celle de celui qui le met ici en scène, livre une composition troublante et intense. Ariane Koizumi est magnifique, et Jonh Lone transpire d'une classe glacée, qui sied bien mieux à son personnage que ne l'aurait fait un jeu outrancier. Bref, pour moi c'est un classique, qui en venant s'ajouter à Voyage au bout de l'enfer, fait vraiment de Cimino un des très grands cinéastes américains de sa génération.
Un film policier exceptionnel! Une histoire dans les tréfonds de Chinatown porté par un Mickey Rourke encore présentable et qui a un petit air de Bruce Willis! Le long métrage de Chimino frôle la perfection! Son personnage est charismatique, atypique, flic qualifié, détesté, détestable, trop impliqué, au grand cœur! "L'année du dragon" parle aussi de l'immigration, du racisme, du journalisme, de la réinsertion des soldats du Vietnam. Le tout dans une mise en scène efficace, offrant des scènes d'anthologie, appuyée d'une musique délicate représentative des années 80. Un très bon film policier
Après le fiasco des "Portes du paradis", Michael Cimino fait un retour fracassant avec ce polar fort et dur , plein de séquences choc (notamment la fusillade du restaurant), une image qui capte le regard, une action bien menée, un Mickey Rourke fantastique. Au-delà du documentaire sur les moeurs et les dessous criminels d'un ghetto asiatique, Cimino plonge sa caméra dans un Chinatown survolté et surpeuplé, et joue autant sur la violence que sur la dimension humaine de l'histoire d'amour et de l'affrontement viril. C'est aussi une réflexion sur la fascination du mal, où le jeu sobre de John Lone fait merveille. Pas un chef-d'oeuvre, mais presque.