On notera que la Pat’ Patrouille a bon esprit : chez les humain·es, gens de toutes couleurs, de toutes carrures, etc. s’entendent parfaitement. La diversité de dinosaures n’en fait pas pour autant des prédateurs les uns des autres. La communauté demeure toujours soudée.
Tout le film tient dans cette mélancolie sous verre. Aux cadres larges traversés de couloirs, de vitrines et de reflets répondent des personnages réduits à de minces silhouettes que l’architecture dissout lentement.
Film-manifeste d’un cinéma soudanais renaissant, tourné en exil au Caire pendant que la guerre ravage le pays, Cotton Queen ne promet pas la délivrance mais il montre la possibilité fragile, à hauteur d’une jeune fille qui dit non. Une voix qui s’enflamme dans la nuit.
C’est ce que le film a de beau. On y voit l’actrice-fétiche d’un cinéaste s’approprier le langage de celui qui l’a façonnée pour en faire un outil d’introspection et de récit de soi. Dans ce tunnel convergent toutes les images de ce que deviendra l’actrice Shu Qi.
Première curiosité de "The Ugly" : l’auteur des grands spectacles "Dernier train pour Busan" et "Peninsula" se replie dans un film minimaliste, un récit de procédures scandé par une série d’entretiens. Sans retrouver la vitalité et l’inventivité de ces deux œuvres, Yeon Sang-ho prouve pourtant qu’il n’a besoin d’aucune horde de zombies pour saisir la monstruosité.
Si Araki ne cherche plus vraiment à comprendre la Gen Z de l’extérieur, c’est un peu la limite du film ; il se glisse, provocateur mais toujours tendre, dans cette fracture générationnelle et en fait une comédie érotique aussi drôle que mélancolique.
La réussite du "Triangle d’or" tient beaucoup à la façon dont son scénario est à la fois très charpenté, construit, distillant les rebondissements et les micro-suspenses, tout en laissant respirer suffisamment le récit pour que vivent ses personnages, que rien n’importe davantage que leurs échanges de regards, ce qui se passe sur leur visage, ou ces moments de complicité furtifs arrachés à leurs multiples déterminations – genrées, économiques, sociales…
"Les Matins merveilleux" avait de quoi s’annoncer comme une comédie burlesque, façon Peretjatko movie, avec ses décors rétros, son goût du disco et cette façon de contrarier la gravité des choses par la légèreté. Mais Avril Besson désamorce toute tentation excentrique ou ironique pour conserver un premier degré salutaire, une émotion vive.
La part la plus intrigante et stimulante de Gavagai réside dans son propre paradoxe : en mettant en scène l’histoire de Nourou, Ulrich Köhler ne s’inscrit-il pas dans les mêmes maladresses que sa cinéaste qui se croit irréprochable ?
Le cinéma américain a longtemps cru que la route sauvait, qu’à l’horizon se trouverait quelque chose de l’ordre d’une renaissance. Cole Webley filme une route qui ne mène nulle part, sinon au bout de soi.
Le film est traversé par la conscience sourde de la disparition : disparition des moments heureux, des promesses, des êtres aimés. Les deuils y sont partout, mais jamais nommés avec emphase. Ils circulent discrètement entre les images, comme un courant d’air.
Avec son casting de stars comme autant de muses olympiennes, ses 250 millions de dollars et son tournage dans six pays différents, Christopher Nolan ne tombe pour autant pas dans les possibles travers des films à gros budgets, et rend intelligemment compte de sa propre idée du magistral.
Le film d’Elie Wajeman (Médecin de nuit, Alyah...) est fragile, cède à des facilités qui ne lui apportent pas grand-chose (l’errance d’un homme mort, par exemple), et laisse le spectateur sur sa faim. Dommage.
Sous ses couleurs pastel et sa langueur estivale, le film fait ainsi circuler une violence rentrée, une inquiétude sourde qui ne se dissipe jamais tout à fait. On pense parfois à Jia Zhangke – grand chroniqueur du post-communisme, autre disciple d’Antonioni –, à sa façon de laisser affleurer la brutalité du monde dans le flux tranquille du quotidien.
Hélas, les arguments paraissent bien maigres et insuffisants face aux lourdes gesticulations de cette parodie décomplexée, à l’attraction complaisante qu’elle exerce à l’intérieur d’un film qui reconduit des formules (la figure obsolète du tendre loser) vieilles comme le monde.
Pour la première fois depuis sa création, la saga Evil Dead tourne en rond. L’esthétique à la fois crade et stylisée, les motifs, lieux et mécaniques narratives (la maison isolée, le lac, la tronçonneuse) sont ressassés jusqu’à l’épuisement, et ce sans jamais retrouver le niveau de malice, de générosité et d’intensité du film de 2013.
Le plus important est le ton du film, farfelu, poétique, sa mise en scène avec des touches godardiennes tendance années 1960 (comme cette bagarre très stylisée, en poses figées, très brechtiennes, avec des policiers), ses dialogues absurdes.