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    Au cinéma : Yurt... Pourquoi faut-il voir ce film pépite remarqué en festivals ?
    Brigitte Baronnet
    Passionnée par le cinéma français, adorant arpenter les festivals, elle est journaliste pour AlloCiné depuis 12 ans. Elle anime le podcast Spotlight.

    Cette pépite remarquée en festivals arrive enfin dans les cinémas français : le film turc "Yurt", premier long métrage de Nehir Tuna, va vous impressionner par sa maîtrise et son sens esthétique.

    De quoi ça parle ?

    Turquie, 1996. Ahmet, 14 ans, est dévasté lorsque sa famille l’envoie dans un pensionnat religieux (Yurt). Pour son père récemment converti, c’est un chemin vers la rédemption et la pureté. Pour lui, c’est un cauchemar. Le jour, il fréquente une école privée laïque et nationaliste ; le soir, il retrouve son dortoir surpeuplé, les longues heures d’études coraniques et les brimades. Mais grâce à son amitié avec un autre pensionnaire, Ahmet défie les règles strictes de ce système, qui ne vise qu’à embrigader la jeunesse.

    Yurt
    Yurt
    Sortie : 3 avril 2024 | 1h 56min
    De Nehir Tuna
    Avec Doğa Karakaş, Can Bartu Aslan, Ozan Çelik
    Presse
    3,6
    Spectateurs
    3,7
    Séances (124)

    Ce mercredi, Yurt, premier long métrage remarqué au Festival de Venise (section Orizzonti), arrive sur nos écrans. Réalisé par Nehir Tuna, à qui l'on doit déjà plusieurs courts métrages, ce film initiatique s'illustre par son impressionnante maitrise.

    Ce jeune cinéaste a, à n'en pas douter, un grand sens esthétique, grâce à ce très joli noir et blanc (le chef opérateur du film est Florent Herry), mais aussi un sens du cadre. On n'est pas surpris de lire que Nehir Tuna a une formation de photographe, ce qui explique ce soin accordé à chaque plan du film.

    Ces cadres disent l'enfermement

    Mais au-delà de ses qualités esthétiques, chaque idée de cinéma va de pair avec le fond. "Ces cadres disent l’enfermement, l’envie grandissante de fuir une existence qui s’annonce cadenassée, dans ce qu’il raconte de l’adolescence et de la Turquie des années 90", comme le soulignait le jury du Syndicat de la critique de cinéma du Festival International du film de Saint Jean de Luz, qui a récompensé ce film.

    On pense à plusieurs influences en voyant ce film, notamment un autre récit d'émancipation qui a marqué toute une génération. Dans le dossier de presse du film, son réalisateur explique : "J"ai montré [à mes acteurs] mes films préférés qui pourraient les aider, Stand By Me (Rob Reiner, 1986) et Billy Elliot (Stephen Daldry, 1999). Les personnages étaient bien sûr écrits, mais il n’y a rien de magique au cinéma : il faut partir de ce qu’on a devant soi, de ce que sont les acteurs, ce qu’ils apportent de leur histoire et de leur personnalité."

    Stand By Me en référence

    Une autre référence nous vient dans ses choix esthétiques : le cinéma de Pawel Pawlikowski, cinéaste qui a notamment réalisé Ida et Cold War, tous deux dans un noir et blanc très esthétique. On peut même aller jusqu'à convoquer une réalisation de Xavier Dolan, côté clip.

    On est touché par l'authenticité qui se dégage de ce récit, servi par une interprétation magistrale de deux jeunes comédiens. Le personnage principal se fonde sur le vécu du scénariste et réalisateur, Nehir Tuna.

    "L’histoire que raconte le film entretient à l’évidence un certain nombre de liens avec la mienne. Comme Ahmet, le personnage principal, j’ai fréquenté un pensionnat religieux pendant cinq ans. C’est une expérience dont j’ai gardé des souvenirs forts, dont la plupart correspondent d’assez près à ce que vit Ahmet : la séparation brutale d’avec la famille, la nécessité de devoir s’habituer du jour au lendemain à de nouvelles conditions de vie…"

    Un récit partiellement autobiographique

    Il poursuit : "Les raisons pour lesquelles mon père a tenu à ce que j’aille au pensionnat se retrouvent également dans le film : un désir d’ascension sociale, l’affirmation de sa foi et de ses responsabilités d’un point de vue religieux, le souci de s’ériger en exemple au sein de la congrégation… En exagérant à peine, on pourrait dire que c’est son propre salut que, par ce geste, le père d’Ahmet espère obtenir. Et comme moi, Ahmet est un élève studieux, pas rebelle, et désireux de plaire à tout le monde, à commencer par son père. Il fait aussi preuve d’une grande persévérance : il sait que le temps finira par lui donner raison. C’était également mon cas."

    Quand au propos du film, il jette un point de vue intéressant, par le prisme du récit initiatique. "Yurt ne se veut pourtant pas une critique directe de la religion en Turquie. J’ai toujours su qu’il s’agissait d’un projet difficile. Ces pensionnats sont des lieux fermés au monde, où l’on se fait une idée très idéalisée des pensionnaires, sans voir que la pression qu’ils subissent les porte d’autant plus à des actes malveillants", précise son réalisateur.

    Yurt de Nehir Tuna sort au cinéma ce mercredi 3 avril 2024. Il a reçu le prix de la mise en scène et le prix SFCC de la critique au Festival de Saint Jean de Luz.

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