Il y a 45 ans, ce jeune réalisateur faisait une apparition aussi remarquée que remarquable dans son premier film et depuis il est devenu une légende
Emilie Semiramoth
Emilie Semiramoth
Cheffe du pôle streaming, elle a été biberonnée aux séries et au cinéma d'auteur. Elle ne cache pas son penchant pour la pop culture dans toutes ses excentricités. De la bromance entre Spock et Kirk dans Star Trek aux désillusions de Mulholland Drive de Lynch, elle ignore les frontières des genres.

Dès son premier film "Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier", le plus célèbre des réalisateurs madrilènes frappe un grand coup en signant un long-métrage avant-gardiste, provocateur et audacieux.

Un premier film au parfum de scandale

En 1980, l’Espagne découvre Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier, premier long-métrage d’un jeune réalisateur déjà très audacieux... on vous parle bien sûr de Pedro Almodóvar. Le film, tourné avec un budget modeste et en 16 mm, reflète l’effervescence de la Movida madrilène, ce mouvement culturel post-franquiste où l’art et l’irrévérence s'exprimaient enfin après 36 ans de dictature.

L’intrigue suit trois femmes hors normes : Pepi (Carmen Maura), une jeune femme indépendante cherchant à se venger d’un policier qui l’a violée ; Luci (Eva Siva), une ménagère masochiste piégée dans un mariage destructeur ; et Bom (Alaska), une rockeuse sadique. Ensemble, elles forment un trio explosif, brisent les tabous et dynamitent les valeurs traditionnelles d'une Espagne ultra-conservatrice.

Avec un mélange d’humour corrosif, de provocation et d’exubérance visuelle - heureusement le style d'Almodovar a évolué pour le mieux depuis - le film expose une société espagnole en quête de libération, autant sexuelle qu’artistique.

Pepi, Luci, Bom et les autres filles du quartier
Pepi, Luci, Bom et les autres filles du quartier
Sortie : 31 octobre 1990 | 1h 18min
De Pedro Almodóvar
Avec Carmen Maura, Felix Rotaeta, Alaska
Spectateurs
2,7
Streaming

La scène des "érections générales" : un manifeste subversif

Parmi les séquences mémorables du film, celle des "érections générales" incarne le mieux l’esprit provocateur du réalisateur. Lors d’une fête débridée, un maître de cérémonie, joué par Almodóvar lui-même, organise un concours absurde et cru : mesurer la taille des sexes en érection des participants. Cette scène, à la fois provocatrice et burlesque, illustre parfaitement le rejet des normes et la quête de liberté qui animent le film et son auteur.

À l’époque, cette scène était un affront direct à la morale imposée par le régime franquiste, qui venait à peine de s’effondrer. En rendant visible ce qui était jusque-là tabou, Almodóvar transforme la provocation en acte politique. Loin de se limiter à la vulgarité, le moment devient une déclaration de liberté artistique et sexuelle, marquant le début d’une carrière où l’audace serait reine.

capture d'écran MUBI

Quand l’irrévérence devient culte

Aujourd’hui, Pepi, Luci, Bom... est considéré comme une œuvre culte, symbole d’une Espagne qui renaît. Ce premier essai annonçait déjà les thèmes chers à Almodóvar : la fluidité des genres, la complexité des relations humaines et la rébellion contre les normes établies.

Malgré ses imperfections techniques et narratives, le film possède une énergie brute qui continue de fasciner. La scène des "érections générales", autrefois décriée, est aujourd’hui vue comme une pièce maîtresse de la révolution culturelle des années 80. Pedro Almodóvar, alors débutant, prouvait déjà que rien ne pouvait freiner sa créativité ni son désir de bousculer le statu quo !

Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier est à présent disponible sur MUBI, à l'occasion du cycle Ceci n’est pas un coming out où vous pouvez retrouver également des films cultes (Paris Is Burning, Born in Flames) ou de (re)découvrir des œuvres emblématiques du New Queer Cinema (The Watermelon Woman, The Living End)..

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