Zion : c'est quoi ce thriller qui cartonne aux Antilles ?
Laëtitia Forhan
Laëtitia Forhan
-Chef de rubrique cinéma
Fan de cinéma fantastique, de thrillers, et d’animation, elle rejoint la rédaction d’AlloCiné en 2007. Elle navigue depuis entre écriture d'articles, rencontres passionnantes et couvertures de festivals.

Produit par Jamel Debbouze, le thriller "Zion" est un véritable phénomène aux Caraïbes où il est sorti en salles mi-mars. Le film sort ce mercredi en métropole. Zoom sur le premier long métrage coup de poing de Nelson Foix.

Cinq ans après avoir mis en scène le court métrage Timoun Aw ("Ton gamin" en créole guadeloupéen), le réalisateur Nelson Foix revient avec Zion, son adaptation en long métrage.

Ce court racontait déjà l’histoire d’un jeune homme trouvant un bébé abandonné. Le réalisateur explique dans le dossier de presse : " J’ai eu la chance de pouvoir montrer Timoun Aw à Mohamed Hamidi, qui l’a aimé et m’a fait rencontrer Jamel Debbouze. (...) C’est comme ça que Jamel m’a proposé de produire mon premier long métrage, et qu’une équipe s’est constituée autour de ce projet."

Zion, qui, dans la culture afro-caribéenne, évoque la résistance, la libération et la quête d’un ailleurs meilleur, se déroule en Guadeloupe. Chris partage son temps entre deals, aventures sans lendemain et rodéos en moto. Repéré par Odell, le caïd du quartier voisin, Chris se voit confier une livraison à risque. Malgré la mise en garde de son meilleur ami, il accepte la mission. Mais, le jour de la livraison, il découvre qu’un bébé a été déposé devant sa porte. Commence alors pour lui une course infernale qui le mènera à un choix crucial…

Zion
Zion
Sortie : 9 avril 2025 | 1h 39min
De Nelson Foix
Avec Sloan Decombes, Philippe Calodat, Zebrist
Presse
3,3
Spectateurs
4,0
Voir sur Canal+

Un acteur est né

Et c’est Sloan Decombes, dont c’est le premier long métrage, qui porte ce thriller à bout de bras. Il tenait déjà le rôle principal dans le court-métrage. S’il semblait logique à Nelson Foix de lui confier à nouveau le rôle, le réalisateur explique avoir beaucoup travaillé avec son comédien afin qu’il élargisse sa palette de jeu.

"Je l’avais engagé par hasard, car il accompagnait sa copine qui passait le casting. J’avais besoin d’un garçon pour lui donner la réplique. Il n’avait jamais fait ça, mais dès qu’il a commencé à lire, il était très naturel. On a beaucoup travaillé ensemble, je l’ai accompagné dès le début dans l’élaboration de son personnage. C’était donc logique de le reprendre, d’autant plus qu’il connaissait déjà ma méthode de travail et qu’il est très malin.

The Jokers

Mais je l’ai averti : il devait avoir une palette de jeu plus large que dans le court-métrage. J’étais confiant pour les scènes du quotidien, mais pour les scènes plus émotionnelles, où il devait exprimer de la peur ou de la tristesse, il a dû beaucoup travailler. Je savais qu’il en était capable. Les gens comme Sloan, qui ont du talent, sont capables de moduler leur jeu en fonction des indications. C’est précisément ce que je recherche chez les non-professionnels."

Un succès Outre-mer

Sorti en avant-première en Guadeloupe, Martinique et Guyane le vendredi 14 mars dernier, Zion a enregistré un premier week-end historique avec plus de 16 000 entrées en trois jours d’exploitation sur seulement sept écrans. The Jokers, qui distribue le film, commente : "Le film est en train de devenir un véritable phénomène sur place, et la très forte communication sur les réseaux sociaux depuis la semaine dernière nous laisse espérer une visibilité très forte auprès de la communauté caribéenne, et plus largement du grand public en France hexagonale. "

En deux semaines d’exploitation dans les territoires d'Outre-mer, Zion a attiré 40 000 spectateurs en salles et s’impose comme un phénomène cinématographique aux Antilles, selon le média martiniquais Zay Actu.

Des résultats rares pour un film indépendant, preuve que Zion résonne avec force dans les territoires ultramarins. Le long métrage aborde la quête d’identité, l’enfermement, et montre la colère sourde des habitants de Guadeloupe.

Le réalisateur déclare : "J’y ai vécu quand j’étais très jeune, puis j’ai grandi à Bondy avant d’y retourner. J’y ai plus de famille qu’en métropole, et j’ai toujours ressenti les frustrations et les incompréhensions partagées par les Guadeloupéens : ils ont le sentiment d’habiter une terre où ils ne sont pas souverains, où il y a des relents de colonisation et de racisme.

Le système est inique, et je sens depuis très longtemps qu’il risque d’exploser à tout moment. Pour autant, je ne suis pas capable d’aborder ces thèmes sur toute la durée d’un film, car je manque de recul et que cela me touche de trop près. En revanche, ce qui m’intéresse, c’est de raconter une histoire universelle, humaine, qui pourrait se dérouler n’importe où, puis de distiller les enjeux en suscitant des questions à travers les images : je voulais qu’on ressente intimement ce climat explosif. "

The Jokers

Montrer la vraie Guadeloupe

Zion marque également par l’image sincère qu’il donne de la Guadeloupe, bien éloignée des clichés touristiques. Et c’était justement primordial pour Nelson Foix de montrer cette réalité : " J’ai toujours été frappé par le profond décalage entre la Guadeloupe des cartes postales et la réalité sociale vécue par une grande partie des habitants.

Lorsque j’habitais à Pointe-à-Pitre, je me souviens qu’en sortant de chez moi, je voyais une vieille barre HLM patinée par l’humidité et la chaleur. Et, au-delà de ce bâtiment à moitié détruit, se dressait le MSC, gigantesque navire de croisière, plus haut que les barres HLM.

Ce décalage m’a profondément marqué. C’est pour cela que, dans le film, on aperçoit un bateau passer et des gens qui s’amusent, tandis que Chris, lui, est plongé dans une détresse totale. Ce sont deux mondes qui se croisent sans jamais se regarder. Pour moi, la Guadeloupe ne se résume pas au soleil et à la plage : c’est avant tout une histoire, une culture, un peuple – pas seulement un paysage."

Avec Zion, Nelson Foix signe un premier long métrage à la fois intime et politique, ancré dans une réalité trop souvent invisibilisée. Ce film à la croisée du thriller et du drame social est à voir dès ce mercredi 9 avril au cinéma.

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