L’Amour qu’il nous reste : une fresque familiale bouleversante sur ce qui donne sens à nos vies
Élise Gries-Braun
Élise Gries-Braun
-Rédactrice ciné-séries
Apaisée à la seule vue de la cassette de Mary Poppins et au déhanché de John Travolta, Élise passe allègrement de la chanson aux larmes, avec une préférence pour les comédies dramatiques françaises et les films indépendants d'ici ou d'ailleurs.

Trois ans après l'étourdissant Godland, l’Islandais Hlynur Pálmason revient avec L’Amour qu’il nous reste : un récit familial tendre et bouleversant sur le temps qui passe et l’amour qui demeure. Un film marquant, à découvrir le 17 décembre en salle.

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Pour son quatrième long-métrage, Hlynur Pálmason s’est inspiré de petites choses qui lui sont proches : ses enfants, son jardin, la nature… avec l’idée de les filmer sans recherche de spectaculaire, en équipe réduite, dans un cadre de jeu propice à la confiance et à la liberté.

L’Amour qu’il nous reste suit la trajectoire intime d’une famille dont les parents se séparent. En l’espace d’une année, entre légèreté de l’instant et profondeur des sentiments, se tisse un portrait doux-amer de l’amour, traversé de fragments tendres, joyeux, parfois mélancoliques. Un regard sensible sur la beauté discrète du quotidien et le flot des souvenirs qui s’égrènent au rythme des saisons.

L'Amour qu'il nous reste
L'Amour qu'il nous reste
Sortie : 17 décembre 2025 | 1h 49min
De Hlynur Pálmason
Avec Saga Garðarsdóttir, Sverrir Gudnason, Ída Mekkín Hlynsdóttir
Presse
3,5
Spectateurs
3,2

Contre la frénésie du monde : un rapport apaisé au temps et à la nature

À l’heure de l’ubérisation généralisée et de la quête incessante du profit, ce qui frappe dans L’Amour qu’il nous reste, c’est la place accordée au temps. Un temps qui se suspend, qui s’étire et où les personnages respirent. Tous vivent à un rythme qui paraît bien différent du nôtre : ils contemplent un paysage, cuisinent tous ensemble avant se retrouver autour de la table, se promènent dans les contrées islandaises, roulent en voiture sans précipitation, et tout cela sans souci de rentabilité. L’attente ponctue également leur quotidien : le père, marin pêcheur, dépend des marées et des conditions météorologiques, et passe de longs moments à patienter sur son bateau ; la mère, artiste, réalise des œuvres monumentales qui exigent, elles aussi, d’attendre entre chaque étape.

« La question du film, c’est : que faisons-nous de notre temps ? Qu’est-ce qui compte vraiment ? Le temps passé avec sa famille, ceux qu’on aime, les souvenirs qu’on se crée. Et cela touche à la vie même, à la mémoire, au sentiment d’appartenance. », explique Hlynur Pálmason.

Jour2Fête

Ces questions prennent d’autant plus de sens qu’elles se posent dans des vies où la nature est au premier plan : « Le film parle de la nature, de ce que l’on construit, reconstruit ou détruit. » confie le réalisateur. La nature est montrée dans son état brut, presque primitif, et apparaît comme une force salvatrice. Ses paysages réconfortent les âmes, ses champignons comme ses baies enchantent les papilles et surtout, les animaux apaisent les humains : le chien Panda, omniprésent, devient un personnage à part entière. Dès les premières secondes, le grand-père résume cette philosophie avec simplicité : « La vie est dure, et les animaux nous aident à la surmonter. »

Une ode à la famille et à l’amour

« Qu’arrive-t-il à une famille quand les parents se séparent ? Que deviennent les souvenirs, les moments partagés ? Que devient l’amour qu’il leur reste ? ». L’on comprend mieux le titre du film à ces questions soulevées par le réalisateur.

En effet, L’Amour qu’il nous reste parvient admirablement à capter ces instants simples où un regard, un sourire ou un éclat de rire en dit davantage qu’un long dialogue. La famille que l’on découvre à l’écran – malgré la séparation des parents – respire la bienveillance, l’entraide et l’amour. Les parents continuent de se respecter et de maintenir un lien apaisé ; le frère et le père d’Anna (la mère) l’encouragent et l’accompagnent dans ses projets artistiques ; la fratrie se confie librement, dans une douceur rare au cinéma.

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« On ne connaît l’amour que par son absence. Quand on l’a, on n’y prête plus attention, et il nous est parfois difficile de discerner l’amour autour de nous, de voir la beauté de la vie. C’est ce sujet que je voulais explorer et faire ressentir au public », précise Hlynur Pálmason. Pourtant, le film ne verse jamais dans l’idéalisme naïf. Il demeure profondément réaliste et n’élude ni les accidents de la vie, ni les chagrins, ni les souffrances. “Comme beaucoup de gens, j’ai souvent l’impression que le monde s’effondre autour de nous et il me serait impossible de faire un film où ça ne transparaît pas.”

Enfin, rares sont les films qui accordent une place aussi centrale aux enfants et qui les célèbrent à ce point. Ici, ils sont l’un des fils rouges du récit. Naturels, spontanés, sensibles, curieux, proches des animaux et jouissant d’une grande liberté, ils permettent à leurs parents de garder le cap. Leur jeu, d’une justesse bouleversante, trouble le spectateur au point de faire douter : assiste-t-on à une fiction scénarisée ou à un documentaire ? Ces trois enfants, chacun doté d’une vraie profondeur et d’un caractère bien affirmé, sont en réalité… ceux du réalisateur lui-même.

Trouver sa place : l’universalité de la quête artistique

Anna est artiste. Elle traverse une période de doute, en quête non seulement de reconnaissance, mais surtout de sens. Elle cherche dans ce monde une place qui la stimule, qui la nourrisse. Elle travaille beaucoup, tout en s’occupant de ses enfants et en tenant la maison. On devine qu’elle porte presque tout le quotidien sur ses épaules, tandis qu’elle s’interroge sur ce qu’elle veut réellement, sur ce qui pourrait raviver son désir de créer. Et lorsqu’elle échoue, elle se relève, recommence, persévère.

Jour2Fête

« C’est l’un des sujets du film : une artiste qui cherche comment travailler dans ce monde, comment créer ce qui lui plaît tout en menant une vie intéressante et digne de ce nom, comment maintenir l’exaltation dans la routine. Évidemment, tout concilier est difficile : faire ce qu’on aime, payer ses factures, prendre soin de sa famille. » Rien d’étonnant à ce que ce questionnement irrigue le film, lorsque l’on sait que Hlynur Pálmason est lui-même artiste plasticien, formé aux arts visuels avant de devenir cinéaste.

Du côté masculin, Magnus, le père, qui exerce pourtant une activité stable et lucrative, cherche lui aussi sa place. La vie qu’il s’était construite s’est effondrée, mais il s’y accroche tout en tentant de composer avec cette nouvelle configuration familiale. Quant aux enfants, eux aussi se cherchent. À l’orée de l’adolescence, ils se construisent, explorent, tâtonnent comme leurs parents, à leur manière...

Entre justesse émotionnelle et mise en scène lumineuse, L’Amour qu’il nous reste offre un regard rare sur ce qui nous relie vraiment et s’impose comme l’un de ces films qui nous accompagnent longtemps. À découvrir en salle le 17 décembre.

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