Ce chef-d'œuvre aux huit Oscars… comme vous ne l’avez jamais vu !
Élise Gries-Braun
Élise Gries-Braun
-Rédactrice ciné-séries
Apaisée à la seule vue de la cassette de Mary Poppins et au déhanché de John Travolta, Élise passe allègrement de la chanson aux larmes, avec une préférence pour les comédies dramatiques françaises et les films indépendants d'ici ou d'ailleurs.

Quarante ans après son triomphe, Amadeus revient au théâtre Marigny. Portée par une mise en scène audacieuse et résolument moderne, redécouvrez la pièce culte dans une fresque immersive et vibrante, entre raffinement, symbolisme et musique divine.

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Amadeus : du théâtre au cinéma, la boucle d’un chef-d’œuvre

Tout commence en 1979, lorsque l’écrivain et dramaturge britannique Peter Shaffer compose une pièce de théâtre romancée autour de la vie aussi brillante que tourmentée de Mozart : Amadeus. Librement inspirée d’une courte œuvre de Pouchkine, Mozart et Salieri (1830), la pièce s’attache principalement à la rivalité supposée entre le musicien prodige et le compositeur de la cour impériale, Antonio Salieri. Ce parti pris audacieux offre à Shaffer un immense succès et inscrit rapidement Amadeus parmi les grandes œuvres du théâtre contemporain.

Créée à Londres en 1979 puis jouée plus de 1 000 fois à Broadway, la pièce sera adaptée trois ans plus tard au théâtre Marigny de Paris, mise en scène par Roman Polanski, qui interprète lui-même Mozart, face à François Périer dans le rôle de Salieri. Outre-Atlantique, le triomphe est confirmé par l’obtention du Tony Award 1981 de la meilleure pièce, l’équivalent américain des Molières.

Fort de ce succès théâtral retentissant, le réalisateur Miloš Forman — déjà célébré pour Vol au-dessus d’un nid de coucou, Hair ou Valmont — s’empare à son tour de ce matériau incandescent pour le transposer au cinéma en 1984, lui conférant une ampleur visuelle et émotionnelle nouvelle. Porté par l’interprétation magistrale de F. Murray Abraham en Salieri et de Tom Hulce en Mozart, le film déploie une mise en scène à la fois précise – par une reconstitution fidèle des costumes et du contexte historique – et flamboyante, où la musique, sublimée, devient un véritable moteur dramatique.

D.R

Cette alchimie entre reconstitution historique et ambition artistique lui confère une puissance émotionnelle qui a conquis à la fois le public comme la critique puisque Amadeus a reçu pas moins de quarante prix dont huit Oscars et est encore considéré aujourd’hui comme l’un des plus grands films de l’histoire du cinéma.

Amadeus à Marigny : une renaissance scénique spectaculaire entre héritage et modernité

Quatre décennies après son triomphe initial, Amadeus revient sur scène au théâtre Marigny, à l’endroit même où l’œuvre avait rencontré son premier grand succès français. Après avoir conquis le public au théâtre puis marqué l’histoire du cinéma grâce à l’adaptation légendaire du regretté Miloš Forman, la pièce renaît aujourd’hui sous la mise en scène d’Olivier Solivérès, récemment récompensé par le Molière 2024 de la mise en scène pour Le Cercle des Poètes disparus. En retrouvant le théâtre Marigny, Amadeus referme ainsi symboliquement la boucle de son histoire.

Le pitch demeure inchangé : Vienne, 2 novembre 1823. Un vieil homme prétend avoir tué Mozart il y a 32 ans. Son nom : Antonio Salieri. C’est le compositeur officiel de l’Empereur et serviteur de Dieu, à qui tout réussit. Jusqu’au jour où il rencontre un prodige fulgurant, un génie insolent, obscène, incontrôlable… capable de composer de la musique d’une pureté divine : Wolfgang Amadeus Mozart ! Face à un tel talent, Salieri est dévoré par une jalousie teintée d'admiration. Il n’aura plus qu’un seul but : le faire taire. Commence alors la mise à mort d’un génie, prouvant à quel point l’être humain est capable du meilleur comme du pire…

S’attaquer à une œuvre d’une telle envergure relève pourtant du défi : éviter les comparaisons avec ses illustres prédécesseurs, rendre pleinement hommage à la musique et surtout échapper aux clichés du Mozart frivole et du Salieri caricatural. Mais le théâtre — par sa configuration, sa proximité avec le public et la liberté qu’il offre — permet justement une réinvention singulière de la pièce. “Au Théâtre Marigny, je veux transformer ce récit en une expérience immersive et sensible, où la mémoire, l’espace et la musique s’unissent pour créer un poème visuel et émotionnel autour de la jalousie, du génie et de la quête du sublime”, confie Olivier Solivérès.

Elise Gries-Braun

Le public découvre ainsi Jérôme Kircher — remarqué notamment dans Hamlet mis en scène par Patrice Chéreau ou Lorenzaccio sous la direction de Jean-Pierre Vincent — dans le rôle tourmenté de Salieri. Et Thomas Solivérès, frère cadet du metteur en scène – révélé dans Intouchables puis consacré par son rôle d’Edmond dans le film d’Alexis Michalik – dans le rôle de l'impétueux Mozart. Entourés d’une troupe de quatorze artistes mêlant comédiens, chanteurs d’opéra et musiciens, tous donnent vie à une fresque théâtrale à la fois spectaculaire, vibrante et résolument déjantée.

J’ai souhaité une scénographie fluide, peu classique, où tout repose sur un plateau complètement ouvert, traversé par un voile gigantesque et une scène mobile. Tout deviendra tour à tour le Palais de l’Empereur, les appartements de Mozart, l’Opéra de Vienne… Ce mouvement perpétuel symbolisant les flottements de la mémoire de Salieri.” explique le metteur en scène.

Et durant plus de deux heures de spectacle, le pari est pleinement tenu. Le spectateur est happé par le récit de Salieri, à l’aube de sa dernière nuit. Celui-ci interpelle directement le public lorsqu’il retrace sa vie et celle de Mozart, comme pour mieux lui faire ressentir la dualité et la complexité de ses sentiments entre admiration et jalousie. En effet, Salieri nous fait vivre en direct son tourment intérieur : pourtant fervent croyant, Dieu ne l’a pas choisi comme compositeur de la musique divine. C’est Mozart, dans toute sa frivolité, sa liberté et sa modernité qui est l’élu.

À chaque tableau, la scène se transforme habilement pour devenir tour à tour le palais de l’Empereur, les appartements de Mozart ou l’Opéra de Vienne. Baignés d’une lumière tamisée, portés par des décors sobres et symboliques, des costumes d’époque raffinés et une musique interprétée en direct par des chanteurs lyriques — parfois a cappella — et des musiciens d’orchestre, ces tableaux donnent vie à l’œuvre avec une intensité rare. Et c’est là le point fort de l’adaptation théâtrale : les prestations musicales quasi divines bouleversent le spectateur. La mise en scène d’Olivier Solivérès se révèle ainsi d’une fraîcheur et d’une modernité saisissantes, offrant un vibrant hommage à la fois au théâtre, à la musique et à l’ensemble des artistes.

Cette adaptation vibrante et moderne d’Amadeus est à découvrir en ce moment au théâtre Marigny de Paris.

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