Sorti le 28 février 1962 en Italie, Salvatore Giuliano marque l’entrée spectaculaire de Francesco Rosi dans le cercle des grands cinéastes italiens. Dès ses premières images, le film frappe par sa rigueur quasi documentaire et son regard attentif sur les événements. Pour Martin Scorsese, il occupe une place toute particulière dans son panthéon personnel du cinéma mondial.
S’il est un réalisateur qui incarne la cinéphilie dans son expression la plus complète, c’est bien Martin Scorsese. Sa connaissance encyclopédique de l’histoire du cinéma et de ses auteurs est sans égale. En 1990, il fonde la Film Foundation, une institution dédiée à la préservation et à la restauration du patrimoine cinématographique mondial. Parmi ses initiatives figure le World Cinema Project, programme destiné à restaurer des films emblématiques pour leur importance culturelle et historique. Depuis sa création, plus de 1000 films ont été restaurés, dont 65 issus de 31 pays différents grâce à ce projet.
Le récit d’un bandit sicilien
L’histoire racontée par Rosi débute en juillet 1950. Le corps de Salvatore Giuliano, célèbre bandit sicilien, est découvert dans la cour d’une maison à Castelvetrano. Rapidement, un commissaire dresse un constat succinct tandis que les journalistes rassemblent des informations. Plus tard, le corps est exposé à Montelepre, sa ville natale, où la foule se recueille et sa mère le pleure. Mais qui l’a assassiné ? Et que révèle l’histoire de Giuliano sur l’Italie de l’époque ?
Un film chéri par Scorsese
En 2014, invité par l’éditeur Criterion, Scorsese a révélé ses dix films favoris. Parmi eux, le cinéma italien tient une place de choix. À propos de Salvatore Giuliano, il confie :
“C’est un film extrêmement complexe : il n’y a pas de protagoniste central, et il multiplie les sauts dans le temps en même temps que les points de vue. Mais c’est aussi un film de l’intérieur, réalisé avec un profond amour et compréhension de la Sicile, de sa population, des trahisons et corruptions que la population doit endurer. [...] Si le film est une investigation rigoureuse, il n’est jamais sec, [...] et il est filmé dans un noir et blanc absolument électrifiant. [...] Salvatore Giuliano est, entre autres choses, un grand hymne à la Sicile, la terre de ma famille, et pour cette seule raison, je chéris ce film.”
Lux Film
Réalisme et rigueur journalistique
Francesco Rosi, observateur attentif et cinéaste cohérent, s’inscrit dans la lignée des grands maîtres italiens, aux côtés de Federico Fellini. Après Profession Magliari (1959), tourné dans les communautés italiennes en Allemagne, il signe avec Salvatore Giuliano son premier véritable chef-d’œuvre.
Filmé en Sicile, peu de temps après les événements, le long-métrage explore minutieusement le système politique italien. À travers de multiples points de vue, il révèle les collusions complexes entre l’armée, la police, la mafia et la justice. Mais contrairement à d’autres films à dimension politique, Rosi ne délivre aucun message moral ou idéologique : il se contente de proposer matière à réflexion.
Le réalisateur expliquait ainsi : “C’est le contexte de Salvatore Giuliano qui m’intéressait, non pas sa psychologie. C’est un film sur la tragédie d’un peuple et d’une terre, la Sicile, qui se sont retrouvés subordonnés à cette puissance qu’est la mafia. C’est là que réside tout le problème. La mafia était tellement puissante qu’elle a réussi à se mettre d’accord avec les institutions. Ce qui explique que l’histoire de Salvatore Giuliano soit truffée de paradoxes et de faits délirants.”
Lux Film
Francesco Rosi réfutait également toute idée selon laquelle son film se rapprocherait d’un documentaire.
“Je pense que le film a été raconté de manière à préserver le réalisme des rébellions et des relations entre les habitants de Montelepre et Salvatore Giuliano. Je pense que cette relation était tellement véridique qu’elle pouvait ressembler à un documentaire.”
Des scènes inoubliables
Pour renforcer cette authenticité, il fit appel aux habitants de Montelepre et Castelvetrano pour rejouer des scènes vécues quelques années plus tôt.
Cette approche donne naissance à des moments d’une puissance émotionnelle rare : le massacre des paysans dans la vallée, les femmes en larmes autour du cadavre de Giuliano, ou encore l’assassinat de Gaspare Pisciotta, son lieutenant, incarné par Frank Wolff, connu des amateurs de western.
Pour (re)découvrir ce chef-d’œuvre, le film est disponible en VOD. Les collectionneurs pourront également se tourner vers les éditions Blu-ray et DVD du long-métrage, notamment une édition combo, comprenant notamment des bonus passionnants.
AlloCiné, c’est tous les jours plus de 40 articles traitant de l’actualité du cinéma et des séries, des interviews, des recommandations streaming, des anecdotes insolites et cinéphiles sur vos films et vos séries préférés. Vous abonner à AlloCiné sur Google Discover, c’est l’assurance d’explorer au quotidien les richesses d’un site conçu par des passionnés pour des passionnés.