On ne s’attendait pas à ça : cette scène toute simple est la plus forte de ce film qui a tant fait parler à sa sortie il y a 2 ans
Emilie Semiramoth
Emilie Semiramoth
Cheffe du pôle streaming, elle a été biberonnée aux séries et au cinéma d'auteur. Elle ne cache pas son penchant pour la pop culture dans toutes ses excentricités. De la bromance entre Spock et Kirk dans Star Trek aux désillusions de Mulholland Drive de Lynch, elle ignore les frontières des genres.

Disponible sur Prime Video le 6 avril, "The Substance" porte en son cœur une scène bouleversante mais passée inaperçue : un face-à-face avec soi-même d’une violence rare.

Il y a deux ans, tout le monde parlait de The Substance. Son usage du body horror que d'aucuns ont considéré outrancier, ses gerbes de sang, ses images chocs ont partout retenu l'attention. Mais au milieu de ce chaos, une scène beaucoup plus simple, presque banale, a été largement ignorée. Et pourtant, c’est sans doute la plus violente du film.

Réalisé par Coralie Fargeat, le long-métrage suit Elisabeth Sparkle, une ancienne star incarnée par Demi Moore – qui livre une des meilleures performances de sa carrière –, brutalement mise au rebut à 50 ans, pour être remplacée par une version plus jeune, plus désirable, plus conforme. À quoi ? Aux diktats de la beauté tels qu'édictés par la société. Mais grâce à une mystérieuse substance, elle "donne naissance" à Sue (parfaite Margaret Qualley), son double idéalisé. Mais la véritable horreur n’est pas là.

The Substance
The Substance
Sortie : 6 novembre 2024 | 2h 20min
De Coralie Fargeat
Avec Demi Moore, Margaret Qualley, Dennis Quaid
Presse
3,6
Spectateurs
3,6
Voir sur Prime Video

Une scène sans sang... mais insoutenable

Cette scène se déroule presque comme un rituel du quotidien dans la salle de bain d'Elisabeth. Elle se prépare pour un rendez-vous avec un ancien camarade de lycée, rencontré par hasard dans la rue. Après son licenciement et après avoir sombré dans une spirale de doute, ces compliments un peu insistants et maladroits sont devenus sa seule bouée de sauvetage. Dans son esprit, tout du moins.

Elle enfile une robe rouge audacieuse, se maquille, ajuste ses cheveux. Tout semble parfait. Et pourtant, quelque chose cloche. Dans le miroir, ce qu’elle voit n’est pas suffisant. Ou satisfaisant. On entend presque ses pensées, comme si elle se disait que le reflet qu'il lui renvoie n’est pas parfait, ce n’est pas ce qu’elle était. Et ce n’est pas Sue non plus. C’est là que tout bascule.

Le regard des autres est devenu le sien

Le moment le plus cruel arrive devant la poignée de sa porte, juste avant de sortir. Son reflet déformé agit comme un déclencheur. En une seconde, toutes ses insécurités explosent. Elle recule. Elle doute. Elle s’effondre intérieurement. Ce que filme Coralie Fargeat ici, ce n’est pas juste une crise. C’est une internalisation totale du regard social. Elisabeth ne voit plus son visage : elle voit un échec.

Elle retourne alors dans la salle de bain, comme enragée et se maquille de façon compulsive... puis détruit tout. Elle étale du rouge à lèvres, frotte son visage avec violence. Elle s’abîme littéralement. Et elle n’ira pas au rendez-vous. La haine de soi est une chose puissante...

La violence faite aux femmes de 50 ans

Ce qui rend cette scène si brutale, c’est qu’elle dépasse le film. Pendant une grande partie de The Substance, Elisabeth peut sembler caricaturale. Après tout, Coralie Fargeat ne filme-t-elle pas une star déchue obsédée par la jeunesse ? Le genre de femmes qu'on aime bien moquer.

Mais ici, cette scène devient universelle. C’est l’effet concret que les standards de beauté inatteignables ont sur les femmes. Et particulièrement sur celles que la société décide soudainement de rendre invisibles, à savoir les femmes de 50 ans et plus.

Le film montre une mécanique impitoyable : la comparaison permanente, les injonctions à rester jeune, la disparition de tout regard positif, le dénigrement de soi. Au final, Elisabeth ne se compare pas seulement à Sue, elle se compare à elle-même, figée dans le passé comme sur cet immense portrait d'elle qui trône dans son salon. Et elle perd.

Capture d'écran YouTube

Voir uniquement ce qui ne va pas

Demi Moore elle-même a évoqué la difficulté de tourner cette scène. “C’est l’un des moments les plus déchirants du film”, a-t-elle confié à Variety . Elle ajoute : “Je pense qu’on peut tous s’identifier à l’idée d’essayer de s’améliorer... et de faire pire encore. Regarder son reflet et ne voir que ce qui ne va pas, c’est comme chercher à se rendre plus laid pour correspondre à ce qu’on ressent.

Tout est dit. Cette scène est parfaite parce qu’elle fait mal, bien plus que les transformations monstrueuses que le film se complaît à montrer. Dans un film rempli d’excès, cette séquence minimaliste est celle qui reste en mémoire. Parce qu’elle touche à quelque chose de profondément intime et profondément politique. Se regarder dans le miroir ne devrait pas être une épreuve. Et pourtant, The Substance nous jette à la figure que, pour beaucoup de femmes, ça l’est devenu.

The Substance est disponible sur Prime Video.

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