Popularisée par Tom Cruise, cette histoire culte s’offre une sublime adaptation animée
Isaac Barbat
Isaac Barbat
-Rédacteur ciné-séries
Biberonné aux films de genre dès son plus jeune âge, amoureux des monstres et de l'hémoglobine, ses excursions cinématographiques le mènent parfois jusqu'à Truffaut ou Duvivier… pour son plus grand plaisir !

Film culte porté par Tom Cruise, Edge of Tomorrow est en réalité inspiré d’un light novel japonais, All You Need is Kill. Cette semaine, l’œuvre culte de l’écrivain Hiroshi Sakurazaka s’offre une nouvelle adaptation éponyme, animée qui plus est !

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La relecture originale et inspirée d’un monument indémodable du genre SF

Grand récit de science-fiction moderne, All You Need is Kill a vu son intrigue être transposée à la fois sur grand écran et en manga au cours de la décennie 2010. Mais si ces deux adaptations ont connu un véritable succès, peu de gens savent que ces œuvres sont tirées d’un même roman, ou plus précisément d’un light novel japonais, ces romans courts qui font fureur auprès des jeunes. Publié au Japon en 2004 et signé de la main de l’auteur Hiroshi Sakurazaka, All You Need is Kill est devenu l’une des plus grandes références de science-fiction contemporaine, et son titre devrait à nouveau faire parler les amateurs du genre : en effet, une nouvelle version cinématographique réalisée par le cinéaste Ken’ichirô Akimoto vient de sortir en salle, et ce nouveau long-métrage a la particularité d’être un film d’animation !

All You Need Is Kill
All You Need Is Kill
Sortie : 20 mai 2026 | 1h 26min
De Kenichiro Akimoto, Yukinori Nakamura
Avec Ai Mikami, Natsuki Hanae, Kana Hanazawa
Presse
3,0
Spectateurs
2,9
Séances (81)

L’intrigue, les cinéphiles commencent à en connaître le socle commun, partagé par toutes les adaptations : dans un futur proche, le monde se reconstruit après l’invasion d’une gigantesque fleur extraterrestre. Quand cette mystérieuse plante entre en éruption et libère des créatures dévastatrices, la jeune Rita meurt dans le chaos... avant de se réveiller au début de la même journée ! Prisonnière d’une boucle temporelle, elle revit sans cesse la bataille, jusqu’à sa rencontre avec Keiji, lui aussi piégé dans le cycle. Ensemble, ils vont tenter de briser la boucle... ou mourir pour toujours.

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Faisant le choix d’offrir son premier rôle à un personnage féminin plutôt que masculin, à rebours de l’œuvre originale et de ses adaptations habituelles, Ken’ichirô Akimoto parvient à réinventer une histoire déjà connue et appréciée du grand public – et mieux encore, à lui offrir ses lettres de noblesse grâce à une animation particulièrement léchée et atypique, mais aussi à sa distribution.

En effet, le cinéaste peut compter notamment sur les voix sensibles et attachantes de l’actrice Ai Mikami (Le Maître du Kabuki) et du célèbre Natsuki Hanae, véritable star du doublage, célèbre pour ses rôles de Tanjiro (Demon Slayer), Kaneki (Tokyo Ghoul) ou encore Okarun (Dandadan).

À l’occasion de la sortie en salle de cette nouvelle adaptation animée de All You Need is Kill, Ken’ichirô Akimoto a accepté de se confier au micro d’AlloCiné. Premier long-métrage en tant que réalisateur, rapport particulier de la société japonaise à l’animation, inspirations visuelles… Le cinéaste revient sur la conception de cette pépite animée.

“Les enfants qui regardaient des animés continuent d'en regarder en grandissant”

Question : L’histoire de All You Need is Kill a été adaptée plusieurs fois, en manga et en long-métrage en prises de vues réelles notamment. Pourquoi avoir choisi de lui donner un nouveau visage, en animation qui plus est ? Quelle envie personnelle a motivé votre choix ?

Ken’ichirô Akimoto : “Ce projet est né seulement grâce à des coïncidences. Alors que je travaillais pour STUDIO 4℃, j'ai dit à la présidente, Mme Tanaka, que je souhaitais un jour occuper le rôle de réalisateur sur une œuvre de science-fiction. Pile au même moment, Warner Bros. nous a contactés pour adapter All You Need is Kill en animation, ce qui était inespéré, et j'ai donc accepté. Pour ce qui est de lui donner un nouveau visage, que ce soit le roman d'origine, le manga ou le film en prises de vues réelles, tous ces formats se démarquent par leurs designs ou le contenu qu'ils proposent ; je voulais donc également amener cette touche d'originalité au format animé. C'était mon but en tant que réalisateur.”

Votre carrière est souvent associée à la direction CGI. Pour cette première réalisation en votre nom, quel a été le plus grand défi ? À l’inverse, dans quel volet de la réalisation vous êtes-vous le plus épanoui ? Auriez-vous l’envie de réitérer l’expérience ?

Le plus gros défi a, je pense, été d'expliquer à l'équipe ma vision des choses et ce que j'attendais d'eux pour atteindre cette vision. C'est peut-être évident qu'un réalisateur le fasse, mais c'est une lourde responsabilité.

Par le passé, j'avais déjà occupé les postes de directeur 3D ou directeur artistique, mais le réalisateur était au final toujours celui qui était responsable de l'œuvre. On pourrait même dire qu'il me protégeait. En étant à mon tour réalisateur sur ce film, j'ai vraiment ressenti cette pression constante. La moindre hésitation ou erreur de jugement a un impact direct sur la production, donc pour que cela n'arrive pas, j'échangeais beaucoup avec le producteur, le scénariste ou les directeurs en chef avant de prendre une décision concernant la production.

Discuter avec les différentes équipes, voir des idées naître, prendre forme et être intégrées dans le produit final, ce sont ces choses qui donnent un sentiment d'accomplissement et qui font la beauté du rôle de réalisateur. C'est à ce moment-là que j'ai vraiment pris conscience que nous réalisions un film.

Entre le moment où le projet a commencé et celui où il s'est achevé, environ quatre ans et demi se sont écoulés, et je mentirais si je disais que quitter le projet et m'enfuir ne m'a jamais traversé l'esprit. Mais l'équipe m'envoyait des plans géniaux et cela me donnait le soutien dont j'avais besoin. C'est grâce à toute l'équipe de production que j'ai tenu bon jusqu'au bout.

Je me suis demandé si j'étais vraiment fait pour être réalisateur, mais aujourd'hui, je souhaiterais réitérer l'expérience et utiliser ce que j'ai appris avec ce film pour produire d'autres œuvres tout aussi intéressantes.

La direction artistique de All You Need is Kill est aussi originale que poétique, créant un contraste avec les modèles actuels du cinéma d’animation. Quelles ont été vos sources d’inspirations visuelles ? Quelle était votre volonté en adoptant cette direction artistique ?

Les personnes qui ont vu All You Need is Kill disent souvent que ça ressemble beaucoup à ce que fait 4℃, et je pense moi aussi que le visuel du film a fortement été influencé par les anciennes productions de STUDIO 4℃, notamment Mind Game et Amer Béton.

Je m'intéresse aussi particulièrement aux productions d'animation étrangères récentes et à leurs bandes dessinées d'origine, et cela m'inspire beaucoup. Ce style vient également d'œuvres extérieures au monde du manga et des animés, comme par exemple les films du réalisateur Roy Andersson ou les peintures de Vilhelm Hammershøi. Je voulais montrer quelque chose de nouveau et vraiment unique, c'est pourquoi j'ai choisi d'adopter ce style si particulier.

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J'étais juste un peu inquiet de la manière dont cela allait être reçu par les spectateurs, mais quand nous avons diffusé All You Need is Kill au Festival international du film d'animation d'Annecy l'année dernière, les réactions étaient très positives. J'étais non seulement rassuré, mais j'ai aussi pris conscience que bon nombre de personnes aiment voir des œuvres d'animation avec un style bien à elles, ce qui m'a ému et redonné confiance.

Les envahisseurs de All You Need is Kill ont pris beaucoup de formes différentes en fonction de leur adaptation. Dans la vôtre, ils sont les enfants de Darol, une fleur gigantesque et mystérieuse. D’où vous est venue cette interprétation ?

Darol est un personnage propre à l'animé, mais son rôle sur Terre est le même que celui des aliens du roman : c'est un être venu d'une autre planète qui envoie ses biobots terraformeurs sur Terre pour y recréer l'environnement de leur propre planète.

Les mimiques déployées par Darol sont, en gros, des biobots de chantier qui enferment tous les organismes vivants qui les empêchent de terraformer la Terre dans le but de les transformer en matière inorganique.

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L'idée m'est venue en voyant les vidéos et les résultats des expériences d'un scientifique étudiant des biobots d'origine végétale. Même s'ils sont représentés comme les antagonistes dans le film, je trouve fascinant qu'ils s'adaptent à la nature environnante et y contribuent tout en remplissant leurs tâches.”

L’animation est parfois considérée, à tort, comme un genre destiné à la jeunesse. Souhaitez-vous défendre, avec All You Need is Kill, un cinéma d’animation ouvert également aux adultes ?

Eh bien, on ne le ressent pas vraiment en vivant au Japon. Les enfants qui regardaient des animés continuent d'en regarder en grandissant ; toutes les générations regardent donc des animés dans la société japonaise. J'ignore si on peut dire que ce sont des œuvres destinées à un public adulte, mais j'aime l'animation avec un aspect "mauvais" ou "malsain", donc c'est ce que je souhaite produire.

C'est d'autant plus flagrant au Japon, où les animés font partie du quotidien et où tout le monde les regarde, mais il y a inévitablement de plus en plus d'animés produits dans le but de plaire au plus grand nombre. Et ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose, mais je pense que si certaines de ces œuvres avaient un ton plus grave et étaient un peu plus originales, ça ne ferait pas de mal.”

Si vous étiez à la place de Rita, comment auriez-vous réagi ? En quoi vous reconnaissez-vous dans son personnage ? Et dans celui de Keiji ?

Je suis admiratif de Rita et je compatis beaucoup avec Keiji. Il voit Rita comme moi je vois les femmes de manière générale, et j'ai tendance à me trouver un peu ringard, mais je pense arriver à dissimuler cela en donnant l'impression d'être quelqu'un d'insouciant.

Donc, si j'étais à la place de Rita, je pense que je me couperais du monde comme le fait Keiji. Mais dans le film, contrairement à moi, Keiji est un garçon enthousiaste et pur, donc Rita et lui arrivent à sortir de cette boucle temporelle. Si j'avais été à sa place, nous serions prisonniers de ces boucles pour l'éternité !

Relecture assurément moderne et inspirée d’un chef-d’œuvre incontournable de la science-fiction, All You Need is Kill de Ken’ichirô Akimoto est à découvrir en salle dès maintenant.

Propos recueillis pour AlloCiné par Isaac Barbat.

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