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Elisa Zanetti a été condamnée pour un crime dont elle affirme ne presque rien se souvenir. Dix ans plus tard, le professeur Alaoui, criminologue de renom, décide de rouvrir son dossier. Entre eux s’engage un face-à-face aussi tendu que fascinant. Peu à peu, les souvenirs enfouis ressurgissent, révélant une vérité bien plus complexe qu’elle ne semblait l’être. Jusqu’où peut-on aller pour pénétrer l’esprit d’une criminelle ? Inspiré d’une histoire vraie, L’Affaire Zanetti explore avec une rare acuité les zones grises de la culpabilité et de la mémoire.
Lumière sur une affaire qui a marqué la presse italienne
L’Affaire Zanetti s’inspire librement d’un fait divers survenu dans le nord de l’Italie et qui avait défrayé la chronique au début des années 2010. En 2009, Stefania Albertani, 26 ans, géomètre et fille d’entrepreneurs de la région de Côme, apparaît comme une jeune femme brillante et parfaitement intégrée. Pourtant, derrière cette façade lisse se cache une personnalité tourmentée, traversée par une violence sourde et incontrôlable.
Condamnée à vingt ans de prison, assortis de trois années d’internement psychiatrique, elle est d’abord reconnue pleinement responsable de ses actes avant qu’une expertise neuroscientifique ne révèle un dysfonctionnement du lobe frontal et une forme de semi-irresponsabilité mentale. Douze ans après les faits, les criminologues Adolfo Ceretti et Lorenzo Natali entreprennent de la rencontrer. Leur démarche n’a rien de rédempteur : elle est avant tout scientifique. C’est précisément cette distance, alliée à une écoute patiente et méthodique, qui permettra peu à peu à Stefania de sortir du déni et de retrouver la mémoire consciente de ses actes. Au cours d’un entretien, elle prononcera cette phrase glaçante qui donnera son titre au livre tiré de l’affaire : « Je voulais la tuer. J’ai dû m’avouer qu’en réalité, je voulais le faire. »
« Elisa est une jeune femme ordinaire qui pourrait être notre voisine ou notre collègue de travail. Elle commet un crime terrible : elle tue sa sœur et brûle son corps. Ce qui m’intéresse, c’est précisément cette violence qui surgit là où on ne l’attend pas », explique Leonardo Di Costanzo. Pour retranscrire avec justesse cette affaire à l’écran, il s’est appuyé sur deux interprètes particulièrement investis, capables d’incarner toute la gravité et l’ambiguïté du récit. Issue du théâtre avant de se distinguer dans des rôles dramatiques au cinéma, notamment dans L’Enlèvement ou Familia, Barbara Ronchi s’impose comme une évidence. Son interprétation repose sur une tension intérieure permanente, où le moindre silence, un regard prolongé ou un geste anodin deviennent porteurs de sens. « Il fallait trouver un équilibre qui ne cherche jamais la compassion du spectateur, mais maintienne son attention sur ce que traverse le personnage », explique le réalisateur.
Nour films
Face à elle, Roschdy Zem, qui a fait des thrillers et des drames psychologiques son répertoire de prédilection, apporte toute sa retenue et son intensité au personnage du professeur Alaoui. Les deux comédiens ont préparé leurs rôles pendant près de cinq mois avant le tournage. Roschdy Zem a également tenu à rencontrer les criminologues Ceretti et Natali, dont le personnage s’inspire directement. Une rencontre qui lui a permis de trouver cette posture si singulière, à la frontière entre empathie, rigueur scientifique et observation clinique.
Comprendre le crime plutôt que le juger : un angle inédit au cinéma
Dès les premières minutes du film, une phrase prononcée par le professeur Alaoui résume toute la démarche de L’Affaire Zanetti : « La responsabilité du coupable se cherche dans son humanité. »
Toute l’originalité du film réside ainsi dans cette manière profondément inédite d’aborder le crime. En situant son intrigue dans un centre de détention ouvert, niché dans un décor montagneux presque paisible — où les détenus peuvent circuler librement et recevoir leurs proches — le réalisateur affirme un véritable parti pris de mise en scène et de pensée.
Nour films
Loin des récits judiciaires classiques ou des thérapies filmées qui enferment souvent l’accusé dans une posture figée, Leonardo Di Costanzo choisit ici une confrontation à la fois scientifique et humaine entre un criminologue et une meurtrière. Leurs échanges deviennent le cœur battant du film : un espace de parole où Elisa tente progressivement de sortir de l’amnésie pour accéder à la reconnaissance de sa responsabilité. « Il ne s’agit ni de juger, ni de soigner, mais de comprendre. C’est un espace où l’on cherche à reconstruire le sens d’un acte sans l’influence de la condamnation ou du soin », explique le cinéaste.
Né dans le prolongement de son précédent film Ariaferma, déjà centré sur l’univers carcéral et les relations entre détenus et gardiens, L’Affaire Zanetti poursuit la réflexion du cinéaste sur les mécanismes de la justice et la possibilité d’un dialogue. Le réalisateur y défend, en filigrane, le principe de justice restaurative : une approche qui cherche, au-delà de la seule sanction pénale, à recréer du lien et à penser les conséquences humaines de l’acte criminel.
Rejet maternel, tensions familiales, faillite professionnelle… En donnant la parole à la criminelle et à travers une série de flashbacks, le film tente de remonter aux racines du passage à l’acte sans jamais tomber dans la justification. Il pose alors une question profondément dérangeante : sommes-nous capables, comme le professeur Alaoui, de regarder le mal en face sans céder ni à la fascination ni à la condamnation immédiate ? « Il s’agit d’être accueillant sans adhésion émotionnelle, en suspendant le jugement pour permettre à la parole d’émerger. C’est cette même suspension du jugement que le film demande au spectateur », souligne Leonardo Di Costanzo.
En s’intéressant moins aux faits qu’aux mécanismes intimes qui les ont rendus possibles, L’Affaire Zanetti s’impose comme une œuvre résolument moderne, à rebours d’un cinéma qui réduit souvent la justice à une simple logique de vengeance. Un thriller fascinant à découvrir dès maintenant au cinéma.