Depuis 2011, la trilogie culte de Robert Zemeckis, Retour vers le futur, n’est plus autorisée à la diffusion en Chine. Une décision étonnante pour une saga pourtant perçue ailleurs comme un divertissement familial inoffensif.
L’information, relayée notamment par The Hollywood Reporter et le site SlashFilm, avait déjà surpris à l’époque : comment une œuvre aussi populaire que celle mettant en scène Marty McFly (Michael J. Fox) et le Doc (Christopher Lloyd) a-t-elle pu se retrouver bannie d’un pays entier ?
Le voyage dans le temps dans le viseur des autorités
La raison de cette interdiction ne tient pas à la violence ou à des contenus choquants, mais à un élément central de la narration : le voyage temporel.
En avril 2011, la SARFT (State Administration of Radio, Film and Television), organisme de régulation chinois, publie une directive visant les œuvres utilisant ce thème. Selon ses explications, ce type de récit porterait atteinte à la représentation de l’Histoire : “Les producteurs et scénaristes traitent l’Histoire sérieuse de manière frivole, ce qui ne devrait plus être, en aucun cas, encouragé”, dit l’organisme.
Dans ce cadre, Retour vers le futur figure parmi les œuvres concernées par cette ligne directrice.
Des récits jugés incompatibles avec la vision de l’Histoire
La critique des autorités va encore plus loin. Les films impliquant des voyages dans le temps sont accusés de multiplier les incohérences et les représentations jugées fantaisistes.
La SARFT dénonce des intrigues “étranges” et une tendance à introduire des éléments considérés comme irrationnels : pour l’organisme, les films avec des voyages dans le temps “inventent avec désinvolture des mythes, ont des intrigues monstrueuses et étranges, utilisent des tactiques absurdes et promeuvent même la féodalité, la superstition, le fatalisme et la réincarnation”.
Autrement dit, ces histoires seraient perçues comme éloignées d’une lecture rationnelle et encadrée du passé.
Universal Pictures
Une logique culturelle différente selon les supports
Pour certains observateurs, cette interdiction repose surtout sur une interprétation stricte de ce qui relève du réel et de l’imaginaire.
“La justification de l’interdiction du voyage dans le temps est que tout ce qui n’est pas possible dans le monde réel relève de la superstition”, expliquait ainsi le critique de cinéma Raymond Zhou au Hollywood Reporter.
Il ajoutait toutefois une nuance importante : si ce type de récits est proscrit au cinéma et à la télévision, il reste présent dans la littérature et le théâtre chinois, dont les contenus “ne sont en réalité pas très scientifiques, mais qui constituent plutôt une excuse pour commenter l’actualité”.
Plus d’une décennie plus tard, cette décision reste souvent citée comme l’un des exemples les plus insolites de censure culturelle contemporaine. Et Retour vers le futur, malgré son statut de classique mondial, continue ainsi d’être absent des écrans chinois.
Chez nous, Retour vers le futur est bien évidemment disponible, notamment en VOD.
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