De quoi ça parle ?
Sur une route isolée, le convoi pénitentiaire chargé de transférer Tibor Stone (Tahar Rahim), ancien tueur à gages devenu témoin clé contre le syndicat du crime Pegasus, est pris d'assaut. Seule survivante de l'embuscade avec son prisonnier, l'agente Amber Todd (Izuka Hoyle) prend une décision instinctive mais irréversible. Elle se menotte au poignet de Tibor pour l'empêcher de fuir.
La voilà désormais enchaînée à l'homme le plus recherché de Grande-Bretagne, pourchassée à la fois par Pegasus et par des autorités corrompues, avec en tête une seule obsession : rejoindre le tribunal à temps pour que Tibor témoigne, et rentrer chez elle retrouver son nouveau-né.
Prisoner, créée par Matt Charman (Hostage, En traître) se déploie en six épisodes de 52 minutes. L'idée de départ est née d'un arrêt à un feu rouge, quand un fourgon de détenus a intrigué les enfants de Charman.
"Je me suis rendu compte qu'il se passait toute une histoire dans ce véhicule", raconte-t-il dans le dossier de presse Canal+. De cette intuition simple est née une mécanique narrative imparable. Deux inconnus que tout oppose, une paire de menottes, et le monde entier contre eux.
C'est avec qui ?
Tahar Rahim est Tibor Stone. Profession : tueur à gages. C'est là que la série tient son pari le plus risqué et le réussit. Meilleur acteur français de sa génération, Rahim a construit une carrière sur des personnages complexes. Ici, il s'attaque à quelque chose de radicalement différent. Il campe un sociopathe de haute volée, tueur à gages redoutable qui revendique lui-même quarante-sept meurtres à son actif, et dont la mécanique froide et inquiétante s'impose dès la première scène.
Difficile de l'aimer donc. Et pourtant. Rahim a l'intelligence – et le talent – d'injecter dans ce personnage a priori sans empathie des particules d'humanité distillées avec parcimonie, au fil des épisodes, qui lui donnent une dimension inattendue. Un diabète qui le rend vulnérable. Un regard qui s'attarde une seconde de trop... Alors certes on ne l'aime pas vraiment, mais on ne le quitte pas des yeux.
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À ses côtés (littéralement), l'actrice écossaise Izuka Hoyle – vue dans The Chef, le film et la série, et Big Boys – est une révélation. Amber est une jeune mère, de retour de congé maternité, dévouée à son travail et ses convictions morales. Hoyle incarne son basculement progressif – d'agente à fugitive – avec une précision et une présence qui rivalisent sans peine avec son partenaire.
Le reste du casting est à l'avenant. Eddie Marsan (Ray Donovan) campe le directeur des opérations de l'Unité nationale anti-crime, obsessionnel et ambigu. Catherine McCormack (Braveheart) incarne sa supérieure, sous pression de toutes parts. Finn Bennett (True Detective, A Knight of the Seven Kingdoms) joue le mari d'Amber, happé dans une fuite qui le dépasse.
Et Leonie Benesch (Babylon Berlin) incarne Nina, une tueuse à gages formée par Tibor lui-même, l'un des personnages les plus électrisants de la série. Elle chasse son ancien mentor avec une économie de gestes et un silence qui font bien plus peur que n'importe quel monologue.
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Ça vaut le coup d'œil ?
Tous les amateurs d'action devraient y trouver leur compte. Prisoner est une série d'action pure et assumée comme telle. Un plaisir pas vraiment coupable, parce que le rythme est haletant du premier au dernier épisode et que le casting est parfait.
Si on doit formuler un bémol, ce sera sur la crédibilité du scénario. Les situations s'enchaînent à une vitesse qui laisse peu de place à la vraisemblance, et certains rebondissements sont un poil abracadabrantesques. Mais ce n'est pas pour le réalisme scénaristique qu'on regarde Prisoner. C'est pour son efficacité, pour l'énergie que la série déploie, et pour le plaisir de voir Tahar Rahim dans un registre qu'on ne lui connaissait pas encore.
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La série d'action qui ne se prend pas pour ce qu'elle n'est pas
L'ambition visuelle est là aussi. Otto Bathurst (Peaky Blinders), qui réalise les trois premiers épisodes, a imposé une vision très claire : cinématographique, couleurs sombres et jamais statique.
La séquence d'embuscade dans le tunnel qui donne le la de la série – tournée dans deux vrais tunnels fermés près de Cardiff, quatre nuits d'affilée, deux unités, six caméras et des tonnes de pyrotechnie – est un morceau de bravoure qui annonce immédiatement la couleur. Environ 95 % de la série a été tournée en décors réels, ce qui lui un goût de vrai que les plateaux n'auraient pas pu donner.
La série sait parfaitement ce qu'elle est avec sa poursuite à grande vitesse, moralement complexe juste ce qu'il faut, ses deux personnages que tout oppose et que les menottes condamnent à apprendre à se faire confiance. C'est suffisant et même au-delà, grâce à Tahar Rahim. Après Le Serpent sur Netflix, le voilà à nouveau dans une série franco-britannique – c'est une co-production entre Sky et Canal+ –, en anglais parfait, à nouveau dans un personnage qu'on n'aurait pas cru pour lui. Et à nouveau, il s'en empare comme si c'était une évidence.
Prisoner est disponible sur Canal+ et l'app Canal+ à partir du 13 juillet, le lundi à 21h, deux épisodes au lancement puis un par soirée.