Lors de la publication de son rapport de résultats du deuxième trimestre, Netflix a glissé une information qui n'est pas passée inaperçue dans l'industrie. Environ 300 programmes de la plateforme ont eu recours à l'intelligence artificielle générative dans leurs processus de production cette année, du concept initial jusqu'à la post-production et la sortie. Un chiffre révélé dans une lettre aux actionnaires qui dit beaucoup sur la vitesse à laquelle l'outil s'est imposé dans les studios.
Dans la liste des programmes cités par Variety, pas de grands titres francophones – mais des productions à grande échelle : la série thriller sportive indienne Glory, la mini-série brésilienne de football Brasil 70 : Le troisième sacre, et la docu-série consacrée à la Révolution américaine The American Experiment.
Pour ces productions, l'IA générative a notamment permis de créer des "séquences très complexes" incluant des foules augmentées et des scènes de bataille. Netflix précise qu'"il aurait fallu renoncer à des plans et des séquences essentiels en l'absence de la technologie de l'IA générative".
L'IA comme outil, pas comme substitut
La plateforme se défend cependant de tout glissement vers une substitution des professions créatives. Son co-PDG Ted Sarandos a été direct lors de l'appel aux investisseurs : "Les films sont faits par des gens qui font des films. L'IA leur fournit de meilleurs outils pour les rendre encore meilleurs."
Il a notamment pointé les 17 minutes de séquences augmentées dans The American Experiment, produites "deux fois plus vite, à moitié prix" par rapport aux méthodes traditionnelles, et qui auraient élargi le périmètre de la série d'une manière qui n'aurait pas été possible autrement.
Ces déclarations s'inscrivent dans un contexte financier porteur : au second trimestre, Netflix a enregistré 12,56 milliards de dollars de revenus, soit une hausse de 13,4 % sur un an, avec un bénéfice net de 3,4 milliards de dollars (80 cents par action).
Netflix
Une stratégie tous azimuts
L'IA générative n'est pas uniquement mobilisée côté production. Netflix l'utilise également pour affiner ses recommandations, alimenter son activité publicitaire et développer un studio d'animation entièrement piloté par IA. En mars, la plateforme a par ailleurs racheté 587 millions de dollars InterPositive, la société fondée par Ben Affleck, pour équiper les cinéastes d'outils IA directement intégrés à leurs rushes et matériaux de tournage.
Ted Sarandos a toutefois insisté sur le besoin permanent de scénaristes, d'acteurs et de techniciens. Un discours soigneusement calibré pour apaiser les inquiétudes d'une industrie qui observe l'intégration de l'IA générative avec une vigilance croissante.